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John Woo - "Les Trois Royaumes - version longue" (en DVD et Blu-Ray)

Sorties DVD
Posté par Guillaume Bryon le 2010-05-17



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Nous avions déjà soutenu la version courte de Red Cliff  tout en ayant forcément soif d’en voir plus de cette fresque épique très condensée. Redécouvrir le film de John Woo aujourd’hui dans sa plénitude peut procurer au final deux états d’âme contrastés : le mélange de satisfaction évidente quand à la présence effective des qualités qu’on espérait y trouver, et la frustration causée par la présence de quelques déséquilibres. Une fresque au fond imparfaite dans sa totalité, qu'on fantasmait peut-être.
 
John Woo, dans le matériel hyper-promotionnel proposé en supplément par HK Vidéo, esquisse au moins quelque chose de véridique dans ses assertions sensées ne fâcher personne : en version courte le film reste sensiblement identique dans son essence. Quand à ses thématiques et son impulsion esthétique globale, nous vous renverrons donc à la précédente critique publiée pour l’essentiel, l'avis reste dans les grandes largeurs assez identique. Pour le reste, l’œuvre dans son intégralité propose peut-être surtout un recadrage de perspective quand au public qu'elle vise, ainsi qu’un background plus effectif et romanesque, qui s’il n’hôte pas la dimension archétypale des personnages (ce n’est pas un reproche), les rends pourtant plus riches et rayonnants.
 
 
Nous sommes dans une période où, avec par exemple le Robin des Bois de Ridley Scott, la mode est surtout aux « origin stories » en tout genre ; Hollywood tente d’expliciter et d’aplatir psychologiquement tous personnages et récits au caractère mythologique : à ce titre le film de Woo fait toujours un bien fou en pariant sur un héroïsme et une bravoure pleine d’une fraiche croyance, avec des personnages qui gagnent en dimension non pas en leur inventant des traumas à la petite semaine, mais parce qu’ils sont en permanence poétisés. La séquence de mise bas d’une jument, la chasse au tigre intensifiée en initiation du seigneur... Que ce soit ces morceaux très métaphoriques ou des segments entiers de dialogues, il s’agit moins ici d’expliciter que d’épaissir, et rendre justice à des figures légendaires entrés dans une bonne part de l’inconscient asiatique. Le « méchant » Cao Cao y gagne beaucoup en particulier, tout comme la vague rigidité du personnage de Tony Leung.
 
Ainsi, la première partie est-elle la plus réjouissante de ce dyptique, proposant un cinéma épique mais qui sait aussi prendre le temps de développements à priori anodins mais précieux dans une telle fresque, qui ont pour effet de valoriser à la fois les protagonistes et toute la dimension stratégique. Parfaitement équilibré dans sa construction, bénéficiant d’un montage jubilatoire (il ne faut pas hésiter à regarder le film sans le son pour en profiter d’autant plus !), Red Cliff ne serait pas loin d’être un chef- d’œuvre du genre si l’on en restait là. Ce n’est pas pour rien que c’est à la vision de la première partie que la sensation de redécouverte est la plus vive.
 
 
 
Le second opus pose pourtant un peu problème. Outre que l’on bascule dans un ton plus directement feuilletonesque, ce qui se remarque dés le générique/résumé introduisant des fondus à coups de sabres (qui vont même revenir au cœur du montage du film), on a aussi le sentiment que John Woo précipite ses résolutions et actions un peu trop rapidement vis-à-vis de tout ce qui avait été minutieusement préparé, patiemment mis en place. Que cette seconde partie soit sous-titrée  « The Battle of Red Cliff » est très symptomatique, il ne reste presque plus que ça. On regrettera aussi un peu les  scènes de comiques troupiers chinois présentes dans la « romance » entre la princesse infiltrée et le soldat bêta du camp ennemi, belle idée mais aux recettes ici assez éculées. Nettement plus sérial, avec des rebondissements qui s’enchainent, le projet a au final aussi quelque chose d’un peu plus précipité et populiste… quitte à prendre ce tournant, plusieurs films auraient été presque plus satisfaisant en fin de compte !
 
Red Cliff a donc paradoxalement plus d’unité en version courte… Pour en faire écho, on peut s’attarder sur l’une des plus belles scènes de « ces » films, à savoir le vol de la colombe que l’on retrouve ainsi joué trois fois différemment. Dans la version courte elle figure très directement le messager et le personnage de la princesse, comme un caractère plus explicatif de la métaphore pour le public occidental. Mais pour autant, en ne tranchant pas le film et en en faisant même le cœur de son principe de reliance, cette séquence parvenait à rendre plus prégnant le rapprochement entre les deux rives, cette paradoxale foi en la paix en pleine préparation d’un champ de bataille… une vision d’ensemble et « d’en haut » aussi, tout à fait réjouissante encore dans ce type de long métrage ; le genre joue en effet plus volontiers de l’hyper-rapproché ces dernières années, que ce soit les gros plans post-bis d’un Peter Jackson où les effets stroboscopiques de Ridley Scott. La vision du champ de bataille n’a pas pour autant la fascination géométriquement rigide des films de Zhang Yimou… On pencherait presque plus volontiers pour l’Agora d’Amenabar s’il fallait y trouver un récent et vague cousinage.

 
 
La scène de la colombe dans la version longue propose toutefois aussi quelque chose d’assez intéressant en amenant l’épilogue de la première partie, et en portant l’introduction de la seconde. Si à chaque fois le spectateur atterrit dans le camp de Cao Cao,  nous y sommes dans une perspective légèrement différente : Woo n’y refait pas complètement la fin de son précédent film. S’il terminait son premier segment sur une élite et son tyrannique premier ministre, il débute la seconde en plein milieu du peuple et de la masse des soldats un peu oubliés auparavant dans le récit. Ceci amène une dimension plus populaire au film, mais aussi un gage d’universalité : Woo cherche à toucher aussi bien la fibre noble et romantique que celle du simple homme de la rue prisonnier de son quotidien. Cette seconde partie cherche peut-être à se rattacher à cela, on peut le voir encore dans cette très belle scène où Cao Cao réveille ses troupes malades en allant lui-même au cœur de son armée, de son bas « peuple », dans l’une des séquences qui humanise le plus paradoxalement cet ennemi et tyran concupiscent.
 
Il y a autant qu’une alliance des forces et des éléments que cette idée d’une union appuyée, dans une perspective de respect mutuel, entre «les têtes pensantes et les petites mains » pas loin d’un Métropolis, qui a tout pour plaire au discours néoconfucianiste institutionnel en Chine. John Woo, s’il livre incontestablement une fable généreuse à la fois violente et pacifiste, s'inscrivant à tous points de vue dans son œuvre, n‘en fait peut-être pas moins implicitement un peu de propagande morale et nationaliste, une dimension qui tranche plus dans cette version longue.  On  nous fait ainsi par exemple plus particulièrement comprendre dans ce montage que les deux armées « rebelles » veulent dans le fond essentiellement la protection d’un empire et la cohésion d’une Chine unie…

 

Sublime rendu en Blu-ray mais aussi une très belle image en DVD: HK a soigné la sortie de ce titre évènement en Europe sur le plan technique! Le packaging de toute beauté offre aussi un bel objet. Côté suppléments, comme mentionnés plus haut, c'est par contre assez pauvre: une série d'interviews promos absolument sans aucun intérêt, et particulièrement répétitives concernant Woo lui-même, avec trois featurettes très redondantes. Le texte du livret de Léonard Haddad et David Martinez est à vrai dire le seul bonus qui sauve un peu les meubles pour enrichir notre vision du film.
Enfin de quoi se plaindre? Avoir cette version dans une telle édition est déjà un cadeau énorme, ne cantonnant plus ainsi ce montage aux seuls VCD et imports...



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