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John Woo - "Les 3 Royaumes"

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Posté par Guillaume Bryon le 2009-04-19



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Red Cliff, soit la bataille de la falaise rouge. Cet évènement guerrier du troisième siècle (extrêmement populaire en chine et cadre d'une saga romanesque à succès) est l’occasion enfin pour John Woo de s’extirper de la machine hollywoodienne où son bilan reste assez inégal. Pour un flamboyant Volte/Face et un beau film plus classique comme Windtalkers, le cinéaste a quand même aligné les moins glorieux Chasse à l’homme, Broken Arrow, M:I 2 et Paycheck... Sans faire mention d’une carrière télé qu’il vaudrait mieux oublier ! Laissant entrevoir beaucoup de gentillesse et d’humilité dans ses interviews, peut-être n’était-il pas finalement aussi à son aise que cela dans cette industrie où il s’orientait à devenir un tâcheron de luxe avec de moins en moins de liberté. On a souvent comparé Hark et Woo à l’aune de leur expérience américaine, faisant du premier un irréductible génie du chaos incapable d’assimilation, et le second un artiste plus docile en train de se fondre dans une forme occidentale plus traditionnelle.

Pourtant ce nouveau projet vers lequel se dirigeait Woo n’était pas foncièrement excitant non plus. Depuis Hero, les grosses productions chinoises orientées « histoire et batailles » n’ont pas spécialement été digestes dans leur style souvent pompier et leur numérique dégoulinant. Des cinéastes de Chine continentale de la 5ème génération comme Yimou et Kaige s’y sont gentiment perdus tandis que se montait des maelströms pan-asiatiques fédérateurs mais de plus en plus indigestes. Hark justement avait tenté d’en prendre le contre-pied un peu radicalement avec Seven Sword. A la tête du plus gros budget de l’histoire du cinéma chinois, nul doute que Woo n’allait pas imposer des choix de ce type. Pourtant il s’en tire vraiment avec beaucoup de réussite, arrivant à faire ce qu’il y a de plus abouti et intéressant dans ce genre luxueux et bringuebalant.



Le montage sortis chez nous au cinéma est une version en une seule partie destinée au public occidental, et ce sera sur elle que portera cette critique. Il est toujours tentant de fantasmer un montage non vu au regard des défauts qu’en produit un autre… et ici la toute première partie très expéditive, particulièrement hachée, tend un certain nombre de perches en la matière. Red Cliff est-il un grand serial étouffé pour le public occidental, qui tente de se muter en fresque traditionnelle ? C’est en tout cas une des impressions laissées par cette version. Si elle permet d’intégrer relativement rapidement les personnages, c’est au dépit d’une construction vraiment poussée de ces derniers. Pour autant l’aspect très imagé des caractères, chargés de véhiculer un certain nombre d’éléments précis qui se complètent et s’opposent tour à tour, a quelque chose qui reste foncièrement chinois.

Dans Red Cliff, cette dimension est même très épurée. Il est amusant de constater que la forme triangulaire mise en exergue dans le titre français a finalement peu d’impact : les association et confrontations y sont essentiellement d’ordre binaire. De par la forme de ce grand face à face déjà : une mise en exergue du fort et du faible, où chacun s’auto-pénètrent. Et ses transmissions entre les deux bords, en particulier dans la séquence de la typhoïde ou du vol des flèches. On remarquera que les femmes ont un rôle de liant particulier : espionne du camp adverse, pacificatrice ou piège sentimental, elles font des ponts intéressants au milieu de la virilité militaire (on en regrettera d'autant la prestation assez faible de Lin Chi-Ling).



Ce qui était le fait des confrontations entre personnages dans beaucoup des derniers Woo sont étendus ici à des groupes, ce qui rend la chose plus riche visuellement et très spectaculaire, même si narrativement il y a beaucoup de simplicité. On pourra toujours regretter le temps d’Une balle dans la tête ou The Killer, et leur effervescence mélodramatique. Ce qui s’est passé, c’est que le style de John Woo est devenu plus posé, quelque peu dévitalisé de son aspect chrétien et baroque également, ce que les éléments de cette production rendent encore plus évident. C’est peut-être la chose qu’il a laissé le plus définitivement à Hong-Kong. On peut y voir aussi la volonté de s’être acclimaté aux grands espaces, déjà offerts par l’Amérique. Le retour asiatique de Woo ne se fait plus dans ce contexte de l’insularité angoissée qui était celle du cinéma HK avant 1997.

Si l’on n’est pas trop déçu de ce revirement qui sera peut-être maintenant irréversible, Red Cliff propose en soit une dimension chorégraphique qui a le mérite d’avoir beaucoup plus de grâce que ses concurrents dans le genre : on ressent un vrai plaisir quand à la gestion de l’espace et du rythme. Passé le premier tiers, l’œuvre s’affirme comme un pur jeu d’échanges et de constructions, souvent jubilatoire. Woo garde quelques notions du cape et épée plus occidental dans la bande originale, les duels et dans les personnages secondaires plus comiques. Mais il cherche aussi visuellement à s’instaurer dans un certain fantasme de reliance, avec des mouvements de caméras aériens très amples qui cherchent toujours à raccrocher un élément avec un autre. Ce n’est pas pour rien que son fameux motif de la colombe y est associé.

Il ne s’agit pas ici d’en rester à la mise en exergue de prouesses géométriques, ni d’être trop caricatural dans la notion d’unification. C’est finalement une qualité vis-à-vis du patriotisme de certaines grosses productions chinoises que de revenir à cette essence des associations. L’unification finale, purement guerrière et plongée dans le sang donne un autre type d’amertume aux plus nobles des personnages. Nous ne sommes pas dans le sacrifice romantique des particularités, mais dans l’image d’un certain idéal chevaleresque, en particulier dans la relation entre Tony Leung et Takeshi Kaneshiro, le militaire génial et le stratège maître des éléments : le terrien et l’aérien qui se répondent l’un à l’autre dans une danse immanente. C’est avec eux que Woo semble se retrouver le plus pleinement… Au point de leur consacrer un prochain film ?

Les 3 Royaumes (Red Cliff/Chi Bi). De John Woo. Avec Tony Leung, Takeshi Kaneshiro, Zhang Fengyi, Chang Chen, Zhao Wei, Lin Chi-Ling. Scénario: John Woo, Khan Chan, Kuo Chang, Sheng Eyu. 125 minutes (montage international).



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