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John McTiernan - Predator (Blu Ray)

Sorties DVD
Posté par Alex Terror & Olivier Rossignot le 2010-07-10



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Sorti en 1987, Predator marque l'apogée de la carrière cinématographique d'Arnold Schwarzenegger, demi-dieu du culturisme reconverti en actionman ultime, sanctifié dans les 80's à coups de pellicules iconiques (Conan, Terminator, Commando...), avant que quelques échecs artistiques ne viennent rappeler à notre armoire autrichienne préférée sa condition faillible d'être de chair et de sang. Mais pour l'instant, Schwarzie est l'actionman par excellence, roi de la vanne qui défouraille et du nettoyage par le vide.


Il est relativement surprenant du coup de retrouver à la barre de ce que l'on peut considérer comme un véhicule de star un réalisateur guère chevronné, seulement auteur d'un premier film fantastique très intimiste sorti deux ans plus tôt, ce Nomads qui voyait un Pierce Brosnan pas encore jamesbondisé chasser le spectre sous le soleil de Los Angeles. Le nom de l'heureux élu? John McTiernan, irlandais de souche, grande gueule impérieuse et génie en gestation. Bien conscient de l'opportunité qui s'offre alors à lui, McTiernan explose l'argument du scénario (pour faire court, un commando de mercenaires est pris en chasse dans la jungle par un extraterrestre caméléon) pour livrer au final un incroyable film célébrant le retour au primitif et à la naturalité, en opposition à une société de masques accidentelle, fortuite, éloignant l'homme de sa vraie nature instinctive. Un thème que l'on retrouvera souvent chez McT, que ce soit avec Medicine Man, sa comédie romantique arboricole, ou bien encore dans la mécanique de Rollerball, honteusement conspué, mais passionnant film à deux visages, l'un pyrotechnique et sensitif, l'autre hyper intellectualisé. Jouant sur différents stades de perception (la fameuse scène en vision nocturne, morceau de bravoure formel et thématique du film), Rollerball ne faisait pourtant que pousser à son paroxysme le système McT, rare cinéaste cérébrale oeuvrant dans l'action pure, auteur de Last Action Hero, ce drôle de film réflexo-bourrin toujours aussi atypique et frondeur en 2010, et de Basic, excellent suspense militaire façon Rashomon, au script ultra-manipulateur et démonstratif, en total adéquation avec son projet de mise en scène. Car McTiernan nous invite toujours à regarder derrière les images, mettant au coeur de son cinéma des dispositifs scénaristiques confondant les apparences. Moteurs principaux des scripts de Last Action Hero et Basic, ces dispositifs se retrouvent ainsi dans Rollerball (la scène de vision nocturne, le jeu truqué), Die Hard 3 (le grand bluff de Jeremy Irons), Nomads (et sa société secrète) et évidemment Predator et son guerrier se fondant littéralement dans le décor.


Fin scrutateur des mécanismes sociaux et de l'artificialité matérialiste de notre modernité (remember John McClane, héros anti-héroïque de la série Die Hard, ses problèmes conjugaux, son anticonformisme explosif), McT ne pouvait aussi que s'intéresser au concept de choc des civilisations, problématique évidente du 13ème Guerrier (et son maure sophistiqué perdu chez les vikings frustres) et de Predator, film de guerre explosif virant au fantastique tribale dans sa dernière partie. Là, enfin débarrassé de sa socialité, signant un retour à une humanité naturelle soit une part d'animalité assumée, Schwarzenegger affrontera la Bête mano à mano dans un décor de jungle préhistorique, climax réellement impressionnant qui laissera un Schwarzie exsangue et dubitatif, comme nous le montre ces derniers plans du film dans l'hélicoptère ramenant notre héros à la civilisation. Des plans à la tristesse sourde sonnant l'impossible retour à une socialité brisée, car identifiée comme une artifice cimentant le corps sociale, mais oubliant l'individu. Dutch, revenu de l'enfer par la grâce de son cerveau reptilien, sait qu'il n'a plus sa place dans le mensonge de nos relations modernes. Dit comme cela, on pourrait aisément en conclure que McTiernan défend une idéologie réactionnaire, oeil pour oeil et dent pour dent. En état, et en considérant l'aspect cérébrale de son cinéma, voyons le plutôt comme un homme qui doute énormément de la marche du Monde, proche en soi de la vision froide comme l'acier d'un Friedkin (on pense beaucoup à Traqué devant Predator), quoique disposé (contrairement à Hurricane Bill) à ménager des bouffées d'héroïsme certain, garanties d'un optimisme loin d'être béat, moteur de mouvement vers l'avant. McT n'a pas tourné depuis 2003. Son cinéma nous manque salement.


Après Les Aventures de Jack Burton, voici à nouveau un blu ray au transfert plus impressionnant encore. On ne bougonnera pas sur le grain lissé rendant l'image peut-être parfois un peu trop propre (même si la nostalgie de l'image vhs est toujours prégnante chez les cinéphages de notre âge). Mais après une première édition blu ray au rendu très en dessous de ce que l'on pouvait escompter (pour ne pas dire franchement médiocre), Fox se rattrape très largement avec cette "Ultimate Hunter Edition". La jungle y apparaît d'une précision proprement estomaquante, la tension et la sensation d'étouffement n'en étant que plus palpable encore. Même chose pour les pistes sonores très efficaces. En ce qui concerne les bonus il s'agit quasiment des mêmes que celle de l'édition dvd collector de 2001, si l'on excepte un élément supplémentaire lié à la promotion du remake Prédators dans lequel Robert Rodriguez et Nimrod Antal évoquent la manière dont Predator les a intensément marqués, la créature étant devenu un mythe au même titre que d'autres grandes légendes du fantastique, au point qu'il puisse devenir une inspiration du fantastique à part entière, pouvant être déclinée de façon multiples ... hum...hum, sincérité ou excuse pour légitimer l'opportunisme d'un nouveau remake inutile? On réécoutera avec plaisir l'intéressant commentaire audio de Mc Tierman toujours, personnage fascinant dans sa pudeur, son sérieux et sa cinéphilie, de même qu'on relira les commentaire sous-titrés du journaliste Eric Lichtenfelo si on en trouve le courage. Les documentaires qui accompagnent le film alternent les makings of d'époque et les témoignages de l'équipe 15 ans après. On est toujours curieux de redécouvrir tel un voyage dans le temps l'atmosphère d'un tournage et l'élaboration d'une oeuvre, et il est vrai que sur ce point les suppléments de Prédator sont convaincants. L'excellent technicien qu'est Mc Tierman y explique son rapport à la mise en scène, à sa conception de l'action, et tout particulièrement à sa gestion de l'espace avec la nécessité pour lui de métamorphoser la vaste jungle en paysage claustrophobe qui font de Predator un véritable huit-clos. On écoutera également avec intérêt le témoignage du grand Sam Winston et la manière dont il a conçu le predator, ainsi que sa véritable source d'inspiration lorsqu'il voyagea avec pour voisin en avion, à côté d'un guerrier rasta. Cascadeurs, effets spéciaux rien n'y manque, et force est de reconnaître que la tentation de regarder les suppléments en accéléré est plus que tentante. On se dit qu'il est extrêmement difficile de faire des bonus digne de ce nom et que souvent d'un film à l'autre ils sont parfaitement interchangeable. Le plus drôle dans en ce qui concerne Predator reste dans le témoignage des acteurs qui ressemblent à des doubles de leurs personnages, l'identification avec l'oeuvre étant frappante, eux aussi tout en sueurs et en biceps, évoquant les souvenirs de tournage, le jeu à se comparer les muscles entre deux prises, ou le plaisir à manier ces putains d'armes et à tout voir péter dans la jungle. Un tournage avec de vrais bourrins pas très fins pour ce qui reste encore maintenant une superbe oeuvre fantastique et barbare.




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