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John Huston - "La nuit de l'iguane" (reprise cinéma)
Sorties salles
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![]() Autant le dire tout de suite, je ne suis habituellement pas un grand admirateur des adaptations cinématographiques de Tennessee Williams, auteur auquel je trouve souvent une certaine pesanteur dans l’écriture et l’éclatement chronique des frustrations. Ce film-ci est un peu l’exception, aidé en cela par l’habileté du vieux renard Huston à la confection. Ressorti cette semaine sur grand écran, c’est l’occasion de se replonger dans cette captation singulière d’un Mexique assez hostile, où le cinéaste a tenu à tourner même si ce fut parfois avec difficulté. L’amour de l’aventure transparait donc une nouvelle fois dans cette entreprise pourtant plus psychologique et verbeuse à priori. La nuit de l’iguane n’est d’ailleurs pas son œuvre la plus célébrée, elle est même légèrement tombée dans l’oubli (contrairement à un The Misfits bien inférieur malgré ses acteurs mythiques). C’est un peu dommageable car son quatuor d’acteur s’y révèle vraiment phénoménal. Richard Burton a beau être bien rôdé dans ce type de prestation, sa crise en prêche à l’ouverture du film reste particulièrement jubilatoire. Ava Gardner et Deborah Kerr offrent quand à elles des variations post quarantaine iconoclastes à leurs rôles types qui sont autant de transgressions bienvenues dans leur carrière. Sue Lyon est presque plus convaincante ici que dans Lolita, dans un personnage qui joue un peu sur le même registre mais en bien plus déchainé et libre que chez Kubrick. Sa scène de danse est particulièrement enivrantes, et l’érotisme se révèle ici moins théorique et démonstratif que chez Kazan ou Richard Brooks. Pour ce qui s’avère au final une véritable expédition, Huston a cherché à instaurer une sensualité et une fièvre presque maladives qui dépassent déjà physiquement les dialogues et les poses théâtrales d'origine. ![]() Bien aidé par le chef opérateur mexicain de Bunuel Gabriel Figueroa, et son noir et blanc poisseux et moite, Huston excelle une nouvelle fois dans la direction d'acteur, ainsi que dans son habileté toute singulière à mener un récit où évoluent un faible nombre de personnages. Par ailleurs il ne cherche jamais à respecter des conventions en divers "actes" mais fonctionne plus par étapes et couches progressives, celles portées par le personnage de pasteur défroqué interprété par Burton. Celui-ci est au bord de la folie, a presque épuisé «son compte banque émotionnel" et dans son avancée La nuit de l’iguane finit par ressembler parfois à un Shock Corridor hypersexualisé sous le ciel noir profond du Mexique… avec pour point culminant cette séquence hallucinante où Burton est ligoté à un hamac tel une camisole de force par son entourage féminin. La forme est d’une fluidité remarquable, on ne s'en étonne plus quand le cinéaste est à son meilleur...Une mise en scène qui est à la recherche d’une certaine essence aussi : Huston était une sorte d’aventurier de la captation à ce niveau. Profondément au service des comédiens et de l'espace, il exulte cette séance de brainstorming en la liant profondément au décor naturel: c'est aussi sa façon à lui de s’affranchir des limites intellectuelles du texte et de la scénographie. Déjà à l’œuvre dans Key Largo, cette dimension de l’adaptation théâtrale se révèle ici plus aboutie. Au final La nuit de l’iguane est une œuvre forte et même apaisé, là où elle aurait pu aisément sombrer dans l'hystérie et le démonstratif. En vérité, John Huston est particulièrement à l’aise avec l’humour vachard de Tennessee Williams, et se trouve être sans doute le cinéaste qui étais le mieux à même de mettre en valeur cet aspect de l’auteur. On retrouve aussi dans ce film des thèmes particulièrement hustoniens sur la finalité dérisoire des buts que l’on peut se fixer, sur ces uniformes symboliques que l’on se choisit aussi parfois pour combler un certain vide. Huston se plait très souvent à montrer l’absurde de ce type de situation, mais il la juge d’autant moins qu’il fut sans doute lui-même animé par ce type d’énergie existentielle. C’est ce qui fait toute la viscéralité et la tension remarquable de son cinéma. REPRISE EN SALLES DEPUIS LE 18 MARS Réalisé par John Huston. Avec Richard Burton, Ava Garder, Deborah Kerr, Sue Lyon, James Ward, Mary Boylan... Photo: Gabriel Figueroa. Montage: Ralph Kemplen.Scénario: Anthony Veiller et John Huston, d'après Tennessee Williams. Durée: 125 minutes. Retrouvez d'autres articles sur John Huston : John Huston - "Promenade avec l'amour et la mort" John Huston – "Le Malin" John Huston - "Au dessous du volcan" (DVD) "Gens de Dublin" : ressortie salles du merveilleux film de John Huston. Des places à gagner. John Huston - "Gens de Dublin"
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