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John Huston - "Gens de Dublin"

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Posté par Rémi Boiteux le 2009-12-06



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Bien sûr, il est toujours un peu facile de considérer l’opus ultime d’un cinéaste comme son “film-testament”. Mais il faut reconnaître qu’en portant à l’écran The Dead, John Huston ne nous écarte pas vraiment de l’hypothèse mortuaire. The Dead, donc, et non pas Dubliners comme pourrait l’indiquer le titre français, le film s’attachant uniquement à la dernière des nouvelles composant le célèbre recueil signé James Joyce.
Adapter Joyce: Huston, ce vieux pirate, était bien l’un des rares à pouvoir tenter le coup, lui qui s’était mesuré à Moby Dick, cassé les dents sur La Bible (quand même!) et sorti victorieux du maelström Au-dessous du volcan - l’exploit étant d’avoir tiré du chef-d’oeuvre ébouriffé de Lowry un film rectiligne et limpide, presque une épure. C’est le même Huston tardif, inspiré et resserré qui se penche sur la nouvelle irlandaise. Son intrigue, ténue, permet au cinéaste de creuser une atmosphère avec une infinie minutie - économie des décors (une salle de musique, une salle à manger, un escalier) et précision d’une mise en scène à la fois revenue de tout et cependant jamais lasse. Creuser une atmosphère: comme on creuse une tombe. Sans jamais se placer au-dessus de personnages dont on devine qu’il partage en partie une forme de nostalgie, Huston se montre pourtant implacable. Le contexte a beau être supposément festif (un repas de fêtes familial et somptueux entre notables mélomanes), les attitudes sont aussi amidonnées que les costumes, et les regards hospitaliers en surface se font promptement inquisiteurs (voir le mépris réservé au neveu “imbibé”). Les “bonnes valeurs” de la vieille Irlande louées autour de l’oie qu’on découpe semblent aussi vivantes que l’infortuné animal. C’est presque une inquiétante -et lugubre- étrangeté qui s’installe au sein d’une soirée des plus convenues, à laquelle nous avons la sensation de participer, bien plutôt que d’être invités à suivre une quelconque intrigue.
 

 
Surtout, un malaise souterrain semble lointainement sourdre, bien plus profond que les aimables querelles de famille qui se font jour, et à l’ombre duquel les danses et les chants se révéleront, sinon dérisoires, du moins sombrement ironiques. Le dernier acte du film, enfin sorti de la vieille demeure et sublime sous son linceul de neige, exhumera la cause de la mélancolie de Gretta Conroy (impériale Angelica Huston), cause qui inspirera spontanément à son époux (Donal McCann, remarquable) un monologue intérieur autrement plus profond que le discours qu’il a passé la moitié du film à potasser.
C’est cette méditation crépusculaire et déchirante qui vient clore, donc, à la fois The Dead (faisant tout le prix du film) et toute la filmographie du cinéaste.
Sa ressortie en salles permet d’en admirer la réussite (à ranger aux côtés des meilleures adaptations de Huston comme le Volcan ou Reflets dans un oeil d’or) et d’en savourer le goût amer et persistant.
 
 


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