
|
John Boorman - "L'Exorciste II: l'Hérétique"
Hors Actu
|
![]() ![]() |
|
Après le succès mondial au box office de L'Exorciste, les pontes de la Warner vont rechercher celui qui avait refusé naguère la réalisation du film original, John Boorman. Sortant de l'échec de Zardoz il accepte cette suite sous forme de commande, qui semble pour autant convenir nettement plus à ses préoccupations. Très loin des attentes d'une telle suite, L'Héretique est un film féerique fascinant de par sa démarche de suicide commercial. Échec à sa sortie et ayant depuis acquis la réputation d'être l'une des pires suite de l'histoire du cinéma, The Exorcist II mérite la redécouverte et la réévaluation. Véritable plongée jungienne, entre exploration archétypale et mise en pratique sophistiquée du synchronisme, la conception de l'hypnose proposée ici se développe à l'écran à des degrés divers (la foi et la science, le conscient et l'inconscient, le spirituel et le physique, les dualismes entre personnages, tribalisme et catholicisme...). Le personnage de Richard Burton s'enfonce dans une véritable mise en abyme spirituelle dont peu d'hommes pourraient se remettre: on sort allègrement du récit horrifique naturaliste de l'œuvre de Friedkin, on est même dans son total contraire. Pas de style ramassé ou de recherche de l'angoisse au sein d'une unité de lieu limitée, mais une envolée à travers divers territoires, aussi bien dans le monde terrestre que spirituel. La Bande originale quasi expérimentale de Morricone à bien des moments accompagne ce dispositif ample et audacieux au sein d'un pareil supposé blockbuster. Boorman s'en sert pour composer un vrai conte de cinéma, complexe et dense.
Comme souvent avec cet auteur, la frontière des limites esthétiques défiera la subjectivité de chacun, à savoir jusqu'où certaines représentations tomberont ou pas dans le ridicule ou le goût outrancier pour le spectateur. Quand Boorman cherche à nous faire voler du point de vue d'un insecte, il n'y va pas avec le dos de la cuillère, et il faut savoir sans doute être réceptif à un langage symbolique autonome. Avec la suite directe de l'un des plus gros succès du cinéma et en le réécrivant de fond en comble sans une once de compromis quand à ses conceptions, Boorman propose aussi une véritable expérience en ce domaine, comme à travers les séquences à Washington ou avec le père Merrin, qui dépouillent un univers qui était spontanément accepté par le grand public. La première scène d'hypnose est aussi l'une des plus grande expression de "marche ou crève" qui soit visible dans dans une production hollywoodienne de ce calibre. Séquence tout à fait fascinante pourtant du point de vue cinématographique, de par l'exigence demandée au spectateur autant que par le sentiment de voir ce 7ème art y prendre forme avec la plus grande pureté des tréfonds de l'esprit. Exorcist II souffre en fait surtout du jeu extrêmement médiocre de Linda Blair, Richard Burton étant plutôt en symbiose avec le personnage d'apparence monolithique, même s'il ne donne pas forcément l'impression de "jouer" son rôle. Le film a des thématiques très contemporaines à l'époque mine de rien, puisque De Palma en fera aussi un film fou avec The Fury... Certaines idées précèdent aussi le Phenomena de Argento. Dommage juste qu'il n'y ait pas pour Regan une interprète comme Amy Irving ou Jennifer Connelly donc. Retrouvez d'autres articles sur John Boorman : John Boorman - Zardoz (reprise cinéma)
Commentaires
De : mr_kenyatta Ah ça... Linda Blair, c'était quelque chose ! Sa filmo post-Exorciste I et II aussi, ça a été quelque chose !!! De : noodles Sur l'affiche ci-dessus linda blair a vraiment l'air d'une porn star seventies; kenyatta toi qui t'y connais et pas qu'un peu, elle a rien tenté dans ce domaine ? vous l'avez aimér ds l'exorciste, vous l'adorerez dans L'escort X ! Vous avez vibré à L'hérétique, vous frissonnerez dans Relais Trique Ruquier, si t'as besoin d'un pigiste .. De : mr_kenyatta Elle a juste donné dans le "film de prison", à ma connaissance, "Chained heat" et "Red heat". Sachant que le premier est aussi avec Sybil Danning et le second avec Sylvia Kristel, ça répond en partir à ta question, mon vieux noodles ? ;-) De : Infernalia Merci à Ishmael d'avoir bien voulu nous rappeler la beauté de ce film injustement méprisé de Boorman, alors (ou parce que) qu'on y retrouvait tous ses thèmes : quête existentielle, rapports homme/élements, doute métaphysique. Les fans du Friedkin ont hurlé au scandale alors que The Heretic était beaucoup plus subtil que son prédecesseur, employant le fantastique comme voyage au fond de soi. Il faut dire que faire d'une suite d'un classique du cinéma d'épouvante (au style délibérément brut et réaliste) une fable métaphysique et mystique, il fallait oser. Je me souviens avoir été très impressionné par la scène d'hypnose et de coeur battant d'E.Burstyn. Sinon, quel plaisir que ce clip sur la musique de Morricone (ce morceau n'est pas dans le film), beaucoup plus "nerveux" que le film lui même. De : alexis J'ai malheureusement découvert le premier Exorciste en cours et j'attendais surement trop et malheureusement je ne l'a pas aimé, mais à la lecture de cet article je peux me lancer dans celui-ci sans problème. Infernalia tu l'as en DVD ? :)) De : Infernalia voui ! De : Presse-Lilith Dans mon souvenir (je l'ai plus vu depuis longtemps), le principal défaut du film est son plan final d'un ridicule à pleurer. De : Infernalia Si tu ne l'as plus vu depuis longtemps, c'est peut-être le plan final ridicule de la version US que tu as vu, et non pas du montage original de Boorman, non ? De : Presse-Dubitatif Ca c'est bien possible.... De : noodles ce film est un naufrage total, c'est ce qui le rend sympathique et défendable, un peu comme le "postman" de costner (qui s'y colle ?) faire une fable métaphysique et mystique (déjà zardoz, warff!) à partir d'un film d'épouvante, c'est pas l'idée du siècle ... quelques années plus tot Boorman nous faisait un film d'épouvante à partir d'une idée philosophique et ds ce sens là ça marche beaucoup mieux, et c'était aussi un voyage au fond de soi(beurk) ... remember il y était question de petit cochon, d'un jeune marcel dadi des sous bois et d'un big jim en combine moulante qui se prend pour guillaume tell ...un autre trip.... un club des cinq version trash ...un film inouï De : Infernalia François Forestier, sort de ce corps ! Comparer le Boorman à Kevin Kostner et à son imbuvable Postman, quelle horreur ! Bon, je suis un admirateur de Boorman première manière et je trouve que "The Heretic" s'intègre parfaitement au sein de son oeuvre de Delivrance à La Forêt d'Emeraude. ça n'est pas tant plonger le fantastique dans le métaphysique qui est culotté, mais le fait de prendre un film culte pour lui donner une suite anti-commerciale aux antipodes du premier.. On peut taxer Boorman de naïf ou de mystique (j'entends dire kitsch : mais dès qu'on touche aux mythes on prend un certain risque dans la représentation). Moi j'y vois au contraire un univers sans arrêt partagé entre l'utopie et le pessimisme, et toujours avec une grande force poétique. Il me paraît évident que c'est le type même de film qui ne peut que diviser pour peu qu'on soit sensible ou pas à ce type de démarche. De : mr_kenyatta Je ne vais pas prendre partie sur Boorman, 1) parce que je n'ai probablement pas vu ses deux meilleurs films ("Point blank" et "Déliverance"), 2) parce que tout le monde va finir par croire qu'Infernalia faisons un numéro de duettistes bien rôdés genre "Frères ennemis" ;-)) Mais quand même, ce que j'en ai vu va du "boarf" ("Leo the last") au "mouarf" ("Zardoz", grand moment de fou rire). De : noodles kenyatta : ça veut dire quoi "probablement pas vu" ? ou tu les as vus, ou tu les as pas vus ? tu dois être probablement stone .. De : Infernalia Ahh c'est petit de résumer la partie pour le tout :) C'est vrai que l'esthétique de Zardoz est énormément liée aux années 1970, mais il suffit de prendre la plupart des films de SF de cette période pour voir qu'ils répondent à cette esthétique. On peut rejeter en bloc, mais ça obéit vraiment à une vision de l'époque, et difficile de le voir du même regard maintenant. Si on prend la vision d'anticipation de Kubrick dans "Orange mécanique" et la tenue de Mc Dowell elle a aussi cette dimension. Je ne nie pas le côté kitsch de Zardoz, mais il me semble que c'est quand même facile de sortir un film de son époque. De : Infernalia noodles : Je pense que MR Kenyatta veut dire qu'il est sûr de ne pas avoir vu ce qui sont probablement ses 2 meilleurs films. De : Leo Ben c'est peut être aussi pour ça qu'orange mécanique c'est au final plutôt pas terrible (A l'echelle Kubrick) De : alexis Ce qui est intéressant avec Boorman c'est qu'au moins il tente. Alors c'est vrai que dès fois il se plante mais il y atellement de réalisateurs qui restent dans leur confort ... Je trouve Léo the last très intéressant, La Forêt d'émeraude est un film magnifique et bouleversant, j'ai gardé un bon souvenir de Hope and Glory, Excalibur est un film dont je revois des extraits , et Point Blank est un film superbe notamment au niveau formel... h si autant de réalisateurs pouvaient se targuer d'avoir ce genre de filmo! De : noodles KENYATTA t'es trop strange : voilà un type qui, sur les 20 mizoguchi visibles en France, en a vu 32 ..... et il est pas fichu de voir "point blank" (chef d'oeuvre) et "delivrance" (rebelote).... De : Ishmael N'empèche que ce n'est pas si mal "Postman"! J'ai moi même un avis assez nuancé sur la filmographie de Boorman, mes préférés etant celui-ci, "Delivrance" et "Hope and Glory". Par exemple je tic pas mal sur "Excalibur" ou "Le tailleur de Panama" que je trouve être une version pachydermique du magnifique roman de Le Carré. Mais au moins c'est un auteur à part qui ne ressemble à aucun autre et c'est rare. De : noodles postman , c'est typiquement le film que personne n'a vu mais sur lequel tout le monde vomit voilà ! alors moi je le défends ! même si je l'ai pas vu .. De : alexis Oui c'est plutôt sympa Postman. Ishmael qu'est-ce qui te gene dans Excalibur je ne l'ai pas revu depuis quelques années mais j'en garde un plutôt bon siouvenir De : noodles pour Postman, le score est donc de 3 - 1 , balle au centre ... Insérer un commentaire : |
