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Joel et Ethan Coen : "A Serious Man"
Sorties salles
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On sait que chaque film des frères Coen s'attarde sur une communauté précise circonscrite dans un espace clairement délimité (la frontière Mexico-texane de No Country For Old Men, le Nord-Dakota de Fargo, le Los Angeles de The Big Lebowski...), communauté sur laquelle les deux frères s'amusent à poser leur regard féroce de caricaturistes un brin potaches (par exemple en exagérant les accents ou en ridiculisant les particularités locales). Avec A Serious Man arrive ce qui devait bien finir par arriver : les Coen se penchent cette fois-ci sur la communauté juive d’une banlieue de Minneapolis et donc sur une communauté semblable à celle qui les a vus grandir. Ainsi, pour la première fois, les Coen nourrissent leur cinéma d'éléments directement autobiographiques et vont même jusqu’à imaginer, avec le jeune Danny Gopnik, fils de professeur préparant sa Bar Mitzvah à la fin des années 60, un personnage qu'on peut considérer comme un alter-ego. Si la dimension autobiographique de A Serious Man est importante elle n'est pas tout, le film doit avant tout se voir comme une version satirique du livre de Job, comme une fable philosophique revisitant les mythes juif et l'humour juif. Même s'ils recréent le monde de leur adolescence, les Coen ne sont pas du genre à verser dans la nostalgie mièvre et à abandonner l'ironie dont ils ont fait une marque de fabrique. On s'empressera donc d'indiquer que la satire se révèle ici toujours aussi féroce. ![]() Larry Gopnik (père de Danny) se voit ainsi frapper par une série de catastrophes mettant en pièces sa vie privée et professionnelle. L'homme de raison qu'il est (il n'est pas professeur de science physique pour rien) ne peut que perdre pied devant l'absurdité des événements qui le touche et surtout devant leur enchaînement frénétique. Le hiatus entre la recherche d'explication de Larry et l'étrange incongruité de ce qui lui arrive est le moteur d'un film qui se révèle hilarant si on veut bien en accepter la noirceur métaphysique et nihiliste, qui rappelle celle du beaucoup plus sérieux No Country for Old Man Car évidemment pour les Coen (qui se disent "profondément athées") la quête du professeur qui cherche à tout prix à comprendre ce que Dieu peut vouloir lui dire en multipliant les événements désastreux autour de lui ne peut qu'être vaine et ridicule. La scène centrale du film, celle qui le résume le plus parfaitement, étant sans doute le rêve fait par Larry ou il se voit empiler devant ses élèves des centaines d'équations pour démontrer le principe d'incertitude d'Heisenberg (principe déjà au cœur du balourd The Man Who Wasn't There), qu'il résume finalement ainsi : "on ne peut pas savoir ce qui se passe". Le professeur a donc beau savoir que "on ne peut pas savoir", l’homme croyant ne peut accepter l’absurdité d'une telle conclusion et en devient littéralement malade. ![]() Déconstruction des contes métaphysiques juifs, A Serious Man peut aussi se voir comme un petit précis d'humour juif. Si les Coen sont impitoyable vis à vis d'un héritage religieux qu'ils rejettent en bloc, ils s'avèrent beaucoup plus enclin à reprendre à leur compte cet autre héritage qu'est l'humour juif, humour qu'ils poussent ici à l'extrême. Humour de la catastrophe, empli d'autodérision qui permet de rire même quand tout s'effondre, l’humour juif trouve ici une férocité qui rappelle beaucoup plus un Philip Roth qu'un Woody Allen. Si les questionnements métaphysiques sont légions, comme chez Allen, ils ne sont jamais pris réellement au sérieux. Encore une fois, a quoi bon se questionner si "on ne peut pas savoir". "No Jews were harmed in the making of this motion picture" peut on lire au terme du générique de fin du film. Voila qui pourrait résumer assez bien le ton d’un film qui ne fait pas de quartier. Mais malgré tout, du conte cruel qui s’amuse des malheurs d’un homme si "sérieux" et si honnête se dégage paradoxalement au final une émotion qui n’est sans doute pas la moindre des réussites de ce Serious Man. Retrouvez d'autres articles sur Ethan & Joel Coen : Joel & Ethan Coen - "Burn After Reading" (avant-première)
Commentaires
De : Ishmael Bon comme j'avais déjà beaucoup aimé "The man who wasn't there", je trouve sans peine que c'est leur meilleur film depuis, en plus réussi encore, c'est drôle mais pas seulement mécanique dans son déroulement, et le final est vraiment surprenant. Les Coen ne sont jamais meilleur que dans la variation direct autour de l'angoisse du vide, et ici l'univers de la religion juive est vraiment exploité avec bonheur à ce titre. Même si on a le sentiment que certaines choses nous échappent si on y est pas initié, ce grand nombre de références à la judaïté est aussi le gage possible d'un film riche pour des futurs révisions. Et l'utilisation de Jefferson Airplane tout du long est vraiment géniale! De : David Cazals Intéressant, tout ce que tu dis sur l'héritage juif, à commencer par l'humour. De mon côté, j'ajouterais quelque chose sur la sensualité de la caméra dans certaines scènes, comme celle du directeur d'école ou du coup d'œil panoramique sur la banlieue résidentielle, du haut de son toit... J'ai écrit ma propre critique ici : http://lecornetdefaucheur.blogspot.com/2010/02/serious-man.html De : Francky 01 Je n'ai hélas pas encore vu le film alors que les frères Coen sont mes cinéastes fétiches. J'avais adoré "No country.." qui a même été mon film n°1 dans mon top ciné 2008 sur mon blog. Avec "The big Lebowski", leur meilleur (et aussi "Fargo") ! Quand je l'aurai enfin vu, je reviendrai t'en dire 2-3 mots. A + + P.s : mon blog = http://muziksetcultures.blog.sfr.fr/ Comme toi, je parle de musique (folk, rock, jazz, électro mais indé), ciné et BD essentiellement. Mais je dois reconnaitre que ce n'est qu'un blog qui visuellement est moins abouti que ton site ! Insérer un commentaire : |
