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Joel & Ethan Coen - "Burn After Reading" (avant-première)
Sorties salles
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Le meilleur moyen de se débarrasser de ses secrets les plus embarrassants, c’est encore de les brûler… Burn after Reading, clin d’œil à l’as des missions les plus impossibles, fait table rase pour revenir avec jubilation à un passé pas si lointain… Intolérable cruauté en 2003 et The Ladykillers en 2004 s’étaient à ce point autonomisés de leurs auteurs que leur empreinte et leur brio usuel s’en trouvaient quelque peu affadis. Les Coen semblaient s’être laissés abuser par le brillant d’Hollywood et y avoir perdu quelques plumes. Mais l’année 2007 marque le retour réussi du duo aux films noirs, avec la sortie de No country for old men et la préparation simultanée de Burn after reading, parodie grinçante sur les Américains au travers de deux grandes institutions fétiches : La CIA et le club de Gym. Les deux frères ont institués à eux seuls une véritable industrie dans l’industrie, un genre « Coen » nourri de ses propres codes, et qui pourraient être résumés ainsi : humour décalé, situations grotesques, importance stratégique du lieu comme représentant d’une facette sociale portée en dérision et enfin un certain attrait pour le noir (celui de la bêtise et de la méchanceté gratuite, avec la haine et la violence en point de paroxysme). On retrouve ici tous ces éléments qui s’étaient un peu dispersés ces derniers temps, mais qui étaient déjà bien présents dans Blood Simple ou l’excellent Barton Fink. Un univers semi-réel s’attachant à décrire les travers et la stupidité de la société américaine… Ils aiment aussi les images sales et donnent de l’importance aux physiques de leurs personnages, souvent proches de la caricature. On se souviendra notamment de Big Lebowski, cet homme gras et emphatique, qui présente quelques similitudes avec notre Georges – « Harry » -Clooney… La grande force des Coen réside donc conjointement dans leur humour cynique et dans le choix du casting, toujours brillamment dirigé. Dans Burn After Reading, ils ont « demandé à [leurs] acteurs de réveiller l’andouille qui sommeillait en eux ». Dont acte. Les Coen retrouvent ici certains de leurs acteurs fétiches, Frances McDormand et Georges Clooney en tête. Le petit nouveau, c’est Brad Pitt, qui se construit depuis quelques années déjà une carrière ambitieuse quoique très diversifiée, et comme certains grands acteurs du classicisme, tels James Stewart ou Cary Grant, revient régulièrement sur certains tics de jeu. Ainsi, il apparaissait dans chaque scène du Ocean’s Eleven de Soderberg avec une friandise dans les mains (nachips, sucette…). Ici, son personnage se trouve être victime d’une soif inétanchable, et s’hydrate constamment avec du Gatorade, et autres jus d’orange de préférence bus à la paille. Avec sa mèche blonde au milieu de ses cheveux plein de gel, et son sourire plein de dents, Chad pourrait être le cousin -humain- de l'averyen Screwy Squirrel. ![]() Un air de famille certain ... ![]() Ce souci du détail et cet aspect cartoon caractérise les personnages des films Coen, dont l’étendard reste George -Nespresso- Clooney qui était obsédé par ses cheveux dans O’Brother (qui lui a valu un Golden Globe en 2000), par ses dents dans Intolérable cruauté et l’est aujourd’hui de l’effort physique. Course à pied post-coïtale d’un minimum de huit kilomètres, voire même quelques abdos-fessiers lorsqu’il est en manque, Harry est une caricature de quadragénaire apparemment sain et sport addict, un homme souffrant d'un trop plein d'énergie qui peine à la canalyser, un autre personnage de cartoon en somme. Frances McDormand, oscarisée pour son rôle dans Fargo en 1997, est affublée cette fois d’un mal de vivre qu’elle pense pouvoir régler grâce à quatre interventions chirurgicales capitales. Le premier plan dans lequel elle apparaît est un gros plan sur son postérieur quelque peu gangrené de cellulite d'average woman en panne d’estime de soi. De ces personnages, mais aussi de celui de John « Osborne » Malkovitch, c’est l’importance du corps qu’il faut retenir. Le corps de l’acteur comme matière, sujette au vieillissement et à la loi irascible qui contraints les actrices à figer leur visage et donc leur outil de travail à coup de Botox ou de silicone, et dont les Coen font malicieusement dire à Chad que Linda ne pourrait jamais trouver de travail à Hollywood… Le corps et la posture de l’acteur comme indices sur le personnage : c’est à son look et sa silhouette décadente qu’on voit le déclin sociale et psychique d'Osborne, du nœud papillon au pyjama froissé, à sa chaîne en or sur sa chemise ouverte que l’on comprend qu’Harry n’est pas l’homme classe qu’il prétend être. L'histoire, c'est donc celle d'Osborne, ancien agent renvoyé de la C.I.A., qui écrit ses mémoires tandis que sa très chic femme Kathy le trompe avec Harry. Au même moment, dans un club de remise en forme, les employés ringards Linda et Chad tombent par hasard sur un CD contenant les informations servant à Osborne pour ses mémoires, et décident de le faire chanter, sans mesurer une seconde l'ampleur de l'ouragan qu'ils déploient... Le nœud de l’histoire, ce sont toutes ces crises qui touchent plus ou moins les personnages du film, qu’elles soient sentimentale, sexuelle ou professionnelle ; et qui sont donc indissociables du corps, objet de culte ultime au pays de l’Oncle Sam, lui aussi en crise. C.I.A., fitness, amour sur internet : chaque milieu est régi par des codes, et passer de l’un à l’autre ne se fera pas sans heurts. Et chaque personnage, qu’il soit issu de la haute-bourgeoisie (et ait un physique rigide et un air pincé) ou d’une classe basse de la société, est un loser, et une caricature de ce qu’il représente. C’est donc un retour aux sources réussi pour nos deux polissons du genre qui sèment la zizanie dans les repères du cinéma classique. Par ailleurs, quelques jeux de mots récurrents rappellent certaines comédies classiques américaines : ainsi Harry n’a-t-il pas tirer de coup (de pistolet) en vingt ans, alors qu’il enchaîne les partenaires sexuelles. Tous les attributs physiques des personnages, ainsi que le lieu de l’action (le club de remise en forme « Hardbodies Fitness ») prêtent à sourire, comme dans les comédies américaines proche de l’univers du Frat Pack (voir notre chronique qui leur était consacrée). Et pourtant la musique, inquiétante, et cette scène où John – « Osborne » -Malkovich décide de tout abandonner, perdu en pleine mer avec un père fantomatique au premier plan amène une part d’angoisse ténue, comme un fil dont on ne sait s’il faut le suivre ou non. C’est ce passage souvent inattendu entre comédie, suspense, tragédie, et film noir qui porte les meilleurs films des frères Coen. Et également cette naïveté bonne enfant, représentée à merveille par Tim Robbins dans Le grand Saut, ici instillée (oui oui) par l’utopisme enfantin de Frances – « Linda » - Mcdormand et Brad – « Chad » -Pitt, qui se retrouvent embarqués malgré eux dans une histoire incroyable avec des agents secrets, des russes et des chinois…on ne vous en dira pas plus, si ce n’est que définitivement ce film ne fera pas que du bien à l’image de l’Amérique de Bush, mais vous procurera à vous quelques picotements des plus agréables… Retrouvez d'autres articles sur Ethan & Joel Coen : Joel et Ethan Coen : "A Serious Man" Joel & Ethan Coen - "Arizona Junior" / "Miller's Crossing" (Blu Ray)
Commentaires
De : noodles donc on n'est plus dans le forget after seeing, c'est fini la loose !? De : mr_kenyatta Ah oui, bien fini ! Enfin, provisoirement au mois... Une mécanique scénaristique superbement agencée servie par des comédiens s'amusant manifestement comme des gamins, tout ça pour notre plus grand plaisir :-) Insérer un commentaire : |
