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Joel & Ethan Coen - "Arizona Junior" / "Miller's Crossing" (Blu Ray)
Sorties DVD
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Beau mois d’août chez Fox pour les amateurs des frères Coen qui voient leurs excellents deuxième et troisième opus, Arizona Junior et Miller’s Crossing sortir en blu ray.
![]() On aurait pu craindre qu’Arizona Junior (1987) ait un pris un sérieux coup de vieux, tant il s’inscrit dans une certaine vogue du divertissement effréné et décalé, symptomatique du cinéma du milieu des années 80, qui a souvent tendance à mal passer le cap des années… Si le Evil Dead 2 réalisé par Sam Raimi la même année se regarde toujours avec grand plaisir, on ne peut pas en dire autant du Bad Taste de Peter Jackson qui a pris un sérieux coup de vieux. Mais non, le plaisir que procure Arizona Junior est là, instantané, mêlant à la nostalgie de nos propres souvenirs une jubilation intacte et tout aussi communicative pour un public d’aujourd’hui. Avec ce deuxième long métrage Les frères Coen faisaient donc partie (comme les deux autres cinéastes précités) de ces jeunes prodiges prometteurs, fraichement sortis de leurs études, dont on louait l’énergie et la singularité, prêt à nourrir le cinéma US d’un sang neuf. Deux ans avant, Tim Burton vient de réaliser Pee Wee et Beetlejuice n’est pas loin.
Il faut dire que 1987 fut une année florissante pour le cinéma de genre tout autant de la part de cinéastes déjà aguerris (Verhoeven avec Robocop, Carpenter avec Prince of Darkness, Argento avec Opera, trois films phares de la fin des années 80) que des débutants ouvrant leurs carrières sur des perles (Near Dark de Kathryn Bigelow), offrant de fascinants objets triviaux et ravageurs (Brain Damage d’Henenlotter), ou d’autres qui n’auront parfois pas de suite (Street Trash de Jim Muro). C’était aussi la période où certains faisaient leur premières armes dans la série des Freddy mais se révélant par la suite, incapables d’êtres des auteurs (le grand n’importe quoi de la carrière de Chuck Russel, ou le sympathique blockbuster man Renny Harlin). Michele Soavi nous gratifiait de son formidable Bloody Bird….Espoirs, avenir, inventivité permanente, élans créatifs féconds, le cinéma de genre était bel et bien en vie, en plein essor. Avec Blood Simple ou Arizona Junior les frères Coen ajoutent d’emblée à l’exquise liberté des œuvres de jeunesse, un génie de l’écriture et de la mise en scène qui se confirmera et évoluera au fil de leurs œuvres.
L’aventure du couple McDunnough incarnés par un Nicolas Cage crétin et émouvant (qui nous fait tellement regretter le temps ou il était acteur) et une Holly Hunter radieuse, reste à la fois trépidante, poétique et désopilante. Formidable divertissement, porté par les codes du cinéma de genre, Arizona Junior n’est pourtant pas écrasé sous les citations assommantes et tient à la fois de la comédie sentimentale et du western, porté par un esprit cartoonesque et balançant incessamment entre sa propension au délire et son empathie pour ses doux dingues de héros, ce qui rend le film à la fois trépidant et doux. L’écriture d’Arizona Junior est parfois proche de celle de Crimewave (1985) que les frères Coen composèrent pour leur ami Raimi dans un rythme peut-être plus hystérique encore. Dans Arizona Junior, les personnages se métamorphosent en figures mouvantes et déformées à loisir (de dessins animés, donc) dans des grimaces, des rires, des gesticulations et des enchainements d’actions et de gags. Les hommes sont maltraités, se prennent des beignes et volent de deux mètres, pris entre des jets de projectiles, des cactus inopportuns ou de la peinture bleue qui leur explose à la figure. Coups de poing et coup de gong scandent les péripéties entre suspense et pastiche. C’est ce même mélange de candeur cinéphilique et d’inventivité que l’on retrouve également dans le Tim Burton de la même période, entre amour pour l’épouvante et conte de fée, fascination pour la violence et pureté enfantine. Entre les poursuites en voitures délirantes, un motard de l’apocalypse qui semble avoir volé ses yeux bleus à Franco Néro et les rêves naïfs et sucrés de son héros, les frères Coen excellent dans cette jonction du sentimental et du trivial. Certes le génie du contrepoint et du décalage, si naturel dans Arizona Junior, renvoie également à ce que deviendra la « Frères Coen’s touch », une mécanique bien huilée qui perdra au fur et à mesure de sa saveur et de sa spontanéité au point de paraître un peu fade, voir franchement paresseuse (Burn after Reading, Ladykillers), même si leur dernières œuvres, plus épurées, témoignent d’un second souffle salvateur. Arizona Junior ? A revoir de toute urgence, donc.
![]() La passionnante récréation Arizona Junior se situe entre les deux grands films noirs que sont Blood Simple et Miller’s Crossing (1990) Plus de 20 ans après, ce dernier fait incontestablement partie des grands films des années 90, qu’il ouvre splendidement, quasi parfait, dominé par une maitrise de l’espace et de la mise en scène qui se confirmera avec Barton Fink. Adaptation non officielle de La Moisson rouge de Hammett, avec ses personnages archétypiques de gangsters, Miller’s Crossing frappe par son curieux anti-manichéisme, à l’instar de son énigmatique héros campé par un Gabriel Byrne qui n’a peut-être jamais été aussi bon. Car oui, on y trouve des archétypes de gangsters, de femmes fatales, une reconstitution soignée, des traitrises et des coups de théâtre, mais le génie des frères Coen est de concevoir un film noir qui, tout en restant un hommage fidèle, n’entre jamais dans le défaut de la posture, de l'illustration classique du genre. Miller’s Crossing dépasse la mythologie, lui insuffle une complexité, une originalité, qui n’appartiennent qu’à lui, cassent le rythme, lui offrant le cheminement d’une tragédie classique proche des tragédies shakespeariennes du pouvoir. A l’image des pièces du dramaturge, la violence elle-même parfaitement dosée, utilisée avec parcimonie, éclate dans des accès de cruauté dont la soudaineté augmente la puissance et l’impact. La mort intervient crûment et salement, les balles font de méchants trous dans le crane, les visages prennent le rictus des défigurés … C’est de cette osmose même de la lenteur et du choc, de cette dichotomie constante du morbide et de l’épuré que naît la beauté de Miller’s Crossing. Les frères Coen s’y affirment comme de très grands cinéastes du contrepoint.
Traversé par une forme de machiavélisme poétique, cette fascinante balade macabre, plus amorale qu’immorale, aspire dans son jeu de manipulation qui mine son héros plus qu’il ne l’élève. Désabusé et mélancolique, Tom trimballe sa carcasse fatiguée, pugnace et résigné, décidé et déçu. C’est un curieux antihéros que ce meneur de jeu distancié, presque effacé, incapable de se fondre dans une quelconque soumission aux codes collectifs et qui fait lentement table rase autour de lui. Il tient de manière flegmatique tous les fils de l’intrigue et les dénouent lentement. Il tire les ficelles sans jamais vraiment être sûr de l’issue, mais n’en tire aucune joie, jouant sa vie comme sur un coup de dés, au hasard. L’amitié n’existe plus et le bout du chemin, pour peu qu’on n’ait pas laissé son cadavre dans ce carrefour au milieu des arbres, laisse définitivement seul, dans le silence. Aussi Miller’s Crossing présage déjà de la thématique d’un Barton Fink en présentant un curieux apprentissage de vie, envahie par le mal et la solitude, un cheminement vers le vide.
![]() ![]() Que Fox propose ces combos blu-ray /Dvd pour moins de 15 euros, explique sans doute la paresse au niveau des bonus : quelques interviews des acteurs (Gabriel Byrne et Turturro offrent des points de vue intéressants sur leurs personnages de Miller’s Crossing) et des bandes annonces. C’est assez maigre mais compte tenu de la beauté des transferts, on se réjouira surtout de voir ces deux films retrouver une vraie jeunesse. Piqué d’image assez ahurissant, et couleurs renaissantes en particulier pour le très vif Arizona Junior.
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