bandeau

 





 Festival Fantasia de Montréal - part III : du 14 au 16 juillet

 Manuel Poirier – "Le Café du pont" (avant-première)

 M. Night Shyamalan - "Le dernier maître de l'Air" (avant-première)

 Nanni Moretti - "La Cosa" (DVD, 1990)

 Sergio Leone - "Il était une fois dans l'Ouest"

 Festival Fantasia de Montréal – part II : du 11 au 13 juillet

 Coffret Koji Wakamatsu vol. II

 Gilles Marchand – "L’Autre monde"

 Lee Unkrich – "Toy Story 3"

 Festival Fantasia de Montréal - part I : du 8 au 10 juillet

 Noémie Lvovsky – "Oublie-moi / La Vie ne me fait pas peur" (DVD)

 Lu Chuan - "City of Life and Death" (Avant-Première)

 Mamoru Oshii - "The Sky Crawlers" (2008)

 Mathieu Amalric – "Tournée"

 John McTiernan - Predator (Blu Ray)

 Michael & Peter Spierig - "Daybreakers" (Blu Ray)

 Olivier Assayas - "Carlos" (avant-première)

 Duncan Jones - "Moon" (Blu-Ray)

 Robert Kramer - "Doc's Kingdom - Walk the Walk" (DVD)

 Kim Chapiron - "Dog Pound"

Tous les articles Cinema

Cinema

Joann Sfar – "Gainsbourg – (vie héroïque)" (avant-première)

Sorties salles
Posté par Cyril Cossardeaux le 2010-01-13



Image principale
Ouvrir
 
Joann Sfar n’aurait pas dû oublier l’adage recommandant de quitter les gens sur une bonne impression. Avec son Gainsbourg – (vie héroïque), il a fait un peu tout le contraire. Ou bien alors a-t-il été trop en empathie avec son sujet au point de faire épouser à son film la même trajectoire ? La théorie du film est qu’un truc s’est cassé dans la vie de Gainsbourg à la séparation d’avec Bardot, ses pulsions d’autodestruction prenant alors le dessus. Mais la même chose se casse dans le film lui-même, qui perd son charme, sa fantaisie et une réelle inventivité à mesure que Gainsbourg en perd tout autant.
Pour le dire franchement, le film est de moins en moins bien, en grande partie parce qu’il s’écarte de plus en plus de la promesse de son auteur.

"Un conte de Joann Sfar" nous annonce le générique. C’est effectivement pour une bonne part le ton de la première partie du film, très réussie, et singulièrement toutes les scènes, assez nombreuses, mettant en scène le jeune Lucien Ginzburg. Sfar trouve une image intéressante pour symboliser la condition de Juif de Gainsbourg sous l’occupation nazie, celle de cette grosse tête de "Youpin" qu’il se traîne comme un boulet mais dans laquelle il puisera également sa force, d’artiste et de grand séducteur (1).

Retracer l’enfance de Gainsbourg, l’imaginer pour une part, recèle forcément quelque chose de ludique, et pour Sfar et pour le spectateur. Et ce plaisir à construire par petites touches le portrait d’un futur génie est réellement contagieux. Sfar est aussi grandement aidé en cela par un jeune interprète réellement épatant, Kacey Mottet.
Les scènes, réelles ou fantasmées, avec la pulpeuse modèle (Ophelia Kolb) sont particulièrement réussies, car elles s’écartent de la plate représentation pour travailler sur l’imaginaire du héros, en conformité, pour le coup, avec la promesse initiale du conte.

Deborah Grall et Eric Elmosnino
Deborah Grall et Eric Elmosnino

A moins d’avoir dévoré toutes les nombreuses biographies qui lui ont été consacrées, on connaît moins les années de formation de Gainsbourg, celles où la musique n’était qu’un travail alimentaire devant financer son destin de grand peintre. Elle permet aussi pus facilement des entorses à l’Histoire officielle et les licences poétiques, dans lesquelles Sfar se montre assez habile, souvent même inspiré. Il y développe l’idée d’un double de Gainsbourg en forme de "mauvais génie" (encore que les conseils de carrière qu’il lui prodigue ne soient pas si mauvais) mais évite heureusement le piège de la facile dichotomie manichéenne Gainsbourg/Gainsbarre. Le double n’est pas Gainsbarre, il est la Gueule, celle qu’on a et avec laquelle on doit composer sa vie durant.

Qu’est-ce qui fait alors que la dernière partie ne fonctionne pas ?
D’abord parce qu’elle était la plus casse-gueule à traiter. Gainsbourg est alors une figure publique reconnue, qui va rapidement laisser la place au monstre médiatique que tout le monde connaît. On a alors l’impression que ce Gainsbourg-là tétanise Sfar, qui se sent obligé d’aligner les scènes à faire et les morceaux de bravoure supposés incontournables. Paradoxalement, c’est au moment où le film ne se permet plus de prendre son temps pour installer des situations, des climats, des personnages, au moment où son rythme s’accélère (vite, vite, la rencontre avec Jane, la naissance de Charlotte, l’infarctus, l’homme à tête de chou dans la vitrine, la Jamaïque, La Marseillaise a capella devant les paras strasbourgeois en furie, etc.) qu’il devient le plus ennuyeux et longuet. Parce qu’on a alors l’impression que Sfar n’a plus rien à nous dire sur son personnage, qu’il n’arrive d’ailleurs même pas à expliquer vraiment le passage du dandy au débris (c’est pour la rime, hein, Gainsbourg "débris", c’est vraiment les dernières années, pas encore les années Birkin…).

Anna Mouglalis et Eric Elmosnino
Anna Mouglalis et Eric Elmosnino

Certaines scènes particulièrement ratées (le dialogue avec des jeunes enfants sur une plage de Jamaïque de carton-pâte) ou problématiques (pourquoi inventer que Jane Birkin lui tenait le micro sur la scène à Strasbourg alors qu’elle n’y était pas ? pour nous montrer son soutien indéfectible à son mari ? ça n’est pourtant pas le sens des scènes qui précèdent, qui la voient prendre de considérables distances avec la descente aux enfers éthyliques de Gainsbourg…) confinent même au grand n’importe quoi à la fin du film. Même si ça n’est probablement pas le cas, on a alors la sensation que Sfar se dit "merde, plus que cinq minutes de film et je n’en suis qu’à 1980, quand Gainsbourg va rencontrer Bambou, comment faire pour traiter les onze dernières années en si peu de temps ?". Il invente alors une scène totalement improbable où Gainsbourg lève Bambou dans une boîte de nuit alors qu’elle danse sur… Love on the Beat (à l’enregistrement duquel elle participa activement – les râles orgasmiques, c’est elle – mais c'était en 1984), après qu’un mec bourré ait fait référence au Guignol de Gainsbarre (qui, lui, n’a pas été à l’antenne avant 1988) !
Bien évidemment que Sfar sait mieux que nous l’anachronisme complet de cette scène et nous répondra sûrement, un peu dédaigneusement peut-être, que, non, son film n’est pas la "vérité" sur Gainsbourg et que cette vérité ne l’intéresse pas. Soit. Mais cela fait alors un moment que son film s’est fait prendre au piège du bon vieux biopic. Pourquoi, exemple parmi beaucoup d'autres, reproduire au mot et à l’intonation près (la voix qui déraille dans les aigus sur le "Je suis un insoumis !") le discours de Gainsbourg à Strasbourg si on prétend se soucier si peu de réalisme ? Et qui nous fera croire que le film n’est pas d’abord vendu à ses futurs spectateurs sous l’angle des comédiens troublants de ressemblance avec leurs glorieux modèles ?

De fait, pour l’essentiel, c’est vrai. Et ne cachons pas que c’est aussi l’un des plaisirs du film. Laetitia Casta est saisissante en Bardot et Eric Elmosnino réellement bluffant en Gainsbourg, allant au-delà du mimétisme en sachant donner une vraie personnalité à sa création d’acteur. Enfin, encore une fois, avant que le film (pastiche capillaire aidant) ne finisse pas trop virer à l’imitation, sans éviter les défauts de La Môme ou du Coluche de de Caunes.

Laetitia Casta et Eric Elmosnino
Laetitia Casta et Eric Elmosnino

On ne s’avance probablement pas trop en disant que ce qui intéresse surtout Sfar chez Gainsbourg, c’est son rapport (ô combien compliqué) à la judéité et à sa famille (l’un n’allant évidemment pas sans l’autre). Certainement parce que ce sont les sujets qui le concernent aussi le plus personnellement, comme il l’a maintes fois montré dans ses bandes dessinées. Logiquement, c’est aussi, de loin, ce qu’il réussit le mieux, conférant à ces aspects de sa vie une vraie dimension, sinon héroïque, en tout cas romanesque. Dès lors, cette question toute bête : pourquoi ne s’y est-il pas limité ? Il aurait alors à coup sûr signé une réussite incontestable.


(1) La scène où Gainsbourg et son double s’enfuient dans les bois pour échapper aux soldats nazis évoque de façon troublante l’univers de Max et les maximonstres (et d’autant plus troublant quand on songe à la participation de Charlotte Gainsbourg au film de Spike Jonze…).






Share/Save/Bookmark 






Commentaires
De : Florence

Quelle critique, quelle maestria ! :-)

De : J'ai deux amours, mon pays et Bornu

Globalement d’accord avec mon petit camarade (que je salue au passage) concernant ce film, en particulier pour la seconde partie bien moins réussie que la première, en fait dés que « la gueule » est renvoyée par Gainsbourg, ce qui nous vaut tout de même une jolie redite du Phantom of paradise de De Palma, quand Winslow observe l’œil humide par un velux Swan en train de faire des guiliguilis à sa dulcinée.

J’aimerais toutefois faire quelques commentaires qui me semblent importants :

- Le premier, comme l’a dit mon copain rédacteur, c’est la grande importance du thème de la Judaïcité et en particulier de son rapport à la France (le film aurait pu s’appeler Yellow Sfar), la république comme ses ouailles, la manière dont la France a traité ses enfants au cours de l’occupation. En effet comment ne pas remarquer que le seul nazi du film (un lieutenant SS) soit un élève du même cours de peinture que le jeune Lucien Ginzburg quand au contraire les français, miliciens, beuglent bourrés la Marseillaise (la salopent quoi) ou bien collaborent studieusement à la petite semaine (le ministère de l’immig..heu non le bureau des affaires juives). Cette figure envahissante de monsieur juif patate en quelque sorte qui le suit partout dés lors (magnifique idée) comme une étoile jaune avant l’heure (on pense évidemment à cette phrase, « c’est l’antisémite qui fait le juif »).

- Le second concerne la Marseillaise, et là je m’éloigne un tantinet du point de vue de mon copain rédacteur. Celle chantée à Strasbourg est d’autant plus poignante (si si) que Sfar y insère justement des plans du jeune Lucien Ginzburg planqué dans une armoire, histoire d’échapper aux enfants de putain nazis sans doute mais plus probablement aux enfants de Pétain de la Milice, et qui regarde par un trou de serrure le spectacle du vieux Gainsbourg chanter ce bel hymne fièrement, poing levé puis bras d’honneur, comme un pied de nez. Le plan final de cette séquence où le petit Ginzburg justement reprend le dernier refrain poing levé avant de faire lui-aussi un bras d’honneur, pas le moins beau(ni le moins lourd nous sommes d’accord) des plans du film.

- Le dernier enfin est plus prosaïque, il concerne l’obsession des femmes, pulpeuses de préférence. Sfar aime les femmes aussi, il fantasme peut-être les expériences de Gainsbourg avec des créatures plus plantureuses et séduisantes les unes que les autres (il a même réussi à trouver une actrice pour jouer Jane Birkin qui soit dotée d’un postérieur non pas proéminent mais en tous les cas bien plus fessue que celui de notre chère Jane) et filmées sous tous les angles ou pas. Voilà une thématique forte du film, un peu comme si ces aventures-là valaient autant sinon plus dans l’imaginaire Gainsbourrien de Sfar que ces deux à trois aimables chansons laissées à la postérité. La postérité du postérieur, voilà ce qu’aurait pu être le titre du film là-aussi.



De : mr_kenyatta

Désolé mon Bornu, j'aime pas du tout cette scène de la Marseillaise, non.
Bon, déjà, à la base, l'idée que Gainsbourg ait pu faire pleurer le para en chantant cette chanson à la con, ça a du mal à me faire frétiller, hein...

De : Tiens voilà du bornu

Pour un parachutiste être au garde-à-vous ou pleurer c'est pareil :)

De : mr_kenyatta

Je m'en veux un peu de ne pas avoir relevé le passage finalement le plus glaçant du film (plus encore que la très belle scène de l'étoile jaune), celui où Gainsbourg découvre le texte absolument abject, suintant l'antisémitisme et le racisme de caniveau, publié par Lucien Rebatet... euh, pardon, Michel Droit (oui, oui, celui-là même qui était l'interlocuteur complaisant et privilégié du président de Gaulle... comme quoi, enfin, le 18 juin 40, la Résistance, tout ça...) dans Le Figaro Magazine après l'enregistrement de sa Marseillaise version Kingston (la meilleure version qui existe, pour le coup).
Il y a décidément des invariants à certains endroits (vastes, hélas) de l'échiquier politique français...

Je ne résiste pas à la délectation de citer un passage de la réponse de Gainsbourg à l'époque (dommage que ça ne soit pas dans le film...) :
"Peut-être Droit, journaliste, homme de lettres, de cinq dirons-nous, […] croisé de guerre 39-45 et croix de la Légion d’honneur dite étoile des braves, apprécierait-il que je mette à nouveau celle de David que l’on me somma d’arborer en juin 1942 noir sur jaune et ainsi, après avoir été relégué dans mon ghetto par la milice, devrais-je y retourner, poussé cette fois par un ancien néo-combattant ?"

"Homme de lettres, de cinq dirons-nous"... quelle classe, quand même, ce Serge G., quand il s'en donnait la peine :-)

De : Leo

Sans parler du "On n'a pas le con d'être aussi Droit" :o)

De : moi je lance un bornu à ceux qui ne ressemblent à

C'est d'ailleurs ce bon michel droit dans l'article cité qui en évoquant gainsbourg dit qu'il fait le nid de l'antisémitisme. A rapprocher de l'adage "c'est l'antisémite qui fait le juif" cité dans mon commentaire

Insérer un commentaire :
Nom ou pseudo :


Commentaire :


Veuillez entrer le mot impression dans la case ci-dessous:


 

 

Recherche sur le site

 

         Sorties salles
         Sorties DVD
         Hors Actu
         Entretiens
         Dossiers/Hommages



FERMER