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Jia Zhang-Ke - "24 City"

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Posté par Leo Percepied le 2009-03-18



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Dès Xiao Wu Artisan Pickpocket sorti en France en 1999 Jia Zhang-ke s'est assez rapidement imposé comme l'un des cinéastes les plus passionnants de sa génération. Pour parler de façon un peu plus subjective j'irais même jusqu'à dire que le cinéaste chinois à déjà réussi à plusieurs reprise à concrétiser mon idéal de cinéma. Personne d'autre que lui ces dernières années n'a en effet réussi à atteindre un si juste équilibre entre l'âpreté d'un naturalisme nourri de matériel documentaire et la sophistication d'une mise en scène inventant sans cesse de nouvelles formes.

Si la fidélité au réel a toujours été une obsession pour Jia on note depuis The World une certaine mutation de son cinéma qui ne cesse dorénavant de questionner ouvertement les limites entre fiction et documentaires. Le diptyque Still Life/Dong fut le premier pas de cette mutation : Le documentaire (Dong) fut à l'origine de la fiction (Still Life) et plusieurs scènes de l'un aurait très bien pu se trouver dans l'autre (Je crois d'ailleurs que c'est le cas).



Le 7eme long métrage du cinéaste marque une nouvelle évolution dans ce questionnement. 24 City est un docu-fiction sur la destruction d'une unité de travail datant de l'époque maoïste. Dans une métamorphose improbable dont la Chine moderne a le secret l'usine et la cité ouvrière qui l'entoure laissent la place à un vaste complexe immobilier de luxe. La thématique est très proche de celle du magistral A l'ouest des Rails de Wang Bing (qui montrait l'agonie d'un énorme complexe industriel du nord de la Chine) et la forme semble à priori similaire puisque le film repose sur le témoignage de 8 personnes dont le destin a été lié à celui de cette usine. Mais là ou Wang Bing collait au plus près au réel à l'aide d'une réalisation assez austère, Jia Zhang-ke choisit une voie différente en allant plus loin que jamais dans le mariage entre matériel documentaire et procédés de manipulation du réel. La moitié de ses témoins sont en effet des acteurs re-interprétant des témoignages préalablement recueillis par le cinéaste. Cette façon de mêler éléments documentaires et fiction tout en mettant en place des dispositifs conceptuels audacieux rappellera beaucoup le cinéma d'Abbas Kiarostami.



A vrai dire, ce tour de force n'en est pas vraiment un et relève plutôt de l'accessoire ludique. Il serait d'ailleurs vain de s'attarder sur la crédibilité de tel ou tel témoignage. Ce qui est réellement en jeu dans 24 City est ailleurs. Il s'agit de trouver les techniques de narrations adaptées pour exprimer les sentiments les plus complexes et pour pouvoir extraire des ces histoires particulières une vision plus générale de l'évolution de la Chine. Que ces techniques de narrations tiennent du documentaire ou de la fiction n'a finalement pas vraiment d'importance.
Les 8 récits semblent a priori anecdotiques voire parfois insignifiants mais à l'instar d'un Ozu ou d'un Hou Hsiao Hsien le génie de Jia réside dans sa capacité à raconter l'histoire de son pays à partir de si peu.
Le choix du lieu n'est bien sur pas anodin. Le film montre bien que l'organisation d'une unité de travail était pensée pour régenter chaque aspect de la vie de ses ouvriers et de leurs familles. Cette "Danwei" les prenait en effet en charge de la naissance à la mort assurant, outre l'emploi à vie, le logement, l’éducation, les soins et la retraite. Raconter l'histoire de l'usine 240 de Chengdu c'est donc aussi raconter celle de chaque chinois qui a vu son destin intiment liés à celui de son unité de travail.



Cinéaste de peu de mots jusque-là, Jia a voulu cette fois-ci mettre au premier plan la parole. Mais le récit ne se limite pas du tout a ces 8 témoignages, le cinéaste n'oublie pas qu'il est l'un des plus fins plasticiens du cinéma contemporain et multiplie les séquences muettes souvent magnifiques : portraits d'ouvriers regardant fixement la caméra devant lesquels on se surprend à imaginer la biographie (même si on ne saura rien d'autres sur eux), séquences de démolition et de reconstruction, longs plans ou la caméra semble chercher à saisir chaque recoin de l'usine qui s'apprête à disparaître. Le cinéaste chinois s'affirme encore une fois comme le cinéaste de la mémoire dont la motivation principale est de tout faire pour garder une trace d'un monde qui disparaît.




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