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Jerzy Skolimowski - "Signes particuliers : néant" - "Walkover" - "La Barrière" (DVD)
Sorties DVD
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Il y avait jusqu'ici une grande injustice à ce que l'oeuvre d''un cinéaste aussi passionnant que Jerzy Skolimowski soit aussi mal diffusée : ses films ne ressortent presque jamais en salles, sont très rarement diffusés à la télévision (même sur les chaînes spécialisées du câble) et les titres disponibles en DVD se comptaient jusqu'au mois dernier sur les doigts de la main gauche de Django Reinhardt. Il est vrai que son oeuvre est l'une des plus hétérogènes qui soit, tournée dans de nombreux pays, de qualité inégale, aussi, ce que Skolimowski lui-même est le premier à reconnaître. Et quitte à commencer à s'atteler à la remettre enfin en lumière, autant commencer par le début, par ces trois premiers longs-métrages parmi les rares à correspondre fidèlement à ce que le réalisateur polonais avait en tête. Il faut donc saluer le travail de Malavida, l'un des meilleurs éditeurs du patrimoine cinématographique des ex-pays de l'Est, qui nous propose aujourd'hui Signes particuliers : néant (1964), Walkover (1965) et La Barrière (1966). Ces trois films présentent une double ambivalence passionnante. Leur thématique est proche (ils pourraient même constituer une sorte de trilogie) mais, derrière une apparente unité de style, ils révèlent une profonde évolution de la mise en scène de Skolimowski, larguant de plus en plus les amarres avec le réalisme et travaillant sur des figures de plus en plus graphiques. On y retrouve également une esthétique générale assez commune aux "films de l'Est" de l'époque (un certain contraste dans les noir et blanc, par exemple), tout en affirmant une personnalité tout à fait singulière. La singularité de ce cinéma, Skolimowki ne tardera pas à la payer d'un prix d'un très élevé : dès 1967, son quatrième film, Haut les mains !, sera censuré et restera inachevé jusqu'en 1981, ce dont le réalisateur ne s'est jamais totalement remis. Trop franc-tireur, probablement trop formaliste, trop critique aussi (même sous le masque de l'allégorie, parfois ésotérique) pour le régime polonais pro-soviétique *. Signes particuliers : néant, Walkover et La Barrière ne sont pourtant pas des films ouvertement politiques. Plutôt des films introspectifs d'un jeune homme en crise d'identité, dont il n'est pas interdit de penser qu'il représente aussi la jeunesse de tout un pays. Skolimowski se cache derrière un masque, mais qui ne dissimule pas grand chose de celui qui le porte : il interprète lui-même le personnage principal de ses deux premiers films, sous le patronyme d'Andrzej Leszczyc (Walkover peut d'ailleurs être vu comme une suite possible de Signes particuliers, avec son premier plan proposant un raccord avec la dernière scène du premier film), qui est un peu le chaînon manquant de la semi-autobiographie cinématographique, entre l'Antoine Doinel de François Truffaut et le Michele Apicella de Nanni Moretti. ![]() "Signes particuliers : néant"
La Nouvelle Vague française mais, plus largement, les nouvelles vagues qui éclosent alors un peu partout dans le monde (Etats-Unis, Brésil, Tchécoslovaquie, Angleterre, Japon...) sont évidemment une des sources d'inspiration de Skolimowski, qui généralisent l'idée d'un cinéma à la première personne, aux scénarios volontiers éclatés, parfois seulement présents à l'état de squelettes. Le cinéaste polonais fait tout autant écho au cinéma du doute et de la remise en cause existentielle, celui d'Antonioni, par exemple, même si Skolimowski semble entretenir un curieux sentiment d'amour/haine pour le cinéaste italien. Toutes ces correspondances esthétiques sont bien réelles (auxquelles il faut rajouter Robert Bresson, le cinéaste que Skolimowski vénère le plus mais dont l'influence est beaucoup moins perceptible) mais de plus fécondes sont peut-être à chercher chez deux réalisateurs un peu plus inattendus, Orson Welles et Federico Fellini. Mais dans les films les plus oniriques de ces deux maîtres, plutôt la veine Mr. Arkadin / Le Procès pour le premier (même si le travelling virtuose au début de Signes particuliers : néant évoque de façon troublante celui du début de La Soif du mal), La Dolce vita / Huit et demi pour le second. De fait, ces trois premiers films ont tout du rêve (ou plutôt du cauchemar), avec ces noir et blanc très contrastés (c'est encore plus vrai dans La Barrière), avec leur durée en quasi temps réel, où les quelques ellipses temporelles n'ont pas la rationalité du découpage classique, avec, surtout, ses personnages que l'on croise et recroise (particulièrement dans Walkover), donnant l'impression de tourner en rond, de ne jamais échapper d'un cercle aliénant. ![]() Jerzy Skolimowski (à droite) dans "Walkover"
Qu'il s'appelle Andrzej Leszczyc ou pas, le personnage principal de ces trois films a un point commun : il n'a aucun statut social, ou alors très vague, comme en transit permanent entre deux états plus ou moins définis. Il ne semble surtout nourri par aucun objectif, aucun projet, un "homme sans qualités" des années 60 (signes particuliers : néant, en effet), mollement aux prises avec l'absurdité des structures de pouvoir : suspect aux yeux de la police quand il est le seul à ne pas faire le badaud voyeur devant un accident de la circulation (Walkover), d'autant plus suspect quand il n'avance aucun motif de réforme devant le jury du recrutement au service militaire... Comme souvent dans l'univers communiste made in Pacte de Varsovie, Kafka n'est pas loin... Si Signes particuliers : néant et Walkover s'appuient encore sur une structure narrative assez classique par sa relative linéarité, La Barrière apparaît comme le plus ésotérique, le plus artificiel aussi, aujourd'hui que son discours politique sous-terrain a inévitablement perdu de sa force (il est d'ailleurs certain qu'il était moins crypté pour un spectateur polonais de 1966 que pour un spectateur français de 2010). Mais c'est aussi le plus inspiré visuellement, proposant plusieurs scénes d'une virtuosité assez impressionnantes. Comme dans ses deux premiers films, Skolimowski y privilégie l'usage du plan-séquence, mais d'un plan-séquence souvent très mobile, culminant par exemple dans l'extraordinaire scène du combat de boxe de Walkover, que l'on recommandera tout particulièrement à ceux qui s'imaginent qu'aucun cinéaste n'a jamais aussi bien filmé la boxe que Martin Scorsese dans Raging Bull. Il y a d'ailleurs une dimension très physique aux films de Skolimowski, amenant parfois ses comédiens à prendre des risques paraissant assez incensés (la première et très étrange scène de La Barrière, celle du tremplin de saut à ski dans le même film). ![]() Joanna Szczerbic et Jan Nowicki dans "La Barrière"
Aucun bonus hélas sur les DVD de Walkover et de La Barrière. Une interview aujourd'hui avec Skolimowski eut pourtant été appréciable (mais nous vous la proposerons très bientôt nous-même). Cela dit, l'étude de René Prédal dans le livret est aussi brillante qu'actuelle, malgré qu'elle ait été écrite en 1969. Le DVD de Signes particuliers : néant, en revanche, propose des bonus de premier choix, avec les quatre courts-métrages réalisés par Skolimowski en 1960 et 1961 (L'Œil torve, Le Petit Hamlet, L'Erotique, La Bourse ou la vie), la plupart dans le cadre de ses études à la prestigieuse école de cinéma de Lodz, où il fit la connaissance de Roman Polanski, dont il co-signa le scénario du premier film, Le Couteau dans l'eau. Ces très courts films ne recèlent pas de perles cachées mais révèlent déjà un cinéaste très obsédé de formalisme, que René Prédal n'a probablement pas tort de rapprocher aussi du Walerian Borowczyk de l'époque. * A quoi on peut rajouter que la Pologne des années 60 que Skolimowski dépeint donne autant envie que d'y vivre que dans la banlieue de Tchernobyl le 27 avril 1986... Walkover-train envoyé par ebdcebdc. - Regardez plus de films, séries et bandes annonces. Retrouvez d'autres articles sur Jerzy Skolimowski : Jerzy Skolimowski - "Le Cri du Sorcier" Jerzi Skolimowski - "Quatre nuits avec Anna" (Avant-Première) Concours Culturopoing/Malavida : des DVD des premiers films de Skolimowski à gagner ! Entretien avec Jerzy Skolimowski à propos de ses premiers films polonais Jerzy Skolimowski – "Essential Killing" Jerzy Skolimowski – "Travail au noir" ("Moonlighting", reprise, 1982) Jerzy Skolimowski – "Deep End" (reprise, 1971) Jerzy Skolimowski – "Le Départ" (reprise, 1967) Jerzy Skolimowski - Haut les mains ! (sortie dvd)
Commentaires
De : Cyril C. Excellente nouvelle avec la ressortie en salles, le 5 janvier 2011, de "Walkover" ! Insérer un commentaire : |
