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Jérôme de Missolz - "Wild Thing" (sur Arte les 20 & 27 janvier 2011)

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Posté par Cyril Cossardeaux le 2011-01-19



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Wild Thing nous laisse face à plusieurs sentiments et on ne sait pas trop lesquels privilégier au moment d'en faire la critique. Il y a bien sûr le plaisir, sensoriel, quasi physique, de réécouter (même via de trop courts extraits) des chansons qui ont aussi bercé notre jeunesse, ou simplement notre imaginaire, pour peu que l'on soit d'une autre génération que celle de Jérôme de Missolz, qui a eu la chance de vivre en direct la totalité de l'histoire du rock'n'roll. Il y a la joie de redécouvrir ou, le plus souvent, découvrir tout court, des documents d'archives de premier plan. Celle, aussi, d'entendre parfois pour la première fois des musiciens dont on a tant entendu parler mais qu'on n'a pas toujours eu le temps, l'envie ou le courage d'écouter avant (après tout, tout le monde n'a pas comme ambition de devenir une encyclopédie du rock vivante). Et il y a peut-être surtout l'émotion de voir aujourd'hui quelques héros plus ou moins oubliés, de ceux qui ont renoncé depuis belle lurette (peut-être aussi parce que certains n'en sont plus capables...) à relever les compteurs tous les deux ou trois ans à coup de nouvel album dispensable, de tournée au gigantisme absurde ou d'autobiographie aux anecdotes crapoteuses (suivez mon regard...). Emotion face à la belle lucidité d'un Eric Burdon (The Animals), aux élucubrations un brin cosmiques de Reg Presley (The Troggs, accessoirement l'auteur de l'hymne Wild Thing donnant son titre à ce documentaire, entre autres), au témoignage modeste de quelques autres rescapés (Johnny Echols, le dernier survivant du line up originel de Love, Jimmy Carl Black, le batteur des Mothers of Invention de Zappa...).

Iggy Pop
Iggy Pop

Le problème est que tout ça est toujours très court, trop court, frustrant. On finit vite par se demander à qui Jérôme de Missolz adresse cet autoportrait en fan de rock (d'un rock plutôt énervé, rebelle, même sans cause toujours bien définie), d'abord amoureux éperdu, mari fidèle, puis déçu (le rock pompier des 70's), avant le démon de midi du punk, ranimant une flamme parfois vacillante mais jamais éteinte depuis. Ses choix musicaux plutôt pointus et d'un goût extrêmement sûr laissent supposer que Wild Thing parlera plutôt aux amateurs déjà éclairés de la chose rock. Mais qu'apprendront-ils vraiment à l'issue d'un film dont la durée forcément trop courte (2 x 52 min) pour couvrir un aussi large champ (plus de cinquante ans d'une musique qui n'a jamais cessé de se réinventer, quoi qu'on en dise) donne inévitablement un sentiment de superficialité ? On imagine que les choix à faire au montage ont dû être déchirants, entre archives sacrifiées et propos des interviewés souvent réduits à la portion congrue. Et on veut bien croire que, dans les rushs de ses entretiens, Missolz à de quoi monter un autre film au moins aussi passionnant que celui-ci.
Mais peut-être aurait-il fallu être plus radical, plus personnel encore, affirmer des choix complètement subjectifs, comme celui qui voit le réalisateur faire l'impasse totale sur la scène du Liverpool des années 80-90, celle des "enfants des Beatles", à laquelle il avait pourtant consacré le beau You'll Never Walk Alone.

Throbbing Gristle en 1981 (à droite, Genesis P. Orridge)
Throbbing Gristle en 1981 (à droite, Genesis P. Orridge)

L'une des grandes réussites de ce dernier film était aussi le recours à un "enquêteur" (le journaliste des Inrockuptibles, qui portaient alors bien mieux leur nom qu'aujourd'hui, Jean-Daniel Beauvallet). Peut-être eut-il été judicieux d'en faire de même avec Wild Thing, d'incarner un peu plus cette quête de Jérôme de Missolz à travers son passé musical, de nous documenter le vrai jeu de l'oie qui l'a conduit à retrouver certains de ses témoins de ces 60's et 70's de tous les excès (comment a-t-il mis la main sur Richard Hell, par exemple ?), un peu à la manière dont Philippe Garnier savait si bien le faire pour feu Cinéma, cinémas. Voulant trop embrasser et trop vite (on n'a volontairement pas dit "mal étreint", Wild Thing valant beaucoup mieux qu'un jugement aussi péremptoire), Missolz n'échappe pas toujours à la banalité de quelques constats : à la mort de Kurt Cobain, il s'est ainsi souvenu du My Generation des Who : "I Hope I die before I get old". Il n'est pas tout à fait le seul... Vers sa fin, le film prend d'ailleurs des allures de mausolée aux disparus, de "chambre verte" du rock ou de version cinématographique de l'Ex-fan des 60's écrit par Gainsbourg pour Birkin. Et on ne peut pas s'empêcher de penser que, sur un tel sujet, qui lui tient tant à coeur et qu'il connaît si bien, Jérôme de Missolz était capable d'encore bien mieux.

Puisqu'il a utilisé Iggy Pop comme fil rouge du film (lui qui aurait pu - dû ? - écrire lui-même la chanson Wild Thing), puisqu'il voit manifestement en lui l'incarnation du rock, dont il a traversé tant d'époques, et puisque les extraits de l'entretien qu'il a eu avec lui sont toujours passionnants, on finit par regretter que Wild Thing - le film ne soit pas un portrait d'Iggy ou, mieux encore (ce qu'il frôle à plusieurs reprises), un portrait du "rock sauvage" vu par Iggy. Lui et quelques autres (Eric Burdon, déjà cité, ou le/la toujours plus étrange Genesis P. Orridge) ont en effet une rare et lucide capacité d'analyse sur le pouvoir du rock, aussi bien que sur sa vanité. Ce sera peut-être pour un prochain film issu des rushs, qui sait ?...


Sur Arte (et jamais en salles ni en DVD, à cause du coût exorbitant des droits) les jeudi 20 (22h40) et 27 janvier (22h30) 2011. Les horaires des rediffusions sont disponibles sur le site de la chaîne.




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Entretien avec le cinéaste Jérôme de Missolz
Première projection du "Wild Thing" de Jérôme de Missolz à la Machine du Moulin Rouge le 12/11
Portrait de David Bailey par Jérôme de Missolz sur Arte, le 5 janvier 2012
Des places à gagner pour "Des jeunes gens mödernes" de Jérôme de Missolz !
Jérôme de Missolz – "Des jeunes gens mödernes"


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Commentaires
De : jean-louis

tout à fait d'accord avec cette analyse ,retour vers le passé petit bain de jouvence
bizarrement tout est frais dans ma tête 40ans après comme quoi certains produits
ne détruisent pas toutes les neurones ça fait du bien au moral la belle époque,j'ai 62ans pourvu que ça dure fraternellement.

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