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Jean Pierre Mocky - "A Mort l'Arbitre!"
Hors Actu
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Si l'esprit du cinéma de Mocky existe toujours dans ses derniers films, même derrière la fatigue et les sous budgets, il est plus dur de retrouver la classe formelle que pouvait comporter ses meilleurs opus. Mocky? Classe formelle? Non, sans plaisanter. Redécouvrir cette excellente cuvée permet encore de le vérifier: JPM était en France au delà de ses sujets un des rares à pouvoir créer un cinéma de genre parfaitement imprégné de notre culture « franchouille » et ce avec envergure, surtout comme quand ici il a de vrais moyens (cette production Raymond Danon reste l’une des plus prestigieuses de sa carrière). A étudier de prêt par les apprentis cinéastes français actuels dans ce domaine, qui semblent d’abord très pressés d’aller vite faire des remakes à Hollywood. Cette adaptation d'un roman noir situé à la base dans le foot anglais permet à l’auteur, via sa horde de beaufs furieux, de mettre en place un pur et impitoyable survival qui ne mégote ni sur sa photographie (impeccable et jouant particulièrement bien de ses colométrie jaune et rouge), ni sur les décors sélectionnés avec bonheur pour cette "chasse à l'arbitre". Mocky n'est pas peu fier de dire que Terry Gilliam a réutilisé l’immeuble « blockos » fascinant du personnage de Carole Laure. Mais il ne serait rien sans la mise en scène. Ce qu’il y a souvent de formidable, quand on prend au fil des visions l’habitude du cinéma de l’auteur, c’est sa capacité à créer de véritables ambiances nocturnes, chose peu souligné dans les commentaires fait à son sujet: ici situé en quasi temps réel, la virée pulsionnelle de ces antagonismes prend une dimension de réel cauchemar d’un absurde cruel. Le concret des situations sociales et des dialogues, l’aspect direct du découpage, le dispute à un fantastique souvent toujours poreux. Seul vient pourrir réellement ce constat esthétique la musique particulièrement atroce d'Alain Chamfort, que même les cotons-tiges bontempi de Jean Marie Pallardy ne pourraient parvenir à purger. Pour le reste l’œuvre est rondement menée. Une chute libre dans l'enfer de la médiocrité et de la frustration qui va au bout de ses partis pris. Parfaitement rythmé, efficace (jamais de digressions, un plan est un plan mais il doit avoir sa portée), tout en ne sombrant jamais non plus dans le didactisme façon Boisset grâce à sa carte du thriller premier degrés qui fait exister la dimension du « genre » en soit.
Il est assez remarquable de voir comment le roublard Mocky a réussi à avoir des appuis officiels dans le foot pour monter ce projet. Serrault désormais parfaitement rodé dans cet univers est de plus en plus effrayant au fur et à mesure que son personnage s'enfonce dans le monstrueux et le pathétique, jusqu'à un mémorable "A mort les cons" (grand leitmotiv du cinéaste en soit)! Eddy Mitchell est peut-être moins à l'aise à pouvoir jouer les héros cools façon Bob Mitchum comme il l'aurait aimé. Mais cette tragi-comédie remplie sa fonction : drôle tout en étant sans échappatoire possible. Mocky, encore une fois dans le DVD, se vante d'avoir été prophétique (il oublie tout de même un peu de rendre justice au Coup de Tête de Jean Jacques Annaud qui l'a précédé et effleure le sujet) et se gausse de voir comment son film, d'abord mal accueilli, est ensuite devenu un classique (il affirme que c’est son plus visionné dans le monde). Malheureusement, la bêtise qu'il met en lumière semble devoir aussi rester assez intemporelle : au delà de la critique sociale, la violence décrite est aujourd'hui certes plus contenue mais superficiellement (les arbitres ont toujours peur malgré les grillages et démissionnent par pression). Ce coté sourd, plus psychologique que physique de cette violence, on peut même penser qu'il s'est intensifié ces derniers temps dans les cerveaux aussi bien par le sport spectacle que via instrumentalisation politique qui en est fait tout azimut. Retrouvez d'autres articles sur Jean-Pierre Mocky : Mocky est en "Colère" pour France 2
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