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Jaume Balaguero - "Malveillance"

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Posté par Marija Nielsen le 2011-12-28



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Schadenfreude : terme allemand signifiant « joie provoquée par le malheur d'autrui ».

César (Luis Tosar) est gardien d’immeuble. Tous les jours, il est au service des habitants qui, en dépit de leur amabilité quotidienne, ont fini par ne plus le voir en tant que personne vivant parmi eux mais uniquement par le biais de sa fonction. Et César est malheureux. Si malheureux de vivre qu’il n’hésite pas à provoquer de petits incidents dans les divers appartements, se nourrissant de la détresse des occupants, si infime soit-elle. Puis César tombe amoureux. La belle Clara (Marta Etura) n’a aucune idée de ses fantasmes secrets, tout occupée qu’elle est à vivre sa propre vie où figure déjà un amoureux. Mais les sentiments du gardien prennent vite une tournure obsessionnelle il va s’immiscer dans la vie de l’élue de son cœur, allant jusqu’à s’introduire chez elle, se cacher sous son lit et la droguer dans son sommeil pour dormir à ses côtés.
 
Pour son septième film, l’espagnol Jaume Balaguero troque le fantastique qui lui est cher (La Secte sans nom, Fragile, [Rec]…) pour le drame, sur un sujet d’Alberto Marini que n’aurait pas renié Robert Bloch, l’auteur de Psychose tant César et Norman Bates, leurs héros respectifs ont des points communs. Sous des airs affables, ils gagnent la confiance d’autrui (et du spectateur !) pour ensuite se révéler sous leur jour le plus sombre. Mais là où Hitchcock nous offrait un choc inégalable ayant rendu de nombreux preneurs de douche paranos, Balaguero installe insidieusement une ambiance inquiétante, jouant avec nos nerfs et les peurs de chacun. La peur du noir, la peur des insectes, la peur de l’autre, aussi. Et si ces gens que nous côtoyons au quotidien, à qui nous ne disons parfois que « Bonjour » et « Au revoir » nous connaissaient peut-être mieux que nous ne l’imaginons ?

 
 
De toutes les personnes susceptibles de découvrir la double vie de César, le danger provient de là où on s’y attend le moins, sous la forme de la petite Ursula, 11 ans (Iris Almeida). Elle l’épie parfois même au milieu de la nuit et n’hésite pas à lui extorquer de l’argent pour garder le silence.  Balaguero fait glisser cette relation entre l’adulte et l’enfant qui pourrait s’apparenter à un jeu anodin vers l’extrême, jusqu’à au malaise. La démarche de César vis à vis de la petite fille est d’une logique implacable, celle de se protéger coûte que coûte. La grande force du film réside dans le fait de nous l’avoir rendu sympathique d’emblée, voire presque de le poser comme victime des autres.

 
 
Si les plus récents métrages de Balaguero ont pu décevoir en termes de mise en scène ([Rec] et [Rec²] co-réalisés avec Paco Plaza), ici en pleine possession de ses moyens, il livre un film sec et sans fioritures tout en laissant s’exprimer sa créativité. Le confinement du décor ; la majeure partie du film se déroulant à l’intérieur de l’immeuble, installe un sentiment de claustrophobie proprement étouffant. On évolue au plus près des habitants de ce microcosme, ignorant tout du péril qui les guette au quotidien. Et finalement, lorsque le danger sera écarté, il ne restera pour certains que de mauvais souvenirs qui s’estomperont vite, prenant la forme d’un sujet chuchoté, évoqué tout bas comme les vieilles histoires qui font peur. Quant aux autres, il leur restera leur vie entière comme éternel rappel de ce qu’ils auraient préféré oublier…


Retrouvez d'autres articles sur Jaume Balaguero :

Jaume Balagueró - "Fragile"
Jaume Balagueró, Paco Plaza - "[REC]"
Jaume Balagueró, Paco Plaza - "[REC²]" (avant-première)


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Commentaires
De : noodles

je trouve que que bala n'exploite pas tout le potentiel des situations qu'il met en place et qu'il manque à un ptit grain de folie furieuse (malgré un corps à corps assez chaud entre césar et le fiancé)

De : noodles

qu'il manque Là ...

De : noodles

tu as vu les premiers, "la secte sans nom" et "darkness"? ça foutait plus les pétoches...

De : Olivier R.

Moi j'aime bien le côté "hors genre" de Malveillance, ce qui fait qu'il décide jamais d'en faire un film d'angoisse pure et de le faire plonger dans l'horreur. C'est assez subtil je trouve et ça rend le film encore plus pervers. J'adore Darkness, par contre j'ai toujours trouvé toc La secte sans nom.

De : Capucine

Très, très bon article. D'accord sur la plupart des points, bien que je trouve qu'il a certaines invraisemblances qui ruinent un peu le film.

De : noodles

tu m'étonnes

De : noodles

bon là je viens de voir "les yeux de julia" de guillem morales, et je dois dire que niveau mise en scène c'est plus costaud que "malveillance".... Bala faut te reprendre

De : Olivier R.

C'est vraiment bien "Les yeux de Julia", qui pousse parfois un peu trop loin le sentimentalo-cosmique, mais c'est aussi ce qui fait son charme, sa vraie mélancolie.

De : noodles

léger le cosmique, c'est pas tree of life...

De :

Le maître est de retour. Balaguero conduit son récit avec maestria. Luis Tosar, exceptionnel, est aussi inquiétant que pathétique. Le lien terrible qui le lie à sa mère, confidente obligée, est d 'une cruauté rare. Seule la fin reste un peu décevante. Mais l'ensemble tient largement le haut du pavé. Preuve que le cinéma de genre espagnol continue à tenir la dragée haute à tous les faiseurs français.

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