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Jason Reitman – "In the Air" (avant-première)

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Posté par Cyril Cossardeaux le 2010-01-20



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Venant du fils du sympathique mais assez balourd Ivan Reitman (SOS Fantômes 1 & 2, Jumeaux…), les deux premiers films de Jason Reitman avaient plutôt agréablement surpris. On peut reprocher à Thank you for Smoking et Juno un "anti-conformisme" un peu de façade et une démarche générale assez artificielle, il n’en reste pas moins que l’élégance de leur facture et une originalité pas totalement factice pouvaient séduire. Disons qu’on tenait là le haut du panier du "faux cinéma indépendant américain", celui aspirant visiblement davantage à intégrer le big movie business qu’à en transgresser les codes. Après tout, pas forcément de mal à ça.

On dirait bien qu’In the Air fait tomber le masque. Avec cette histoire d’un type chargé de faire le sale boulot des patrons de boîte ou de leur DRH (il annonce leur licenciement économique à leurs salariés à leur place), Reitman nous propose à nouveau le portrait d’un profiteur cynique du capitalisme, après le lobbyiste pro-tabac de Thank you… Et comme le type en question passe quasiment son  temps dans les avions et kiffe ainsi sa vie sans aucune attache, on peut aussi penser (dans un autre registre, évidemment) aux ados décalés de Juno (la quarantaine bien sonnée, cette façon de vouloir vivre ainsi comme en apesanteur n’est-elle d’ailleurs pas une façon de retarder l’entrée dans l’âge adulte ?).
Mais ce qui pouvait être instructif (Thank you…) ou charmant (Juno) est ici profondément déplaisant, pour ne pas dire davantage.

George Clooney et Anne Kendrick
George Clooney et Anne Kendrick

Parlons d’abord de la forme. Rien de bien nouveau, mais cet excès de maîtrise des plans, souvent au cordeau, finit par scléroser le film, donnant l’impression que l’"accident", le truc qui advient sur le plateau mais pas dessiné dans le storyboard, est totalement exclu. Si ce n’était que cela, ça ne serait pas encore bien grave.
Mais le film est profondément mensonger sur le propos social qu’il veut se donner (d’ailleurs assez vite relégué au second plan d’une assez banale bluette sentimentale, tellement fade à côté des splendeurs que sont les deux Elle et lui de Leo McCarey, auxquels elle peut faire penser). Reitman est très probablement un "progressiste" (au sens américain du terme) et engage d’ailleurs le nouveau symbole des acteurs hollywoodiens glamour "engagés" (depuis la mort de Newman et la semi-retraite de Redford), George Clooney. Aucune raison de douter de la noblesse de ses sentiments et du fait qu’il doit trouver ça pas cool de licencier de braves Américains innocents. Mais le film ne quitte jamais le registre du compassionnel, avec la très mauvaise idée de mélanger comédiens et vrais licenciés, à qui on demande de rejouer devant la caméra leur réaction le jour où on leur a annoncé la perte de leur emploi (qui, aux Etats-Unis, se traduit souvent par une absence à peu près totale de revenus et de couverture sociale du jour au lendemain). La traduction de cette terrible violence sociale est donc une litanie de "pleurnicheries", souvent mal rejouées (n’est pas acteur qui veut), ne remettant jamais en question le bien fondé du licenciement lui-même, seulement le "why me ?!?".

Ryan (Air ?) Bingham fait son "dirty job" sans réels états d’âme apparents. Normal, après tout : lui-même vit sans attaches et dispense également des conférences pour dire à quel point c’est cool de voyager léger, pour ainsi se donner l’opportunité d’un nouveau départ chaque matin. Sûr que ça doit être grisant quand on en a les moyens financiers et qu’on dort et vit dans des suites de Hilton…
Comme c’est donc le nouveau prince du cool, Clooney, qui joue le rôle, on a envie de dire "je signe où, pour le job ?".

George Clooney et Vera Farmiga
George Clooney et Vera Farmiga

Et comme si ça ne suffisait pas à rendre cet ange noir du capitalisme financier assez sympathique, on lui adjoint d’autres personnages encore plus "méchants" dans leur genre.
Oh, rassurez-vous, pas des virés, quand même, on n’oserait pas ! De toute façon, même quand ils ont les traits de J.K. Simmons ou Zach Galifianakis, ceux-ci ne vivent pas plus longtemps qu’une courte scène.
Non, on veut parler du patron de Clooney, Jason Bateman, cynique et ne pensant qu’au business, à la jeune collègue aux dents longues, la tête bien faite mais remplie des théories de la grande école dont elle sort à peine, qui aura évidemment tôt fait de s’humaniser au contact de la réalité (Anna Kendrick, une sorte d’Eva Longoria plus jeune et moins latino), et d’une femme (Vera Farmiga) partageant le même mode de vie que Clooney mais s’avèrera être un modèle de duplicité.
Car la voilà bien, la grande affaire du film : ce qui manque vraiment à un homme qui ne possède rien ni se laisse posséder par rien, c’est l’amour. Et même (scène interminable et démonstrative de mariage à l’appui), le couple, la famille, comme horizons indépassables du bonheur made in USA…

Ah c’est sûr que le statut non-conformiste et politiquement incorrect de Jason Reitman en prend un sacré coup. Mais ce n’est rien à côté du coup de massue reçu par le spectateur à l’issue de la projection d’un film en tout point assommant.






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Commentaires
De : Florence

What else? Déjà la bande annonce était insupportable, donc visiblement, une fois n'est pas coutume, conforme au film. Rendez nous notre Clooney de.. au hasard... Hors d'atteinte.

De : mr_kenyatta

Oui, celui-là ou celui d'"Ocean's Eleven", même, allez, on n'est pas trop regardant...

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