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Jan Kounen - "Coco Chanel et Igor Stravinsky"

Sorties salles
Posté par Guillaume Bryon le 2010-01-04



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Depuis l'échec de son Blueberry, Jan Kounen est plongé dans le purgatoire des films de commandes où il semble avoir perdu quelques plumes de son caractère de sale gosse, mais cela l'aura peut-être finalement fait murir plus vite qu'un Mathieu Kassovitz. Après son adaptation de Beigbeder, 99 francs, le voici aux manettes de ce deuxième film de l'année mettant en scène Coco Chanel. Co-production internationale relativement luxueuse, Coco et Igor retrace librement la relation supposée entre la couturière géniale et le créateur du mythique Sacre du printemps.

Kounen arrive à rattacher dés le départ ce récit, à priori surprenant pour lui, à son univers , en se focalisant sur l'élan créatif, brutal et fiévreux de cette rencontre qu'il met en relation avec son intérêt maintenant bien connu pour le chamanisme (auquel il avait consacré aussi un film documentaire). Le début du film est à ce titre franchement emballant et se trouve être facilement ce que le réalisateur a produit de plus impressionnant et maîtrisé depuis le début de sa carrière. A un générique hypnotique jouant sur les motifs de Chanel, il s'en suit une reconstitution spectaculaire de la première du "Sacre" à Paris en 1913. De la mise en place méticuleuse des derniers préparatifs jusqu'aux violents échauffourés dans la salle, Kounen se sert habilement de ses plans séquences pour mettre en valeur musique et chorégraphie, donnant au spectacle une fulgurance rare. C'est aussi un moment brut et isolé dans le temps qui marque la psyché des futurs amants. Un geste provoquant et une transe déchirant le réel: Kounen réconstitue comme au premier jour ce scandale qui aujourd'hui pourrait paraitre si dérisoire.
 

L'aspect frustrant du récit qui s'en suit est au fond qu'il ne sera qu'une quête de la répétition de ce moment unique. Chanel est comme vampirisée par ce spectacle moderne, mais pour le spectateur la suite des événements est un peu laborieuse. Les deux personnages sont souvent égocentriques et peu aimables, et leur passion peine à intéresser. Kounen n'en retient au fond qu'un choc électrique, une transe aussi, capable de redonner le regain d'inspiration artistique nécessaire à Stravinsky, russe finalement assez vieux jeu et profondément perturbé par la modernité et le pouvoir que lui oppose Mademoiselle Coco. A contrario la petite famille du musicien en devient la victime passéiste et mélancolique. Ce déroulé quelque peu démonstratif est à l'image d'une forme qui s'installe progressivement dans une vague banalité, luxueuse et ronflante. On a même droit à un passage très décoratif et hors sujet sur la naissance du Chanel N°5, qui sent bon le passage obligé et un zest commercial. Si l'on ajoute les interprétations souvent figées des deux comédiens, c'est vite un sentiment de gâchis qui gagne ce métrage.

Dommage donc que Coco et Igor soit une production si bancale, polluée de figures convenues. Le metteur en scène peine à donner une réelle cohérence à sa vision, pourtant intéressante, sur l'ensemble du film. Kounen essaye néanmoins de rattraper à la fin le côté plus brut et libre de son début, en tentant même un épilogue étrange et mental tournant autour de la vieillesse de ses deux protagonistes, quelque peu teinté de 2001 (décidément la référence poid lourd des jeunes réalisateurs post-nouvelle image)... Histoire d'enfermer définitivement Coco et Igor dans le geste artistique qui les transcende et le mythe qui nous les fait renaître dans une liaison au goût d'infini. L'idée est belle mais l'exécution sans doute trop artificielle. La fiction ne fait peut-être pas aussi tout ce qu'elle veut des figures réelles, et sans doute la danse de ces deux personnage ne s'imposait-elle finalement pas.

Réalisé par Jan Kounen. Scénario: Chris Greenhalgh, Carlo de Boutiny, Jan Kounen d'après le roman de Chris Greenhalgh. Photo: David Ungaro. Montage: Annie Danché. Musique: Gabriel Yared. Avec: Anna Mouglalis, Mads Mikkelsen, Yelena Morozova... Durée: 118 minutes. 2: 35:1.




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