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James William Guercio - "Electra Glide in Blue" (DVD)

Sorties DVD
Posté par Guillaume Bryon le 2009-06-18



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Electra Glide in
Blue peut se targuer d’avoir dans l’historique du 7ème art une certaine singularité. Produit et réalisé par James William Guercio (producteur, arrangeur, compositeur dont ce sera l’unique mise en scène) et scénarisé par Robert Davis (qui ne fera pas une carrière glorieuse par la suite), c’est l'une de ces très belles réussites qui restent marquées du sceau des seventies libres et angoissées. C’est un exemple rare aussi de production indépendante rassemblant quelques uns des meilleurs techniciens de son époque : Conrad Hall à la photographie (Monsieur Butch Cassidy et le Kid), Jerry Greenberg au montage (French Connection, Apocalypse Now), Bill Hickman à la seconde équipe (French Connection encore, Diamonds are Forever…). L’homme derrière le succès du groupe Chicago (dont le leader tient ici un petit rôle) était un passionné de cinéma depuis son enfance. La proposition d’un producteur d’United Artists de réaliser un film l’a donc emballé. En adaptant ce fait divers à l’apparence glauque autour d’un policier, James William Guercio cherche aussi à flirter avec les westerns qui l’ont bercé et se lance ainsi à l’aventure dans des décors impressionnants de l’Arizona.

 
Si John Ford est souvent cité par l'auteur, les toutes premières images très stylisées se dénotent pourtant de son classicisme. Le plan qui suit le pré-générique sur une route en plein désert, a même été en partie repris sur un ton plus "pub" par le Thelma et Louise de Ridley Scott , de son cadrage très géométrique à son noir et blanc passant tout doucement en fondu à la couleur. Ce qui frappe aussi c’est la précision absolue de tous ces gros plans maniérés,  introduisant les personnages en fonction de leurs attributs : costumes, décors ou ustensiles… Le tout dans une musicalité très inhabituelle mais parfaitement maîtrisée qui offre un rythme différent à la narration, assez référentielle et post-moderne aussi, comme ce clin d’œil musical au « Ainsi parlait Zarathoustra » de 2001… effet qui est d’autant plus pertinent qu’il n’est pas appuyé. Encore plus fort, Guercio anticipe même Full Metal Jacket dans le sermonage de son escouade de motard ! Premier et unique film donc,  mais avec ce sentiment d’y rencontrer un metteur en scène qui a  su instantanéement digérer profondément le cinéma et son langage ; un artiste  aux choix très affirmés et surs, dont les  influences bien revendiquées sont intelligemment reliée à son époque .L' expression y est limpide, jamais dans la pose. Guercio ici est largement du niveau d’un Michael Cimino. Triste donc que tout se soit arrêté à l’issue de cette aventure.
 
 
Electra Glide in Blue se remarque d’emblée par l’introduction de son personnage principal, John Wintergreen, motard de la police perdu dans le désert autant que dans son rêve de devenir officier et enquêteur civil. Un protagoniste que l’on va en très grande partie apprécier grâce à l’interprétation de Robert Blake, un visage et une allure étrange déjà repéré dans In Cold Blood de Richard Brooks,  nanti dans son enfance d’une sacré carrière dans des sérials en tout genre. Les tons tour à tour comiques et mélancoliques se retrouvent particulièrement nuancés grâce à son jeu , facteur d'implication clé pour cette grande virée existentialiste.

En s’attardant aux  valeurs et à la rectitude inconditionnelle d’un flic banal et attachant, Electra… va à la fois à contre-courant des films d’errances de marginaux, mais aussi de ceux plus droitiers qui donnaient une image assez ambiguë du messager de la loi, tels Dirty Harry ou Death Wish. Le film troubla à ce niveau lors de sa présentation à Cannes où certains l’accusèrent stupidement de fascisme. Perturbés étaient-ils sans doute par le costume clinquant du motard noir, que Magnum Force de Ted Post associe ouvertement la même année à des néo-miliciens de la justice privée. Le film de Guercio évoque pourtant plus parfois le futur Mad Max de Miller à ce niveau, de par sa beauté graphique et ses séquences en plein désert. John Wintergreen est ici une sorte d’anti-héros qui découvre que les règles et promesses qu'ils croit facteur d'ascenscion sont perverties intrinsèquement. Paradoxalement il devient la victime violente d’un monde qui prostitue aisément tous ses idéaux.
 
 
Electra… flirt avec l’absurde, et surtout prend bien soin de se montrer acerbe à la fois envers la police et les communautés hippies. En fait de grande enquête policière, le film révèle progressivement une intrigue qui n’en est pas vraiment une, plutôt une tragédie du quotidien et de l’humain. Surtout la mise en scène place au fur et à mesure ses protagonistes dans une position  isolée, incomprise et solitaire. C’est là que le talent musical du cinéaste fait merveille pour retranscrire ces sentiments à l’écran, jusqu’à devenir particulièrement prégnant esthétiquement lors du très long traveling arrière final.  En sattachant à des personnages qui évoluaient  mentalement sur une grande ligne droite, le point de chute devient ici également un point de rupture rythmique et poétique d’une limpidité déchirante.

Guercio tient presque tout du long un petit miracle… Si la première heure et le final sont impressionnants, il faut tout de même relever un petit ventre mou au milieu du film malgré sa bluffante poursuite à moto. L’abandon des illusions du personnage est un peu abrupt et l’action devient limite hachée. On se dira alors que cela vient sans doute des pages de scénarios arrachées sur le tournage par le réalisateur en retard sur son planning. Particulièrement maître de sa narration et de son découpage, attaché au rythme et à la musicalité en soit, Guercio ne semble pas tirer profit de ces « trous » et ellipses. Mais celà n’entache au fon en rien la teneur dans l’ensemble  globalement impressionnant de ce "one shot".
 
 

Sorti depuis 2005 en zone 1 chez MGM, voici enfin une édition Zone 2 française pour ce film. Wild Side nous livre une copie digne de la superbe photographie de Conrad Hall. En suppléments on pourra en prime retrouver avec plaisir le commentaire audio sous-titré du réalisateur. Avouant être peu à l’aise parfois à commenter des images « qui parlent d’elles-mêmes », Guercio nous livre pour autant d’intéressantes anecdotes sur un tournage difficile avec un petit budget : trois caravanes, des plans volés, des figurants employés parmi des connaissances ou individus rencontrés au hasard, l’obligation de se contenter souvent de l’unique décor naturel… Ce commentaire audio est aussi le meilleur moyen d’en savoir un peu plus sur la bande originale qui fait défiler plusieurs artistes différents. L’introduction du film dans un module de dix minutes par le metteur en scène permet par ailleurs de rentenir l'essentiel au cas où l'on n’aurait pas la motivation pour tout écouter. Guercio apparaît comme fier de défendre son œuvre qu’il considère (à juste titre) comme importante. Beaucoup de conviction peut se lire dans ses propos malgré une carrière au cinéma qui ne s’est pas développée (le film ne fut pas vraiment un succès à sa sortie). Enfin Jean Baptiste Thoret (qui n’est plus à présenter) viens quand à lui nous éclairer en tant que spécialiste du cinéma américain des années 70 d’un avis critique d’environ 13 minutes replacant dans une synthèse très complète ce long-métrage et ses thématiques dans son époque.
 
Réalisation, musique et production de James William Guercio. Scénario : Robert Boris et Rupert Hitzig. Photo : Conrad H.Hall. 108 minutes. DVD Zone 2 français édité par Wild Side, en vente depuis le 8 juin 2009.





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Commentaires
De : mr_kenyatta

Précisons peut-être aussi pour les non fans de Johnny et de ses motos (il y en a...) qu'Electra Glide désigne le mythique modèle de Harley Davidson utilisé par la police américaine (quand, dans le même temps, la police française pétaradait sur des 103 Peugeot...), avec sa large selle et ses sacoches latérales intégrées, évoquant évidemment les chevaux des westerns, particulièrement sur fond de Monument Valley...

De : Krystof Lemèreuh

Critique des collègues de filmsaketue:

http://www.filmsactu.com/test-dvd-zone-2-electra-glide-in-blue-6626.htm

De : Silvae

bien envie de le voir ce film, que j'ai entendu présenté comme l'anti Easy-rider... :-)

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