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James McTeigue - "L'Ombre du mal"

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Posté par Marija Nielsen le 2012-06-19



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L’œuvre littéraire d’Edgar Allan Poe – gothique, morbide et parsemée d’un humour très noir – a forcément inspiré divers cinéastes au fil du temps, donnant lieu par exemple à quelques belles œuvres de Roger Corman : La Chambre des tortures (1961), L’Enterré vivant (1962), Le Corbeau (1963) ou Le Masque de la mort rouge (1964), entre autres. Ces films ont mis en images les nouvelles éponymes de la façon baroque qui caractérisait le cinéma fantastique des années 1960. L’écrivain semble revenir un peu à la mode en ce moment puisque le réalisateur Francis Ford Coppola s’en est également inspiré pour Twixt pour évoquer la notion d’écriture et la confusion entre la vie et l’œuvre que cela peut engendrer de vivre sans cesse dans le monde imaginaire où l’écrivain puise son inspiration.
 
Bien que L’Ombre du mal intègre l’aspect romantico-gothique de l’univers de Poe, le parti pris a été de créer une histoire originale plutôt qu’une énième adaptation et qui se déroule durant les derniers jours de vie de l’écrivain qui gardent encore tout leur mystère. En effet, dès le départ, un carton titre nous raconte que l’écrivain fut retrouvé agonisant sur un banc public après une brève disparition qui n’a jamais été résolue. L’Ombre du mal ne prétend pas y répondre de façon réaliste mais intègre très intelligemment des choses de la vie réelle de l’écrivain pour former une fiction crédible.

 
En 1849, un tueur sème la terreur à Baltimore, copiant ses meurtres sur ceux décrits par Poe dans ses histoires sans oublier d’y ajouter sa petite touche personnelle. Poe est vite écarté de la liste des suspects lorsque sa future épouse est enlevée par le meurtrier qui exige alors de l’écrivain qu’il résolve le mystère en écrivant la suite de l’histoire réelle à partir des indices laissés sur place.
 
L’enquête des meurtres est dirigée par l’inspecteur Fields (Luke Evans), un homme dont le caractère rationnel et méthodique est aux antipodes de l’âme artistique de Poe. Mais au lieu de s’affronter, les deux hommes vont trouver un équilibre solide et même finir par s’apprécier mutuellement. Le personnage de Fields rappelle les profilers des thrillers contemporains sans pour autant tomber dans la caricature. Ayant surtout à leur disposition leur cerveau pour résoudre les énigmes, plutôt que des instruments improbables leur facilitant le travail, Poe et Fields avancent de façon réfléchie et logique sans jamais que le spectateur ait une bobine d’avance sur eux. Mais au-delà de cette enquête somme toute banale, la réussite du film est à trouver dans les réflexions subtiles de la manière dont l’imaginaire et le réel s’influencent et s’interpénètrent.

 
Poe était un homme complexe – torturé, drogué, insaisissable – et qui, de son vivant, n’obtint jamais le succès littéraire tant désiré. John Cusack s’est approprié le rôle, se fondant dans la peau de l’écrivain et prononçant ses dialogues poétiques avec un naturel étonnant. Ecrire est la seule chose qu’il sait faire et maintenant, il doit affronter son pire ennemi, la page blanche, et donner le meilleur de lui-même afin de satisfaire les désirs du tueur et sauver la femme qu’il aime. L’idée d’un artiste donnant naissance à une créature qui lui échappe n’est pas nouvelle. La première histoire de ce genre remonte au Frankenstein de Mary Shelley et, plus près de notre époque, à La Part des ténèbres de Stephen King (adaptée au cinéma en 1993 par George Romero) ou encore le tout récent Twixt. Ici, Poe n’est certes pas responsable des méfaits sanglants de son étrange admirateur mais les deux hommes restent liés au travers l’âme de l’écrivain, le meurtrier symbolisant cette part sombre que les artistes ne laissent jamais personne entrevoir.

 
L’amour joue forcément un grand rôle dans la vie des écrivains et des poètes. Qu’il leur soit étranger, obsessionnel ou quelque part entre les deux, le sentiment ne les laisse jamais indifférent. Poe ne fut pas une exception. Les femmes de sa vie furent ses muses, le poussant jusqu’à se marier deux fois dans sa brève existence. Celle qui, ici, les incarne toutes, c’est Emily (Alice Eve), une charmante demoiselle sous la coupe d’un père dominateur (Brendan Gleeson), un homme qui ne porte pas une once de sympathie envers l’écrivain raté qui convoite sa fille. Et s’il n’en arrive pas au point de l’apprécier, il accepte au moins sa présence parce qu’ils n’ont qu’un seul et même but, celui de sauver Emily.

 
James McTeigue semble aussi à l’aise avec ses personnages qu’avec l’univers très sombre de son film. Il faut dire qu’il n’est pas un étranger avec ce genre d’ambiance, ayant œuvré en tant qu’assistant réalisateur sur des films aussi divers que Dark City, Star Wars Episode 2 ou la trilogie Matrix. De son propre chef, il n’a « que » quatre longs métrages à son actif, dont l'excellent V pour Vendetta. Ici, la mise en scène choisie privilégie l’efficacité d’un classicisme aux tics épileptiques à la Guy Ritchie. Capturant avec efficacité les beaux extérieurs de la ville de Budapest, McTeigue nous emmène dans un Baltimore fictif des années 1840 où les ombres prévalent. Des ombres qui masquent le visage du tueur, des ombres qui planent sur la vie de chacun des personnages. Des ombres qui ont peuplé la vie entière d’un écrivain et qui dans les dernières images s’y trouvera englouti pour l’éternité par amour…
 
« […] Et cette jeune fille elle ne vivait sans autre pensée
Que d'aimer et d'être aimée de moi. »




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