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James Gray - "La nuit nous appartient"
Sorties salles
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![]() Bobby est le gérant d'une boite de nuit new-yorkaise branchée qui est en passe de devenir une des plaques tournantes du trafic de drogue de la grosse pomme. Issu d'une austère famille de policiers, il s'est construit en opposition à celle-ci en privilégiant l'hédonisme et en trouvant refuge dans le monde de la nuit. Entretenant une relation quasi-filiale avec son patron russe et cachant ses origines il croit avoir définitivement échappé à ses racines mais le choc inévitable entre ses familles biologique et d'adoption va l'obliger à totalement remettre en cause cette émancipation. Avec cette histoire où la rédemption s'accouple avec le renoncement, James Gray nous livre un très beau film mélancolique qui parvient à associer scènes d'action spectaculaire et intensité dramatique, virtuosité et classicisme, réalisme et mythologie, tragédie et film noir. ![]() De la chaude scène d'ouverture entre Joaquin Phoenix et la belle Eva Mendes sur l'air du "Heart of Glass" de Blondie à la poursuite finale dans les roseaux rappelant Kurosawa en passant par une magnifique et tragique course poursuite automobile sous la pluie, l'amateur de tour de force opératique et de morceau de bravoure sera servi. Mais cette virtuosité n'empêche jamais Gray de privilégier le récit et ses personnages. Ce qui se joue ici est autant du domaine du drame familial que du film de gangster et l'enjeu principal du film est plus le choix cornélien (ou plutôt shakespearien) qui se pose au personnage principal que la résolution de l'intrigue policière. ![]() Il est surtout fascinant de voir comment Gray, tout en partant de cliché et d'archétypes, arrive à créer un cinéma profondément singulier aujourd'hui. Ce qui fait la qualité du cinéaste c'est, je crois, son absence de cynisme et une sensibilité bien éloignée du second degré dominant le cinéma hollywoodien actuel. "We own the nigth" est le genre de film qui vous prend parfois aux tripes et qui joue à merveille du processus d'identification, on pleure avec Bobby lorsqu'il perd ses proches, on souffre avec lui lorsqu'il chute, on manque d'air lorsque la peur lui coupe le souffle. Un cinéaste qui parvient à transcrire si précisément ces sensations-la mérite le plus grand respect mais il faut aussi louer Joaquin Phoenix qui de film en film prend une épaisseur considérable (dans tous les sens du terme !) Le seul bémol que l'on pourra apporter, outre certaines petite invraisemblances scénaristiques (il est vrai vite balayées par l'intensité dramatique) c'est que les trente dernières minutes du film se déroulent sans véritable autre enjeu que l'accomplissement de la vengeance ce qui est un peu léger par rapport à l'épaisseur de ce qui précède. C'est sans doute ce qui sépare un très bon film du grand film dont on sent Gray capable. Retrouvez d'autres articles sur James Gray : James Gray - "Two Lovers" (avant-première)
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