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Im Sang-soo – "The Housemaid" (avant-première)
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De La Règle du jeu à Gosford Park en passant par The Servant, L’Empire des sens ou La Cérémonie, la promblématique master & servant a fait l’objet de nombreuses variations cinématographiques. Y compris en Corée, où, en 1960, Kim Ki-young réalisait un classique du genre, The Housemaid, considéré comme l’un des chefs d’œuvre du cinéma coréen. En 2010, Im Sang-soo, déjà très remarqué pour ses précédents films (Une femme coréenne, The President’s Last Bang, Le Vieux jardin), décide d’en proposer un remake. Les temps ont changé et on peut supposer que la Corée du Sud du début du 21ème siècle n’a plus grand-chose à voir avec celle d’il y a cinquante ans. Là où Kim épousait le point de vue du "maître" aux prises avec une servante plutôt démoniaque, Im, lui, inverse la perspective et adopte plutôt celui des deux servantes, cultivant plus volontiers l’ambiguïté. Surtout celui du personnage intermédiaire de son récit, Byung-shik, au service de la famille depuis ce que l’on devine être des décennies, y ayant largement sacrifié sa vie, dominée par ses patrons mais dominant la plus jeune servante, Euny, qu’elle se charge d’ailleurs de recruter. Dominée mais manipulatrice, puisque c’est d’elle que viendra la révélation du scandale : la relation sexuelle du richissime, jeune et séduisant chef de famille (Hoon) avec Euny et la grossesse de cette dernière. Ce personnage de Buyng-shik est d’assez loin le plus intéressant du film, constamment tiraillé entre sa fidélité à une famille qu’au fond elle déteste et son sincère attachement à sa jeune collègue, d’une candeur assez désarmante. Celui d’Euny gagnerait à davantage d’ambiguïté : son attitude est admirable de dignité de bout en bout, son seul tort étant de trouver le plaisir dans les relations sexuelles avec son patron, auxquelles elle ne résiste guère. Mais Jeon Do-youn, primée à Cannes en 2008 pour son interprétation dans Secret Sunshine, lui offre probablement plus que le scénario ne prévoyait initialement, tour à tour femme-enfant et femme fatale, physiquement très quelconque et irrésistiblement sexy. Elle confirme être probablement une des plus brillantes comédiennes asiatiques du moment. ![]() Lee Jung-jae et Jeon Do-you
Le film souffre davantage du portrait des "riches". Là est certainement pourtant le vrai propos d’Im Sang-soo et la raison de sa relecture du scénario du film original. En 2010, semble-t-il nous dire, la classe dirigeante est davantage une menace pour le prolétariat que l’inverse (vision à laquelle on souscrit sans peine). Mais sans doute aurait-il gagné à dépeindre une famille un peu moins high upper class que celle-là, sa demeure de magazine de déco, sa femme au visage de mannequin, son mari au corps d’athlète, businessman successful (du moins le devine-t-on, constamment flanqué de ses deux valets/gardes du corps), pianiste virtuose (dans le film original de Kim Ki-young, le mari bourgeois tourmenté était pianiste), œnologue manifestement averti (le vin joue d’ailleurs un grand rôle dans The Housemaid, comme si sa dégustation dans les règles de l’art représentait le nec plus ultra de la high society coréenne), amant visiblement surperformant… Un peu trop pour un seul homme, quand même, qui finit par y perdre en crédibilité même si, au moment du dénouement, il s’avèrera plus "humain" que sa femme et surtout sa belle-mère, caricatures de parvenues arrivistes. L’épilogue du film virant à la farce grotesque laisse à penser qu’Im Sang-soo assume tout à fait le recours à certains archétypes. Mais sa mise en scène très élégante (trop ?) se fait souvent un peu trop froide pour ses personnages et peine à émouvoir vraiment. Sortie nationale le 15 septembre 2010
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