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Hommage à Serge Daney à la Cinémathèque française jusqu’au 5 août 2012 |
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Etait-ce parce qu’il ne connut jamais son père (dont sa mère ne lui révéla l’identité que très tard, passé trente ans, et dont il ne put que deviner le probable destin tragique dans un camp d’extermination nazi) que Serge Daney se définit lui-même comme un "ciné-fils" ? Le rapport au cinéma de Daney n’était pas seulement intellectuel. Il était d’abord, au sens le plus premier du terme, organique, viscéral. La salle de cinéma, métaphore évidente de la matrice utérine, l’a littéralement enfanté et le cinéma a fait de lui un citoyen du monde, qu’il aimait arpenter au seul rythme de ses pas. Le paradoxe est que cet homme-fils qui ne fut jamais père a pourtant beaucoup de cinéastes, critiques et/ou cinéphiles qui se sentent eux-mêmes "fil(le)s de Daney", comme le dit presque en ces termes Bertrand Bonello dans l’émouvant portrait que son ami Serge Le Péron vient de lui consacrer, Serge Daney : le cinéma et le monde. Depuis maintenant vingt ans qu’il est mort, sa "progéniture" a un peu vieilli et on n’est pas très sûr qu’elle se soit elle-même reproduite, cinéphiliquement parlant, bien entendu. Alors l’hommage que lui rend la Cinémathèque française depuis le 20 juin et jusqu’au 5 août 2012 vient à point. Non pas pour faire de nouveaux "adeptes" (Daney n’avait vraiment rien d’un gourou), mais déjà de donner l’envie de se nourrir de sa pensée, de partager aussi ses plus beaux émois cinématographiques, d’une grande diversité. Si Serge Daney faisait partie de cette génération de critiques pour qui tout "ne se vaut pas" (jusqu’à une certaine rigidité dans le bannissement de certains cinéastes à la filmographie simplement inégale, comme ce pauvre Gillo Pontecorvo, éreinté en son temps par Rivette en une formule qui a profondément marqué Daney mais qui mérite bien mieux que ça), il ne bâtit jamais de chapelles infranchissables. Dans le documentaire de Le Péron déjà cité, Olivier Assayas rappelle que, au tout début des années 1980, Daney fut un réel précurseur au sein de la critique française pour sa curiosité vis-à-vis du cinéma de genre asiatique, hongkongais en particulier. Il est d’ailleurs bien dommage que la belle sélection de films programmés par la Cinémathèque fasse presque l’impasse sur sa découverte du cinéma extrême-oriental (à l’exception du Boat People – Passeport pour l’enfer d’Ann Hui). ![]() On y verra à la fois des films devenus aujourd’hui de grands classiques mais qui mirent parfois un peu de temps à être reconnus comme tels : Autopsie d’un meurtre (Preminger), Contes de la lune vague après la pluie (Mizoguchi), La Dolce vita (Fellini), L’Enfance nue (Pialat), La Femme d’à côté (Truffaut), Gertrud (Dreyer – Sarkozy, fils de Daney aussi ?!?), Nuit et brouillard et Hiroshima, mon amour (Resnais), Pickpocket (Bresson), La Règle du jeu (Renoir), Rio Bravo (Hawks), Sueurs froides (Hitchcock), Trafic (Tati), Le Trou (Becker)… Mais aussi des films un peu plus "secrets" (enfin, plus ou moins) de cinéastes aimés et souvent amis, comme ceux de Glauber Rocha (L’Age de la terre et Di Cavalcanti), Antonio Reis et Margarida Cordeiro (Ana), Jean-Marie Straub et Danièle Huillet (En rachâchant et Trop tôt, trop tard), Philippe Garrel (L’Enfant secret), Wim Wenders (L’Etat des choses), Manoel de Oliveira (Francisca), Leos Carax (Boy Meets Girl), Jerzy Skolimowski (Travail au noir), le trio Godard/Gorin/Miéville (Ici et ailleurs), Chantal Akerman (Toute une nuit), Joahn Van der Keuken (Vers le sud), Sergei Paradjanov (Sayat Nova) ou Raúl Ruiz (La Ville des pirates). Des films moins connus de cinéastes très célébrés aussi, comme Amère victoire (Nicholas Ray), El (Luis Buñuel), Dodes'ka-den (Akira Kurosawa), La Femme de l’aviateur (Eric Rohmer), Frontière chinoise (John Ford), Mr. Arkadin (Orson Welles), La Prise de pouvoir par Louis XIV (Roberto Rossellini) ou Un roi à New York (Charles Chaplin). Et puis aussi les courts films du cinéaste arménien Artavazd Pelechian, qui furent pour Daney (et quelques autres, comme Godard) un choc esthétique très important (Fin, Vie, Nous, Les Saisons). Ce programme se complètera bien évidemment avec les films qui lui ont été consacrés (dont le fameux Itinéraire d’un ciné-fils de Debray, Boutang et Rabourdin) ou auxquels il a participés (comme le portrait de Jacques Rivette par Claire Denis pour Cinéastes de notre temps). Et, le lundi 25 juin, Nicolas Bouchaud viendra à Bercy jouer son excellente Loi du marcheur, déjà célébrée ici lors de son passage au théâtre du Rond-Point. Mais les vingt ans de la disparition de Serge Daney se célèbrent aussi en librairie avec la parution chez POL du troisième et dernier tome de l’anthologie de ses écrits, La Maison cinéma et le monde : Les années Libé 1986-1991.
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