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Hommage à King Hu à la Cinémathèque française du 8 au 27 février 2012


Posté par Cyril Cossardeaux le 2012-02-06



 
Disons-le tout net en préambule : la récente rétrospective Clint Eastwood à la Cinémathèque française, c’était sympa. Celles encore en cours consacrées à Steven Spielberg et Robert Altman aussi (surtout celle d’Altman, dont peu de films sont finalement régulièrement facilement accessibles). Celle à venir de Tim Burton itou. Mais tout ça ne pèse que peu de chose par rapport à l’hommage enfin rendu à un vrai maître du cinéma mondial, dont le patronyme d’adoption ne ment pas : King Hu. Pour deux raisons.
Parce que, plus qu’aucun autre (même si l’importance de cinéastes comme Li Han-hsiang ou Chang Cheh n’est évidemment pas à minimiser), King Hu a vraiment jeté les bases du wu xia pian moderne avec L’Hirondelle d’or (Come Drink with Me, 1966) et que, via ses films suivants, que ce soit Dragon Gate Inn (1967), A Touch of Zen (1971-1975) ou Raining in the Mountain (1979), il a exercé une influence énorme sur beaucoup des principaux cinéastes chinois des générations suivantes, que ce soit Tsui Hark, Ang Lee, Zhang Yimou, Wong Kar-wai ou même Tsai Ming-liang (qui lui rendit l’hommage le plus direct avec Goodbye Dragon Inn, alors même que son cinéma semble sans rapport avec celui de King Hu).
Mais aussi parce que, malgré cela, son cinéma reste incroyablement méconnu en France, où très peu de ses films ont été commercialement exploités et donc montrés, que ce soit en salles ou en DVD. Et c’est bien en cela, davantage que pour Eastwood, Spileberg ou Burton, dont la filmographie est (heureusement) accessible à tous, que la Cinémathèque joue ici complètement son rôle.

L'intrépide Cheng Pei-pei dans "L'Hirondelle d'or", le film qui l'a véritablement révélée
L'intrépide Cheng Pei-pei dans "L'Hirondelle d'or", le film qui l'a véritablement révélée

Sa filmographie a beau ne pas être très abondante (une quinzaine de films jusqu’à sa mort, en 1997) et assez erratique à partir des années 80, elle ne pourra malheureusement pas être tout à fait complète ; mais ses principaux films seront tous là. En plus de ceux déjà cités, on pourra donc découvrir (ou revoir, pour les plus chanceux et/ou les plus fins connaisseurs du cinéma chinois) le tout aussi beau L'Auberge du printemps (1973, dont notre ami Alexis Hunot * nous faisait la splendide exégèse l’an dernier à l’occasion de sa sortie en DVD), Legend of the Mountain (1979, annoncé dans une version director ‘s cut), le plus martial Pirates et guerriers (1975), le plus mineur mais tout aussi épatant All the King’s Men (1983), son premier rarissime film, The Story of Sue San, coréalisé en 1962 avec son "maître" Li Han-hsiang, ou son avorté Swordsman (1990), produit et terminé par Tsui Hark (et quelques autres réalisateurs, de façon plus ou moins officielle), suite à des rapports assez conflictuels avec ce dernier. King Hu a d’ailleurs rarement connu des rapports idylliques avec ses producteurs (il ne fit ainsi qu’un seul film pour la célèbre Shaw Brothers – L’Hirondelle d’or -, exaspérée par son perfectionnisme), ce qui le conduisit donc assez logiquement à se produire lui-même pour certains de ses films, à Taïwan, où l’avait conduit son double exil politique (Pékinois d’origine mais ayant fui la Chine continentale au moment de la révolution communiste de 1949) puis artistique (en rupture avec les contraintes des studio de Hong-Kong).

"A Touch of Zen"
"A Touch of Zen"

Son cinéma réussit le tour de force d’être à la fois très spectaculaire, très distrayant (si on aime les intrigues à base de complots, de double jeu et de retournements d’alliance incessants, ses films sont un délice) et d’une inventivité, d’une beauté plastique assez stupéfiantes et ayant irrigué des films beaucoup plus récents comme The Blade (Tsui Hark), Tigre et dragon (Ang Lee) ou Le Secret des poignards volants (Zhang Yimou). Comme un signe qui ne trompe pas : pourtant a priori (à l’époque encore bien plus qu’aujourd’hui) totalement étranger à ce type de cinéma de genre (même s’il transcende le genre, et c’est en cela qu’il est encore plus grand), le Festival de Cannes, en 1975, avait distingué ce film-fleuve qu’est A Touch of Zen (trois heures !). Du Grand prix technique, certes (ce qui était idiot, dans un sens), mais c’était une sacrée reconnaissance pour un film d’action extrême-oriental, alors communément qualifié avec un dédain condescendant de "film de kung fu".
D’autres cinéastes que King Hu ont donc profité de ce total changement de perception du cinéma chinois en Occident mais c’est bien pourtant lui qui fut pionnier en la matière…


* A qui l’on doit l’édition en DVD d'A Touch of Zen et Raining in the Mountain chez Films sans Frontières : qu’il en soit ici chaleureusement remercié à jamais.


C’est encore l’éminent Charles Tesson qui en parle le mieux dans une vidéo tournée par la Cinémathèque pour présenter ce cycle absolument immanquable si vous êtes sur Paris du 8 au 27 février :


5 films de King Hu - Présentation par Charles... par lacinematheque


Retrouvez d'autres articles sur King Hu :

Concours HK Vidéo/Metropolitan Filmexport - Culturopoing : gagnez des DVD de L’Auberge du printemps
King Hu – "L’Auberge du printemps" ("The Fate of Lee Khan", 1973, DVD)


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Commentaires
De : noodles

la vision de "a touch of zen" dans une défunte salle du quartier latin reste une des plus grandes claques dans ma gueule de toute ma vie de cinéphile.... disons que j'ai pas dutout ressenti ça devant "ma vie au ranch"......alors oui soyons clair cette rétro est l'événement de la décennie, voire du siècle...

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