Coraline et ses parents viennent d’emménager dans une nouvelle et grande maison. Hélas pour la petite fille, ces derniers n’ont pas de temps à lui consacrer, trop occupés par leur travail. Elle part donc explorer sa nouvelle demeure, et ouvre une porte qui la mène dans une maison identique à la sienne, et pourtant bien différente. Coraline va devoir choisir entre ce monde où tout semble fait pour lui plaire, où ses Autres Parents sont disponibles pour elle, ou sauver sa Vraie famille, kidnappée par l’Autre Mère…
Troisième long métrage de Henry Selick (le réalisateur de L’Etrange noël de Monsieur Jack, pour ceux qui auraient vécu dans les bois cette dernière décennie), Coraline est un nouveau chef d’œuvre réalisé en stop motion, une technique d’animation qui nous est rarement donnée à voir sur grand écran. Petite mise en garde, la promo française tend à identifier le film à l’univers de Tim Burton, alors qu’Henry Selick a développé avec son équipe d’artistes un univers visuel original.
Comme l’irlandais Brendan et le secret de Kells, Coraline s’inscrit dans cette volonté d’utiliser l’animation pour ce qu’elle est : un média de création pure. Ainsi les décorateurs n’hésitent pas à tricher les perspectives (comme dans la cuisine), jouant du non réalisme, de l’étrange de la mise en scène. Une vraie importance est également accordée aux matières, les paillettes dans l’eau, le visage fendillé de l’Autre Mère, le sable ou le coton à l’intérieur d’une poupée, les boutons en bakélite…
Tout est fait pour exhiber l’artificialité des personnages et des univers, et l’absence absolue d’organique (là où les réalisateurs de stop motion, Timothy et Stephen Quay par exemple, n’ont de cesse de mêler l’organique à leurs marionnettes, comme dans La Rue des crocodiles). Mais l’artificialité affichée du dispositif n’empêche pas les personnages d’être secoués de pulsions, ni le spectateur d’être soumis à toute une gamme d’émotions. La stylisation -du rêve et du mécanique, comme figure antinomique- grâce aux marionnettes, semblait le meilleur moyen d’exprimer toutes les nuances, de l’histoire écrite par Neil Gaiman, sur les bouleversements et les questionnements vécus par cette pré-ado qu’est Coraline Jones. L’inquiétante étrangeté des marionnettes et les transformations subies par les personnages, lors du passage dans l’Autre Monde, convoquent l’image du monstrueux, de l’inhumain (comme lorsque Pas d’Bol apparaît), et rappelle que le travail de l’animateur est d’être un Docteur Frankenstein, de donner vie à des créatures inanimées, à partir de sa seule imagination. Coraline est un film d’animation qui s’assume.
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Comme Henry Selick qui crée l’univers propre à son film et se réapproprie l’histoire de Gaiman, l’Autre Mère crée une réalité, un univers onirique, dans lesquels les personnages sont ses créatures, qu’elle affuble de boutons à la place des yeux, hybridation entre la marionnette aux armatures de fer et la poupée de chiffon. La réalité de Coraline est froide, grise et floue, alors que l’univers de l’Autre Mère est plein de goûts et d’odeurs, de mets raffinés dont la fillette raffole. Cette mise en scène (en abîme) est un défi potentiel, un jeu, peut-être un besoin d’amour de l’Autre Mère.
L’une des différences entre le livre et le film, qui peut paraître minime mais s’avère relativement centrale pour la narration, est le fait que dans le film, l’Autre Réalité est toujours vécue de nuit. Cela permet d’une part de jouer sur l’ambivalence de l’Autre Monde qui doit paraître à Coraline plus joyeux et mieux que sa propre réalité, tout en gardant un aspect malsain pour le spectateur, qui voit tout le temps le ciel noir. D’autre part, le film est beaucoup plus découpé que le livre, puisque Coraline fait de nombreux allers/retours entre les deux Mondes avant que ses parents ne soient kidnappés. Selick utilise ainsi l’excuse de la nuit pour faire se réveiller Coraline dans son lit, sans que le spectateur sache si la fillette a vécu ou rêvé cette Autre Vie. Selick a ajouté d’autres éléments à son scénario (le personnage de Pas d’bol, le jardin) pour étirer astucieusement l’histoire de Gaiman, et pouvoir bien construire son film.
Sortie le 10 juin

