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Hal Ashby – "Bienvenue Mister Chance" ("Being There", 1979, reprise en salles)

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Posté par Alain Hertay le 2011-03-28



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Bienvenue Mister Chance, une belle fable politique de Hal Ashby datant de 1979, ressort sur les écrans français grâce aux bons soins d’un nouveau distributeur prometteur, Madadayo (devant son nom au dernier film testament de Kurosawa). C’est l’occasion de (re)découvrir une des plus belles réussites d’un cinéaste talentueux aujourd’hui quelque peu oublié ou sous-estimé, à laquelle Culturopoing est très heureux de s’associer.

A la fin des années 60, une nouvelle génération de réalisateurs renouvelle le cinéma américain. Ils s’appellent notamment Paul Mazursky, Bob Rafelson, Hal Ashby et leurs premiers films expriment des préoccupations d’ordre social nées de la révolution culturelle de la décennie écoulée : les thérapies de groupe de Bob & Carol & Ted & Alice (Mazursky, 1969), le refus d’appartenir à la classe moyenne du héros de Five Easy Pieces (Cinq pièces faciles, Rafelson, 1970), la célébration d’une liberté non-conformiste du couple Harold & Maude (Ashby, 1971). Tout au long des années 70, ces cinéastes aligneront de belles œuvres qui prennent souvent la forme de chroniques sensibles et douce-amères de l’Amérique contemporaine. Il suffit de revoir The King of Marvin Gardens (Rafelson, 1973) ou An Unmarried Woman (Une Femme libre, Mazursky, 1978) pour s’en convaincre. Occultés dans nos mémoires par les réalisations plus tapageuses des Coppola, Scorsese ou DePalma, les films de ces cinéastes mériteraient aujourd’hui d’être redécouverts et réévalués à leur juste valeur.

De cette génération d’auteurs, Hal Ashby est sans doute le plus attachant par la tendresse qu’il manifeste pour les déclassés, les "ratés" du rêve américain. Le jeune matelot accusé de vol de The Last Detail (La Dernière corvée, 1973), le folksinger Woody Guthrie de Bound for Glory (En route pour la gloire, 1976), le vétéran du Viet-Nam paraplégique de Coming Home (Retour, 1978) sont autant de "loupés de Dieu" (pour reprendre une expression prononcée dans Being There) qu’il a pu dépeindre avec talent. Ce talent, il se définit avant tout par une mise en scène précise au service de ses acteurs. Son travail de monteur, très recherché dans les années 60 et oscarisé pour In the Heat of the Night (Dans la chaleur de la nuit, 1967) de Norman Jewison, lui a donné une certaine liberté lorsqu’il passe à la réalisation : il ne découpe pas à l’avance ses scènes pendant le tournage et dispose ainsi de différents choix de construction par la suite. Sa direction d’acteurs y gagne en souplesse et les performances de ses interprètes seront régulièrement récompensées. Jack Nicholson sera nominé aux Oscars et recevra le New York Critics Award pour The Last Detail, Jon Voight et Jane Fonda recevront les Oscars de la meilleure interprétation pour Coming Home. Melvyn Douglas sera également récompensé et Peter Sellers sera nominé pour Being There, mais ce dernier ne recevra pas la statuette, à la surprise générale.

Peter Sellers dans "Bienvenue Mister Chance"
Peter Sellers

Venons-en à ce dernier film. Réalisé en 1979, Being There (Bienvenue Mister Chance) s’impose par l’ensemble de ses qualités comme l’aboutissement et la synthèse du talent d’Hal Ashby (1). En effet, on y retrouve l’humour ironique qu’il manifestait dans ses premiers films, une mise en scène lumineuse et précise et des acteurs parfaits. Comme souvent, Hal Ashby s’est appuyé sur un scénario de qualité, rédigé ici par Jerzy Kosinski d’après son propre roman. L’histoire est celle de Chance, jardinier dans une vaste maison bourgeoise de Washington. Il a une cinquantaine d’années mais a conservé une psychologie d’enfant dans un corps d’adulte. Il n’est préoccupé que par ses tâches dans le jardin et la télévision branchée en permanence qui rythme son quotidien. Celle-ci est son seul rapport avec le monde extérieur car Chance ne quitte jamais la maison. Or, le film débute par la mort du propriétaire des lieux. Chance est prié de déménager et de trouver du travail ailleurs. Perdu dans un monde qu’il ne connait pas et qui l’effraye, il est heurté par une limousine et pris en charge par la conductrice, inquiète de son état. Celle-ci le conduit dans une vaste demeure où elle habite avec son mari, un financier âgé conseiller et ami proche du Président des Etats-Unis. Là, Chance impressionne par sa simplicité et la sagesse de ses aphorismes, en fait extraits de sa pratique du jardinage. Graduellement, il devient une célébrité, est invité à la Maison Blanche et se retrouve dans l’univers des intrigues politiques. A travers le voyage de ce candide parmi les plus hauts échelons du pouvoir, on l’aura compris, on assiste à une fable morale volontiers drôle et subversive (2).

Hal Ashby évite cependant soigneusement tous les excès caricaturaux auxquels une telle parabole pourrait se prêter (3). Dès l’ouverture de son film au son de la Symphonie pastorale de Beethoven, il impose un rythme contemplatif, au diapason de son personnage principal. De lents mouvements de la caméra s’attardent sur l’environnement de Chance comme ils le feront plus tard pour nous décrire la vaste demeure luxueuse du milliardaire où le jardinier aboutit par accident. Dans ces scènes introductives, la personnalité singulière de Chance ne nous est livrée que par petites touches successives, essentiellement muettes, toutes en retenues. Ainsi, lorsque la bonne vient lui annoncer la mort du vieil homme, celui-ci semble ne pas intégrer cette information, restant captivé par l’émission de télévision qu’il regarde : un épisode de 1, rue Sésame au cours duquel la chanteuse Buffy Sainte Marie interprète la chanson Different People, Different Ways. En une image simple (le visage impassible de Chance pendant que les paroles "I love you 'cause you're awfully nice, sugar and spice love, awfully nice love. Different people, different ways" résonnent dans la pièce), Ashby exprime toutes les limites intellectuelles de son personnage (4). L’interprétation magistrale de Peter Sellers aide grandement à la crédibilité du caractère de Chance. A l’opposé de ses créations survoltées chez Stanley Kubrick ou Blake Edwards, il compose ici un personnage lisse, au visage figé, dont le moindre sourcillement, la moindre inflexion de lèvre, suscitent les sentiments les plus variés et les plus intenses, du rire aux larmes. Mais le plus extraordinaire dans le jeu de Peter Sellers, c’est sans doute ce regard d’enfant perdu dans un visage d’homme grisonnant, un regard dont on se souvient longtemps après le film.

Peter Sellers et Shirley MacLaine dans "Bienvenue Mister Chance"
Peter Sellers et Shirley MacLaine

Le film se poursuit dans le même ton en demi-teinte, envisageant tous les développements logiques qui découlent de son quiproquo initial. Se méprenant sur son identité, industriels, hommes politiques, journalistes, téléspectateurs, agents du FBI et de la CIA comme le Président des Etats-Unis lui-même, font de Chance un homme providentiel à même de sortir l’économie américaine de la crise qu’elle traverse. Son intrusion chez les puissants met en lumière l’arrivisme et les ambitions personnelles des uns, les frustrations des autres (cf. le personnage de l’épouse incarné par Shirley MacLaine). Le plan final, qui a beaucoup fait parler de lui, confère à la parabole sa valeur morale : le Royaume des Cieux est bien à la portée des simples d’esprit, surtout dans l’Amérique contemporaine.

Il reste à se demander en quoi une telle morale, héritée de la critique des institutions issue de la contre-culture des années 60 (5), peut encore aujourd’hui nous importer. En effet, le film paraît au moment où se précise la crainte, justifiée, de voir arriver à la Maison Blanche un acteur avant tout connu pour ses westerns et ses publicités. Par ailleurs, le Président interprété par Jack Warden fait également immanquablement penser à Richard Nixon. Il s’agit donc de forts ancrages temporels qui pourraient dater quelque peu le propos. Pourtant, si Being There peut encore avoir quelque chose à nous apprendre, c’est dans sa façon d’aborder les effets de la médiatisation du langage par la télévision. Jerzy Kosinski et Hal Ashby ont la préscience qu’une nouvelle forme de rhétorique du discours politique, puisant dans les lieux communs les plus creux (le jardinage ici comme métaphore), suffira à élire un candidat si celui-ci sait manipuler correctement les médias télévisuels et fuir le discours de fond proposé par la presse comme le montre cyniquement le film. En ressortant aujourd’hui dans une copie restaurée sur les écrans français, il n’est pas exclu que Being There, sur ce plan, ne trouve une certaine contemporanéité avec le contexte politique actuel. Toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ne saurait être que fortuite…

Peter Sellers et Melvyn Douglas dans "Bienvenue Mister Chance"
Peter Sellers et Melvyn Douglas


1) Après ce succès, les années 80 marqueront le déclin de la carrière d’Hal Ashby. Rongé par des problèmes de drogue, il se voit retirer plusieurs projets par ses producteurs. Il décède d’un cancer en 1988, à l’âge de 59 ans.
2) Une fable ? Un arrière-plan réaliste peut cependant être associé au récit de Chance le jardinier. Que l’on se souvienne de l’énigme de Kaspar Hauser, ce jeune homme "simple" découvert à Nuremberg en 1828 sans passé et sans famille, élevé par le maire de la ville, médiatisé par l’énigme de son origine peut-être noble et assassiné sans que la vérité ne soit mise au jour. Cette histoire a été adaptée au cinéma par Werner Herzog en 1974.
3) A l’inverse d’un film comme
Forrest Gump (Zemeckis, 1994) avec lequel s’opère d’emblée un rapprochement entre les deux films.
4) Comme souvent dans ses films, Hal Ashby emploie intelligemment la musique pour suggérer une idée, une situation ou faire éprouver un sentiment :
La Symphonie pastorale évidemment pour accompagner le jardinier dans ses tâches, mais aussi la version funk d’Ainsi parlait Zarathoustra par Eumir Deodato, dans le ton du film mi-sérieux mi-parodique, lorsque Chance quitte pour la première fois la maison où il a toujours vécu.
5) Le livre de Jerzy Kosinski est paru en 1971.


Reprise en salles le 30 mars 2011






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