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Guo Xiaolu - "Une Chinoise" (avant - première)

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Posté par Guillaume Bryon le 2010-09-02



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She, A Chinese…Cette aventure existentielle d’une jeune villageoise chinoise en fuite jusqu’à Londres, Léopard d’Or de Locarno en 2009, s’impose avant tout comme une belle représentation d’un monde aux frontières devenues extrêmement fluided. Ce constat est non une manière de critique sur le « liquide » mais plutôt un refus de segmentation très enthousiasmant qui tente de redynamiser un esprit new wave  pas toujours dépourvus de clichés.
 

Si Une Chinoise ne devait pas marquer très longtemps les esprits, il y aurait au moins une scène qu’il serait appréciable de pouvoir se remémorer. Parvenue à quitter le territoire chinois pour la Grande- Bretagne, son héroïne Mei y prend à nouveau la tangente en faussant compagnie à une équipée de touristes pour rejoindre un nouveau statut de clandestin. Le territoire choisit donne toute sa force un peu folle à ce basculement : c’est le méridien de Greenwich lui-même, avec ses représentations symboliques et son décor hors du temps. De par sa disposition et son sens poreux, ce lieu est amplement cinématographique. Il a pourtant sauf erreur été très peu investit au cinéma… C’est l’un des mérites de Guo Xialolu d’avoir su dénicher cette évidence dans un film entièrement dédié à la mondialisation dans ce qu’elle représente comme expérience physique et existentielle.
 
Via le parcours de Mei, la réalisatrice retrace en partie le sien. De la campagne chinoise elle est montée jusqu’aux universités de Pékin avant de rejoindre la capitale anglaise en 2002. Contrairement à Guo Xiaolu, Mei ne peut pourtant pas se réclamer de divers débouchés significatifs au terme de son aventure, d’avancées concrètes autres que la fuite et la quête de soi toujours inachevée.
 
Les douze cartons du film proposent ainsi différentes facettes d’un personnage perpétuellement disposé à la bifurcation, capable de rejouer sa vie et son identité à tous moments, sur tous terrains. La seule cohérence et sincérité, Mei la trouve sans doute avec elle-même et ses ressentis, son refus des rôles qu’on veut lui attribuer. Allant de l’avant, elle s’efforce de mettre à l’épreuve l’authenticité de son caractère avec les évènements qui s’imposent à elle et sur lesquels elle ne prend pas véritablement prise.
 
 
Victime d’un viol et jouet du chantage d’un caïd local, elle s’émancipe d’abord de sa campagne en faussant compagnie au mari qu’elle rejoint dans la ville de Chongqing. Incapable de travailler en usine, flirtant avec la prostitution dans l’arrière boutique d’un salon de coiffure, elle s’amourache d’un mystérieux homme de main dans son voisinage. C’est à la fois un moment de passion intense et une clé pour la suite façon trésor de Monte-Cristo… Fuyant en Angleterre, elle se lie d’abord à un vieux veuf qu’elle épouse, avant de se tourner vers Rachid, immigré comme elle. En 98 minutes, Mei a eu le temps de vivre beaucoup de films…
 
 
Guo Xiaolu n’est pas vraiment du côté de la nouvelle vague marginale menée par Lou Ye en Chine. Comme si elle avait déjà trop un pied au dehors, s’affirmer individuellement dans le monde est plus important que de s’affirmer individuellement en Chine. Mei passe ici son temps à fuir, quitte à ne pas forcément s’attirer la compassion du spectateur qui doit accepter ce refus de la construction (c’est aussi pour la réalisatrice en parallèle le refus de certains enjeux narratifs). Guo Xiaolu investit essentiellement le désir d’éprouver pleinement la vie en transformant l'affrontement à la mondialisation en véritable potentiel de renouvellement incessant.
 
Une Chinoise est parfois à cheval entre  quelques postures existentialistes clichées, et une forme de liberté d’esprit très fraiche et spontanée. Le background de la réalisatrice est à chercher dans le documentaire (elle a partagé les mêmes bancs que Jia Zhang Ke) et le cinéma expérimental. Dans cette fiction plus classique, elle n’est pas sans frôler la pose et le démonstratif. La forme ne parvient pas toujours à transcender l’image d’un cinéma « indie » qui peut se pièger dans les gestes artistiques et politiques qu’il entend incarner. Ici, les passages avec le vieux Mr Hunt et la dégradation de la relation avec Rachid payent sans doute tout ce que la réalisatrice à l’ intention de dire sur son pays d’accueil.
 
Ce comportement un peu crâneur et fier, s’il peut agacer par moments, n’en est pas moins un élément faisant partie du ton unique du film, et ne dessert au moins pas la force de son héroïne. On préfèrera tout de même la partie chinoise, en particulier ces moments de passion asociales entre Mei et son amant Spikey. Que ce soit en Chine ou à Londres, Mei n’est surtout jamais vraiment à sa place, que ce soit dans un collectif pesant qu'au travers des conventions et communautarismes. Il nous reste à suivre ses déambulations pulsionnelles et son instabilité. Cette recherche de soi dans un monde transcendé par la globalité est on ne peut plus contemporaine. Si sa forme ne révolutionne sans doute pas grand chose, sa réussite vient avant tout de la musicalité de son rythme,  de ses ruptures et ses enchaînements… Et on ne dit pas ça parce que l’excellent John Parrish y signe en prime une superbe BO.

She, A Chinese. Ecrit et réalisé par Guo Xiaolu. Photo: Zillah Bowes. Montage: Andrew Bird. Musique: John Parrish. Avec: Huang Lu, Wei Yibo, Geoffrey Hutchings, Chris Ryman... 98 minutes - 1:85:1
Sortie le 8 septembre 2010




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