Le fossoyeur d'un petit cimetière s’évertue à poser près d’une tombe un vase, qui s'écroule à chaque nouvelle tentative. Une main, émergeant brusquement du sol essaye de l'étrangler avant qu’il ne coupe cette bête à cinq doigts, qui se met à courir devant lui. Elle viendra rejoindre dans une brouette d’autres membres coupés encore tout frétillants. Ainsi commence la jubilatoire comédie d’horreur
Dance of the dead, pure série-b artisanale comme on en fait plus, avec comme unique objectif celui de divertir entre rire et frayeur. Du pop corn movie me direz-vous ? Peut-être, mais fait avec suffisamment d’honnêteté et d’intelligence pour se distinguer de bien d’autres œuvres du même type.
Dance of the dead rappelle en effet les belles heures du cinéma d’horreur des années 80, décomplexé et bidouillé, respectueux de son public, presque en interaction avec lui, celui qui nous faisait applaudir avec les exploits de ses héros couverts de sang, lancer des petits beurks aux effets gore, et chose plus rare encore … nous émouvoir de leurs états d’âme. Il est d’ailleurs vivement recommandé de le voir en groupe pour pouvoir bénéficier pleinement de ce plaisir enfantin de partager ses peurs.
Dance of the dead a beau être tourné en HD il répond à tous les critères du film de festival, sa valeur résidant dans sa modestie, son respect pour des genres et – chose de plus en plus rare – une absence totale de cynisme. Gregg Bishop rend palpable durant tout le métrage son plaisir de tourner et de faire évoluer ses héros au sein des leit motiv imposés – barricades dans les maisons, poursuites nocturnes, plans de fuite, prise de risques individuelles, tombées de charybde en silla dans des lieux connotés – cimetière, cave, funérarium, lycée.. Le sujet est simple et typique du genre : une usine avec ses déjections toxiques transforme les morts en zombies assoiffés de chair fraîche et quelques héros intrépides vont tenter d’arrêter l’invasion. Une des idées astucieuses de
Dance of the dead est de marier le film de zombie au teen movie sans pour autant se laisser écraser sous les références – on est en cela très éloigné d’un Tarantino par exemple. De plus, le regard de Bishop est presque rétrospectif et nostalgique, et s’inscrit moins dans la lignée de la comédie triviale à la
American Pie que dans le retour à l’atmosphère d’un
Breakfast Club ou d’un
American Graffiti, privilégiant un certain attendrissement, voire une tendresse, pour ses personnages plutôt qu’une multiplication de postures comiques qui consisteraient à en faire de purs instruments de gags. Certes c’est l’apanage d’un pur teen movie que de mettre en scène des lycéens hormonaux et le choix comme arrière plan de l’inévitable soirée de promo en ajoute à la représentation traditionnelle : nécessité de trouver son cavalier, rivalités amoureuses, boutonneux timides et minaudeuses gloussantes, jusqu’à la fameuse élection de la reine de la soirée. Ce motif constitue du reste un autre archétypique du cinéma d’horreur, de
Carrie à la série des
Prom Night. Mais alors que le slasher traditionnel distribue les rôles entre les âmes pures et les abrutis chroniques, les vierges effarouchées et les mâles en rut désireux de perdre leur pucelage – avec comme arrière plan puritain la nécessité de la punition expiatoire par la mort violente - Bishop détourne délibérément ces clichés.
Dance of the dead induit en effet joliment en erreur avec son provocateur de service, sa première de la classe, sa pom pom girl, sa terreur du lycée, ou ses ahuris membres du club de science fiction pour finalement les faire s’échapper de leur coquille manichéenne, révélant les qualités insoupçonnées de chacun. Et derrière une écriture qui l'air d’obéir aux artifices du genre, se profile subtilement l’image d’adolescents mal dans leur peau et révélant chacun à leur manière les troubles de leur identité. Ça n’est certes pas révolutionnaire, et il ne s’agit pas de comparer
Dance of the dead à
Virgin Suicides, mais il n’empêche que la crédibilité psychologique n’est pas légion et demeure plutôt inattendue au sein d’un zombie-teen movie – encore plus si l’on pense au très surestimé
Diary of the dead. Dans l’ensemble, les acteurs sont étonnamment naturels, dégageant avec bonheur leur fragilité et leur naïveté juvénile, sans verser dans la caricature, ce qui en ajoute à cette sensation de spontanéité générale.
L’adolescent, ici, ne cherche pas à perdre sa virginité à tout prix avec la femelle qui l'émoustille, mais se révèle un sentimental inhibé et pataud aimant secrètement l’élue de son cœur, et qui acceptera son premier baiser lorsqu’elle est contaminée, tout en sachant qu’il lui sera fatal. Indéniablement, le script de Joe Ballarini révèle une propension à un romantisme amer que le rythme trépident a du mal à mettre en valeur. Alors que ces moments singuliers auraient sans doute nécessité un certain ralentissement de l’action, le film perd en trouble ce qu’il gagne en énergie. Mine de rien, Bishop montre un univers ou les ados sont livrés à eux-mêmes, où l’éducation est entre les mains de profs stupides et humiliants, qu’on rêve de voir se faire bouffer le plus vite possible.

Le film a beau être un mélange ingénieux de comédie et d’épouvante, il est traversé d’une douce sensation de vide, comme une tristesse sous jacente face à l’avenir qui n’exclut pas le désir de lutter. Dans ce monde de morts vivants qui continuent à réceptionner les pizzas en voulant dévorer le livreur, résistent quelques jeunes intrépides et altruistes, menés par un imparable esprit de résistance, un même instinct de survie et le refus de capituler face au chaos. Pour en ajouter au parfum d’absurdité de l’ensemble, le sauveur du groupe de survivants est aussi le plus crétin, un prof de gym paramilitaire sortant la grosse artillerie pour exterminer ces morceaux de viandes Soyons honnêtes, avec ses répliques patriotiques à la Charlton Heston, ce personnage outrancier et ses blagues répétitives versent dans un potache répétitif un peu lassant.
Bishop ne fait pas table rase de ses classiques. L’ombre de Romero plane sur ces cadavres ambulants avec leur allure de consommateurs n’ayant pas oublié leurs gestes quotidiens, mais ayant abandonné leur allure languissante – ce qui était déjà le cas de
28 jours plus tard. Les morts les plus jeunes atteignent une vitesse phénoménale et lors d’une des scènes la plus réussies s’éjectent littéralement des tombes pour se jeter sur leurs victimes. A ce titre, on se félicitera de la qualité des effets spéciaux, employant les CGI avec parcimonie, le plus souvent en renfort de très beaux effets mécaniques, de maquillages ou de cascades. Le film est efficacement gore mais sans tomber dans l’excès. Et la séquence finale du « bal des zombies » est à la fois belle et réjouissante. On pense inévitablement au
Bal des vampires de Polanski (dont le titre US était
Dance of the vampires) en particulier lorsque les deux héros improvisent un slow au milieu des monstres. Il faut voir cette fin de fin d’année mêlant profs et élèves putréfiés, déambulant hagards au milieu de la salle et des buffets apéritifs, où l’on apprend qu’il existe un moyen imparable pour les combattre : leur jouer du rock métal. Et oui, la musique adoucit les morts !
Depuis combien de temps n’avez-vous pas vu un film de zombies sans sous texte politique, lourdes considérations sur le pouvoir de l’image et métaphores appuyées sur le gouvernement en place ? A quand date votre dernier teen movie, pas trop vulgaire, avec des héros attendrissants et plausibles ? Voici donc l’occasion d’être de la fête, de vous inviter sans arrière pensée à ce réjouissant bal des morts. Choisissez votre partenaire, et laissez vous aller au plaisir enfantin de ce zombie movie très rockn’roll. Les morts vivants ont encore de beaux restes et toute la vie devant eux …
Le master haute définition répond à tout ce qu’on peut espérer d’un blu-ray. On privilégiera la piste DTS vo tout aussi subtile dans les dialogues qu’efficace dans les effets arrière, les grognements, les bruits de mastication et les explosions. Le joli making off vient confirmer notre impression initiale sur un processus créatif opéré dans un état de détente générale, une atmosphère bon enfant, avec une jeune équipe, des techniciens aux acteurs, toujours le sourire aux lèvres, visiblement enchantée de participer à l’aventure.
Blood, Guts et Rockn’roll nous éclaire un peu mieux sur la combinaison des effets spéciaux numériques et mécaniques, et nous dévoile la fabrication de certaines scènes telles l’éjection des zombies par tout un système de poulies. Enfin d’intéressantes scènes coupées à dominante psychologique témoignent du choix du réalisateur de privilégier le rythme de l’action aux dialogues dans son montage final.
Dance of the Dead (USA, 2008) de Gregg Bishop, avec Jared Kusnitz, Greyson Chadwick, et Chandler Darby
Blu-Ray et DVD édités par Free Dolphin