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Giuseppe Capotondi - "L'heure du crime"

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Posté par Guillaume Bryon le 2010-08-10



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Au rayon des premiers films de 2010, L’heure du crime (La doppia ora) est une jolie petite réussite, qui a aussi le mérite de démontrer qu’il ne faut pas spécialement avoir d’à  prioris  concernant les potentialités au cinéma des réalisateurs de clips passe-partouts ! A l’instar de Juan José Campanella (Dans ses yeux), qui alterne séries US et films plus personnels chez lui en Argentine, Giuseppe Capotondi délivre ici un travail qui n’a pas grand-chose à voir avec les bandes musicales routinières qu’il a pu éxecuter.
 

 
Le moins que l’on puisse dire c’est que Capotondi n’est pas vraiment Gondry ou Spike Jonze… Il n’y a qu’à aller faire un petit tour sur you tube après avoir consulté sa vidéographie. La surprise n’en est que meilleure, surtout si on a eu le moyen de remarquer la sortie du film en cette semaine d’août : petite distribution et affiche assez peu engageante (qui met en prime modérément en valeur le prix de la meilleure actrice remporté au festival de Venise par Kseniya Rapoport), c’est loin d’être une évidence que de ne pas passer à côté...
 
Si Capotondi n’a certes pas écrit ce scénario composé à six mains, il apporte une touche singulière indéniable au fonctionnement de l’ouvrage, en se focalisant tout particulièrement sur la dimension sonore et même le rapport aux sons qu’ont les personnages par leur appréhension du monde. Guido, est ainsi un ancien preneur de son de la police reconvertis qui noie son veuvage à bidouiller ses appareils en tant que gardien d’une grosse propriété… Elément qui semble passionner le metteur en scène dans sa mise en scène puisqu’il va le croiser à une minutie d’éléments sonores capable plus tard dans le film de mettre en doute la réalité de ce qui se déroule à l’écran, comme s'il y  avait eu un échange voir plus un don intime et imperceptible à Sonia, l'héroïne. D'infimes et efficacesbruitages qui sont aussi autant de possibilités de suspens et de peurs qu’une frêle mais inquiétante frontière construite entre le polar psychologique et le fantastique. Un fameux tube des Cure joue d’ailleurs un rôle prépondérant, tout comme la très belle bande originale qui accompagne ce travail d’orfèvre.
 
La doppia ora est un film qui captive patiemment et subtilement son spectateur par des chemins biaisés dont celui de l’oreille.  Ce qui n’empêche pas à Capotondi de livrer un travail d’excellente facture au niveau des autres éléments formels de long-métrage: les cadres et la gestion de l’atmosphère sont maîtrisés et nuancés, tout particulièrement quand il s’agit d’investir le décor hôtelier qui rythme le quotidien de femme de chambre de Sonia. Mais en cherchant à faire perdre nos repères et à diluer le réalisme, le réalisateur ne joue jamais à l’épate et semble aussi vouloir se fondre sans déplaisir et avec une certaine humilité dans le genre qu’il aborde…

 
Certains personnages secondaires comme l’enquêteur ou l’organisatrice de speed dating renvoient ainsi à des figures plus populaires et classiques du cinéma italien, toujours mêlés dans les meilleurs ouvrages de genre à une intrigue qui déborde dans l’écriture et par la mise en scène sur les plans sensitif et psychologique. Capotondi travaillent ces versants avec un amour certain et sans ostentations ni pesanteur de la tradition cinématographique dans laquelle il s'inscrit. C’est en ce sens que ce film, sans doute encore un peu « professionnalisant » sous certains aspects, ne se lâchant peut-être pas complètement, s’avère malgré tout un bien meilleur renouvemment en Italie que les récents pavés postmodernes et clinquants signés Michele Placido ou Michele Soavi.
 
Difficile de rentrer dans le fond de la description de l’intrigue de L’heure du crime sans gâcher complètement sa découverte au spectateur, et cette chronique particulière se veut clairement plus une invitation à découvrir l’œuvre tant qu’elle reste visible au cinéma… Disons seulement qu’il est sans doute, plus qu’ailleurs, mieux d’en savoir le moins possible avant d’entrer dans la salle. Rien que pour constater à quel point le film se tient debout en dépit de ses très nombreux détours, les scénaristes évoluant sans arrêt sur un fil d’équilibriste, à manquer de faire sombrer tout leur ensemble. Sans être forcément convaincu totalement, on ne peut pourtant qu’apprécier les sentiers empruntés et surtout le choix de ne pas s’arrêter seulement au ludisme et à la manipulation qu’ils pourraient générer. Comme Morse de Tomas Alfreson l’an dernier, La doppia ora se montre ainsi entièrement investit dans le couple qu’il met en scène, et l’alchimie manifeste et rare entre les deux acteurs leur fabrique presque une bulle, où le spectateur aimerait les voir protégés en permance… En remettant en cause narrativement et psychologiquement ce fonctionnement sans arrêt, Capotondi execute  une forme étonnante de fatalité  par le cinéma qui s'avère à la fois délicieuse et sadique, faisant exister finalement par ce stratagème même cette histoire d’amour très singulière.
 
Kseniya Rappoport y porte une part évidemment plus intense sur ses épaules, puisque l’œuvre peut se percevoir  via un autre versant comme un grand portrait féminin, complexe bien que plongé dans l’ordinaire, loin de la moralité et de la victimisation… Nul doute que cette Sonia a gagné, par son parcours atypique et la prestation intense de son actrice principale, une place de choix parmis les héroïnes cinématographiques de 2010!

Réalisé par Giussepe Capotondi. Ecrit par Alessandro Fabbri, Ludovica Rampoldi, Stefano Sardo. Photo: Tat Radcliffe. Musique: Pasquale Catalano. Avec: Kseniya Rappoport, Filippo Timi, Giorgio Collangeli, Antonia Trupo... format 2:35:1 - 95 minutes. DANS LES SALLES DEPUIS LE 4 AOUT 2010.





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