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Gérard Damiano - Devil in Miss Jones (DVD)

Sorties DVD
Posté par Bruno Piszorowicz le 2010-04-13



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S’il était question de quizzer l’histoire du cinéma pornographique gageons que Deep Throat viendrait en tête des suffrages et que ce Devil in Miss Jones serait tout juste derrière (quoique les Visiteuses ou Matrique aient leur mot à dire côté français). Ces deux films ont pour démiurge le même homme, Gérard "Gégé" Damiano, tout en poils de torse et chemises à rayures, tout en œil mutin et caméra baladeuse. Le succès de l’un (Deep Throat, Gorge Profonde pour nos amis provinciaux, film qui a tellement cartonné que son titre fut utilisé par Robert Redford et Dustin Hoffman (ou bien Carl Bernstein et Bob Woodward on ne sait plus) comme pseudo pour leur informateur secret, c’est dire) a d’ailleurs amené l’ébauche de l’autre, Damiano poussant ici le bouchon-sextoy encore plus loin dans la psychologie et la dramaturgie. Car si l’histoire a retenu Gorge profonde comme film porno le plus célèbre et le plus célébré de tous les temps il va sans dire que c’est ce Devil in Miss Jones qui, sans conteste, lui prend la place de perle n°1 du genre. (avec Derrière la Porte Verte dans le rôle du médaillé d'argent).  

Devil in Miss Jones c’est un peu pour les films pornographiques l’équivalent de la reconnaissance de la responsabilité de l’Etat français dans les exactions commises sous l’Occupation pour les septennats de Jacques Chirac (avec éventuellement la reprise des essais nucléaires dans le rôle de Deep Throat), le truc à mettre en avant pour cacher une forêt souvent quelconque (mais pas toujours, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit). C’est pourquoi nous sommes grés à Wild Side de sortir entre autres titres cette pièce de choix de l’industrie pornographique, ce récit picaresque de Justine Jones, suicidée refoulée qui se retrouve de retour sur terre pour gouter à tout, elle veut gouter à tout, avant qu’elle s’en aille à nouveau, de la vie faire ripaille, avant qu'elle s'en aille. Impressionnante Georgina Spelvin, inoubliable Georgina qui porte le film sur ses épaules, ses fesses aussi, avec brio et classe, autant que faire ce peu.
 

Cum on you crazy diamond

Le film partait pourtant de loin, une pornstar au nom de Georgina cela faisait peut-être son petit effet du côté de l’Iowa mais de ce côté-ci de l’Atlantique le rendu patronymique était moyen (en même temps Brigitte hein !). Le film part de loin aussi car il s’avère, comme nombre de films de l’époque finalement, chiche en scènes pornographiques, celles-ci s’intégrant avec bonheur et logique dans un récit presque Bergmanien (Scènes de vit conjugal ?). Un golden age of X ici à son zénith.
 
Le fait le plus étonnant est qu’en regardant à nouveau cette pièce de choix du cinéma pornographique on se rend compte combien elle préfigure une pierre angulaire d’un autre genre d’expression artistique, j’ai nommé l’art musical et je veux ici parler du mythique The Wall de Pink Floyd.

Je vous l’accorde, les points d’achoppement entre Devil in Miss Jones et The Wall ne sautent ni aux yeux ni aux oreilles de prime abord : Du cul américain version pilosité (que celle-ci soit côté moustache ou non) d’un côté et un concept-album d’obédience progressive de l’autre, version pilosité aussi (capillairement et moustache itou). Il est vrai également qu’en associant Pink Floyd et la pornographie on pense davantage à deux ou trois attouchements au ralenti qu’à un gangbang urbain et permanenté.
 
Et pourtant.
 
Et pourtant combien de points de frottements et combien de stimuli en effet entre le film de Gérard Damiano et l’œuvre musicale de Pink Floyd ?
 
Hein ?
 
Jugez plutôt.
 
L’histoire déjà, saisissant raccourci de deux corps malades, l’un, Pink, oppressé dés son plus jeune âge et l’autre, Justine Jones, qui ne trouve que dans le suicide la solution à ces tourments. Ces deux être qui à force d’intérioriser toutes leurs émotions ont fini par prendre congé de ce monde, de ses plaisirs comme de ses caresses. Ce mur imaginaire d’un côté, ce prévôt moustachu de l’autre, ce hachoir qui s’immisce en Pink comme un couteau chauffé dans du cervelas mou du côté des londoniens, ce sextoy qui s’immisce en Justine comme un couteau chauffé dans du beurre mou côté Californie. Le recours à l’imaginaire pour lui, la seconde chance (fortement) sexuée pour elle, deux voies de secours et d’oubli pour deux cœurs malades. Pink devient une rock star et s’isole en guise d'invitation au voyage immobile, Miss Jones devient une cock-star et se love dans le stupre, le non-calme et la volupté.
 
Roger Waters et The Wall comme le dernier râle de Justine Jones, il fallait le remarquer, il fallait surtout le dire.
 
Le titre enfin, « The Hole » aurait très bien pu faire l’affaire du côté de Damiano, tant Justine pénètre dans un monde flottant et turgescent au même moment où différents objets ou excroissances de chair s’immiscent au fondement même de sa personne.
 
Les titres des chansons aussi, sinon. "In the flesh" (bah tiens, my ass on the commode aussi ?), “The thin ice” (le coup du glaçon sur le nombril et ce bien avant Kim Basinger et Mickey Rourke), "Young Lust" (Georgina en reine de promo), la trilogie bien connue évidemment et surtout  : Another dick in the hole part 1 (« All in all it was just a dick in the hole ») part 2 (« No dark attack in the backroom ») et la part 3 finale (« We don’t need no masturbation »). Que de proximité et de frottis entre Miss Jones et The Wall !
 
Au-delà des titres c’est aussi la thématique de certaines chansons qui reprend certaines scènes du film ainsi "Confortably Numb" qui rend compte du complet isolement du main character de l’intrigue et ce docteur qui vient d’un côté faire une piqure pour que Pink s’en ailler rocker la foule (quand on connait le sens littéral du verbe « Rock » en plus !) tandis qu’un estimé confrère de l’autre (Harry Reems, le deep throaté du film du même nom, toujours dans les bons coups celui-là) s’affaire autour de Justine et la pique aussi pour qu’elle rocke la foule à son tour. Pareille évocation autour de « Outside the hole » qui rend compte de la volonté de Pink de mettre fin à son cloisonnement et qui rappelle en un émouvant écho le combat de Justine Jones pour mettre un peu de sel à sa soupe tiède des sens.
 
Saisissant rapprochement donc entre ces deux œuvres majeures de la culture populaire contemporaine, si majeure d’ailleurs qu’il y a énormément de fans à s’être paluchés sur l’une comme sur l’autre.
 


Faîtes Aaaaah !

 
L’édition proposée par Wild Side présente le film en version anglaise uniquement. Notons pour terminer qu’un très intéressant portrait de Gerard Damiano fait figure de bonus, l’occasion de voir célébrer son talent par la plupart de ses acteurs et actrices (bonjour à Sharon Mitchell en passant)



 


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