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Georges Roy Hill - "Abattoir 5"(ressortie salle)
Sorties salles
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Nos fidèles lecteurs le savent, nous aimons vous faire découvrir des cinématographies mésestimées ou oubliées. Il en va ainsi de certains films un peu trop visionnaires, un peu trop décalés, qui ne s’apprécient qu’avec le temps… « Abattoir 5 » fait partie de ceux-là, l’enchevêtrement entre onirisme et réalité répercutant un ton burlesque proche de la série B, genre plutôt mal perçu à l’époque de sa sortie en 1972. ![]() Métaphore visuelle de la Grande Guerre, allégorie fantasmée des ponts entre celle-ci et celle du Vietnam, entre la génération seventies d’alors et celles des générations à venir, George Roy Hill touche du doigt les univers inquiétants de Philippes K Dick et convoque des démons hallucinogènes pour nous plonger dans une descente sous hypnose, aux tréfonds du cauchemar américain : La vie de Billy Pélerin est une saga dont les épisodes se recomposent sous nos yeux, ‘écrivain-acteur’ d’une autobiographie mélangeant bribes de souvenirs meurtries, éclats d’une vie présente morne et effacée, et échappées lyriques vers un ailleurs plus supportable. Fusion entre Candide et Don Quichotte, notre jeune héros, incarné avec une facétie impitoyable par l’excellent Michael Sacks, est poursuivi par un destin qui s’acharne à le maltraiter sans jamais le faire succomber à mort, comme pour mieux prolonger son supplice… ![]() Le tambour de Günter Grass n’est pas loin dans cette transe un peu démente qui retranscrit les effets de la guerre sur les hommes. Basé sur le livre éponyme de Kurt Vonnegut Jr, remarquable par sa construction narrative impressionniste, le film avait reçu un accueil mitigé à sa sortie. Pourtant la fidélité de l’adaptation à ce livre morcelé est en soi une première réussite. La distance vertigineuse entre le théâtre et son spectateur est également assez peu commune au cinéma, qui préfère de loin forcer l’identification du public à un héros attractif. George Roy Hill nous éloigne au contraire des archétypes habituels en nous dévoilant le personnage principal sous son aspect le plus risible. Ce bouc émissaire à l’optimisme béat supporte les bizutages dont il est régulièrement victime avec un flegme et une bonhomie qui rendent le spectateur complice des exactions commises à son encontre. « Abattoir 5 » est un film résolument avant-gardiste et audacieux, qui surprend dans le meilleur sens du terme : Il nous réveille, brise la routine et adopte un point de vue unique sur les événements du monde. Sa véritable originalité réside dans l’approche des différentes périodes spatio-temporelles du récit. Il n’y a pas ici de Flash Back, mais des « sauts » à travers le temps. Billy Pélerin a en effet la capacité de se transporter aux travers des différentes périodes de sa vie. Le problème, c’est qu’il ne sait jamais quand cela va lui arriver. Il passe donc sans ménagement du divan douillet de sa maîtresse imaginaire à la boue des tranchées allemandes, pour être ensuite propulsé dans sa maison familiale, aux Etats-Unis, au côté de son épouse obèse et délirante. ![]() L’inadéquation sociale de notre héros est retranscrite telle quelle, abrupte, la métaphore rejoignant la transcription littérale dans l’histoire et à l’image grâce au décalage du montage et des situations. Cette sensation un peu vertigineuse rend notre personnage attachant. Comme lui, on finit par ne plus distinguer le vrai du faux, le possible du fantasque. Entre la planète Trafalgar où réside la belle Montana Wildhack (Valérie Perrine, très convaincante en star du porno reconvertie en épouse parfaite par l’esprit débridé de Billy) et les couloirs de Dresde où rôde l’impitoyable Paul Lazzaro ( Ron Leibman), toute trace tangible de réalité semble être belle et bien effacée.
Véritable film d’anticipation, le scénario raconte pourtant une vie on ne peut plus réelle, celle de Kurt Vonnegut Jr. Mobilisé pendant la seconde guerre mondiale. Fait prisonnier dans les Ardennes par les allemands, il sera l’un des sept survivants américains du carnage de Dresde en février 1945 (qui fit plus de 35 000 morts). Réfugié ensuite dans un abattoir (Slaughterhouse 5), il dut s’occuper de transporter les corps des victimes jusqu’à la fosse commune. Cette expérience hors norme traumatisa Vonnegut et affecta sa perception du réel, imprégnant ses romans comme un peintre son tableau : par couches successives. Roy Hill en fait un film décalé et intense, hors norme lui aussi, où le malaise se diffuse progressivement, appelant un besoin d’échappée salvatrice vers des univers enjolivés. Une réalité surtout qui rend toutes les autres atonales et superficielles. L’ageusie visuelle est ici incroyablement bien amenée et accouche d'un film majeur, à revoir. ![]() RESORTIE SALLE LE 8 SEPTEMBRE 2010 Retrouvez d'autres articles sur Georges Roy Hill : Concours Culturopoing/Opening : des dvd "Abattoir 5" à gagner
Commentaires
De : silverparticule Attention la grande guerre c'est la guerre 14/18, ici il s'agit de la seconde guerre mondiale! film sublime! http://silverparticules.blogspot.com/2011/02/slaughterhouse-5-abattoir-5.html De : noodles agueusie ! De : noodles bel et bien ! De : noodles qui rendent! De : noodles soulignons pendant qu'on y est la participation ex-cep- tion-nelle du pianiste canadien glenn gould, qui a quand même bossé plusieurs semaines sur le film, et pas vraiment pour y faire de la figuration ou apporter les cafés..... c'était bien avant que lecter le cannibale s'infuse Les variations Goldberg en bo de ses carnages Insérer un commentaire : |
