Certes, Hunger Games aurait pu être magistral il n’est qu’agréable. Quelque peu anonyme, sa réalisation fait évidemment regretter qu’un Alfonso Cuaron ne s’y soit pas collé, le résultat perdant vraisemblablement en neutralité visuelle ce qu'il aurait gagné en lyrisme et en rythme. Pourtant, sa sobriété, sa manière d'imposer une certaine nonchalance à l'heure où l'ensemble des blockbusters effrénés démarrent sur des chapeaux de roue pour une action non-stop font plutôt plaisir à voir. Au jeu des comparaisons et des similitudes, l’adaptation de l’excellente trilogie de Suzanne Collins risque de partir perdante face à un Battle Royale à l'argument très proche, mais rentre-dedans et rageur là où Hunger Games est presque doux et sentimental.
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De fait, l’erreur serait de considérer qu’Hunger Games s'adresse au même public que le film de Fukazaku, opérant sans second degré, là ou Battle royale stigmatisait avec une ironie noire et dévastatrice une société au bord du gouffre ayant donné naissance à des bêtes sauvages, le choix étant de dévorer l'autre ou d'être mangé. Car qui sont ces lecteurs, ces spectateurs ou ces héros d'Hunger Games, suivant les mésaventures de la jeune Katniss Everdeen, choisie pour participer à un jeu mortel dans lequel les ados jetés dans la nature doivent s'entretuer ? Des romantiques, des fleurs bleues écrasée par l’époque, avec des idéaux candides tout simplement. Au même titre que les romans, Hunger Games est destiné aux « young adults » – la même tranche d’âge que Twillight par exemple. Le public adolescent existe, il ne faut pas le négliger et savoir également écrire, filmer des œuvres qui leur parlent, ce que parvient à faire un Hunger Games sans doute trop consensuel dans cette attention à ne pas trop les heurter, mais toujours soucieux de respecter leur sensibilité et leurs préoccupations : épreuves, hésitations et rivalités amoureuses, trahisons, luttes, espoirs et dilemmes moraux qui s’imposent à eux. Cette absence de cynisme, cette foi irrépressible qui pourrait être perçue comme purement consensuelle, participe à une œuvre attachante, presque surannée, en retrait par rapport à notre époque. On souhaiterait un Hunger Games probablement plus méchant, subversif, à la violence moins édulcorée, l'illustration de la barbarie y étant plutôt inoffensive et peu dérangeante, mais, à travers ses héros perce l'instantané d’une jeunesse désenchantée, pleine de tristesse, portrait de gamins poussés sans comprendre pourquoi au cœur de la violence, et apprenant à contrer leur moi profond, à se déchiqueter pour survivre.

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On sait que l’idée d’Hunger Games est venue à Suzanne Collins lorsque, zappant à la télévivion, les images de guerre à travers le monde et celle de téléréalité se confondirent au point de ne faire qu’unes : dictatures des images dont le lustre apparent recèle sa grossièreté et sa bestialité. Une fois le voile de la science-fiction levé, c’est nos sociétés modernes que nous lisons en permanence à travers Hunger Games, avec toute l'indécence de ses jeux télévisés dont l'apparence inoffensive dissimule l'extrême violence, la création de nouvelles stars, de nouvelles idoles à aduler auxquelles s'identifier étant dominée par la compétitivité, l'écrasement de l'autre. L'opulence visuelle flattant les plus bas instincts du spectateur pour mieux l'asservir et le vampiriser, que ce soit dans le suspense d’une tuerie ou la narration des tragédies individuelles. L’esthétique futuriste est toc et kitsch mais fidèle au strass de notre époque, au grand spectacle télévisé érigeant le mauvais goût et la laideur en règle d'or. La société du spectacle de Collins est bien la nôtre, où sévit la dictature du sourire aux dents blanches qui prévient des nouvelles victimes. La violence y est érigée en spectacle de cirque tel un rituel désacralisé en loisir. A ce titre, la première scène en dit assez long sur ces pouvoirs qui installent leur durabilité grâce à la peur et la séduction, dévoilant un univers concentrationnaire aux forts relents de 3e Reich. Hunger Games est donc particulièrement intéressant par la mélancolie qu'elle emprunte à l’époque et aux tourments des jeunes générations. La formidable Jennifer Lawrence traduit parfaitement ce combat du désespoir et de l'esprit de lutte, prolongeant son rôle bouleversant de Winter's Bone, rageuse et mutique : combattre... juste pour respirer.
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3h de bonus ! Au-delà de l’habituel matériel promotionnel, plusieurs attirent l’attention, en particulier le retour sur le succès du livre de Suzanne Collins et ses sources d’inspiration, un entretien avec Donald Sutherland qui relit la longue lettre qu’il écrivit au cinéaste suite à l’enthousiasme que suscita le script. C’était pour lui presque une obligation politique que d’incarner ce diabolique meneur de jeu qui selon lui se fait le miroir de toutes bureaucraties au pouvoir. Difficile de faire plus complet au niveau des suppléments, même s’ils sont souvent anodins et peu analytiques.
Hunger Games (USA, 2012) de Gary Ross avec Jennifer Lawrence, Josh Hutcherson, Liam Hemsworth, Donald Sutherland, Woody Harrelson - dvd et blu ray édités par Metropolitan Vidéo