« Je connais le destin D'un cinéma de quartier Il finira en garage En building supermarché … »
Nous sommes beaucoup à avoir eu ce pincement au cœur à la fermeture d'une de nos salles préférées…Comme si l'on nous privait d'une de nos meilleures amies, avec qui nous avions partagé nos premiers émois, et éprouvé surprise, angoisse, et plaisir. Le film de Gaël Mocaër suit pendant une année le travail d'un petit cinéma d’art et d’essai à Bayonne : L’Atalante.
Il s'interroge sur la préservation de ces lieux : Comment conserver son rôle de passeur d'émotions face à la concurrence des "industriels" de l'exploitation"? Ramuntxo Garbisu est le directeur plus que chevronné de l'Atalante. En quatorze ans, il a remis sur pied un cinéma au bord du gouffre. Muni d'un culot incroyable, d'une passion inextinguible et d'une gouaille intarissable, il devient le porte parole d'un secteur en détresse. Mais le sentiment de vacuité s'insinue lentement, le courage d'un homme contre les multiplexes décomplexés semble mis à mal. Ramuntxo a quitté son poste depuis la fin du film, pour laisser la chance à un autre passionné de soutenir ce cinéma minoritaire. Mais son constat est amer : Les films ne se découvrent plus, ils se consomment. Ainsi on ne rentre plus dans une salle de cinéma pour être surpris mais pour se divertir. L'ouvreuse est remplacée par une machine à pop-corn, et le bruit des mâchoires remplace désormais la bande son.

Un sujet plus grave qu’il n’y paraît, qui parle de vie humaine, des professions en voie de disparition, mais aussi d’un accès à une autre culture, d’un processus de déliquescence de la démocratie passant par une offre de contenu unifiée. Ramuntxo lui s'accroche à cette bulle hors du temps que devrait être le cinéma. Une bulle où l'on se rencontre autour d'un bar, où l'on devient soit même un personnage de film.
Avec plus de 400 heures de rush, Gaël Mocaër disparaît totalement au profit de ces personnages singuliers qui animent l'Atalante : Jean-Georges Vallès, projectionniste, amateur de miniatures, cliché en négatif de son directeur, homme discret et fidèle. Muriel Toty, la tavernière, cigarette au bec, les manières un peu rustres, cachant là encore un attachement profond à cette association de passionnés. Borja San Martin, petite boule de nerfs, catalan décalogué, des idées plein la tête et des bêtises à foison dans sa besace…Avec la plus mauvaise volonté du monde, vous ne pourrez pas ne pas rire avec ce personnage haut en couleur.
Un documentaire sympathique et utile, qui vous impliquera dans une histoire du quotidien, où les images vous sembleront familières, comme sorties d'un album souvenir. Un petit paradis de cinéma, traversé par une camionnette rose…
Sortie en salle le 29 avril 2009