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Festival Fantasia de Montréal - part I : du 8 au 10 juillet

Dossiers/Hommages
Posté par Sabine Garcia le 2010-07-15



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Une édition sans précédent
 
            Pour sa 14ème édition, le Festival International de Films Fantasia, ancré dans la superbe Montréal, prend une ampleur absolument inédite, et marque le franchissement d'une étape dans l'histoire du plus important festival de films de genre d'Amérique du Nord. Avec plus de 300 films, dont près de 140 longs-métrages, des projections à la dimension toujours plus événementielle (l'édition 2009 s'était offert le luxe de l'avant-première nord-américaine de Inglorious Basterds en présence d'Eli Roth), mais aussi une sélection toujours aussi rigoureuse voire risquée, fréquentant sur un pied d'égalité les nanars et bisseries les plus improbables, Fantasia est lentement en train de devenir l'un des plus incontournables festivals canadiens. Une reconnaissance médiatique et institutionnelle (plusieurs organismes publics locaux, dont le Ministère des Affaires municipales, ont considérablement gonflé les subventions accordées à l'événement) pleinement justifiée, qui ne fait que suivre l'enthousiasme et la fidélité jamais démentie d'un public passionné et vigoureux.
 
            Plus encore que les années précédentes, l'édition 2010 s'annonçait de fait méchamment alléchante. Au programme, des hommages rendus à trois très grandes personnalités du cinéma de genre. Honneur à l'aîné tout d'abord, avec la double projection de Herschell Gordon Lewis – The Godfather of Gore et de Blood Feast, couramment présenté comme le premier film gore de l'Histoire, en compagnie du fringant H. G. Lewis en chair et en os, octoénaire et toujours bon pied bon œil. Les âmes nostalgiques seront elles émues par la présence du réalisateur Don Bluth et de son producteur Gary Goldman, créateurs des inoubliables Brisby, Fievel et autres Charlie, qui seront honorés pour l'ensemble de leur carrière. Ce qui donnera l'occasion de revoir Le Petit dinosaure et la vallée des merveilles en écrasant une larme nostalgique du coin de l'œil. Enfin, et c'est probablement l'un des plus grands coups d'éclat de cette édition haute en couleurs, Fantasia accueillera nul autre que le grand Ken Russell pour une présentation de The Devils s'annonçant tout simplement inoubliable. Une présentation qui sera accompagnée d'une programmation parallèle spéciale de la part de la Cinémathèque Québécoise, qui proposera plusieurs chefs-d'œuvre du maître (Valentino, Women in love, Crimes of Passion..).
 
            Mais le coup de maître de cette 14ème édition restera sans aucun doute la projection de la version presque intégrale du Métropolis de Fritz lang, dans une copie restaurée de la nouvelle version remontée à partir des bobines récemment retrouvées et assemblées de l'une des œuvres les plus importantes et plus influentes du cinéma européen du XXème siècle. Métropolis sera projeté dans l'une des plus belles salles de spectacle de Montréal, Place des Arts, accompagné par une orchestration originale de Gabriel Thibaudeau, compositeur, chef d'orchestre et pianiste attitré de la Cinémathèque Québécoise.
 


Ouverture en demie-teinte – 8 juillet
 
            On sera francs : l'ouverture de Fantasia fut une énorme déception. Impossible de concevoir comment l'équipe de programmateurs a bien pu sélectionner une cochonnerie telle que L'Apprenti Sorcierde Jon Turteltaub(sortie le 11 août en France) pour lancer les hostilités, la présence au casting du montréalais (et talentueux) Jay Baruchel n'expliquant pas tout. Ce dernier, présent durant la projection, apparemment lui-même passablement embarrassé par la stupidité de ce produit sans saveur, en profitera cependant pour lancer une belle déclaration d'amour au festival et au public. Pour le reste, on soupçonnera un joli accord financier avec Disney, et l'on s'empressera d'oublier cette pathétique aventure.
 
            Le véritable lancement se fit donc plus tard dans la soirée avec le réjouissant Ip Man 2(dont le premier opus avait ouvert l'édition 2009), comédie d'arts martiaux de Wilwon Yip (SPL) mettant en vedette l'impeccable duo Donnie Yen / Sammo Hung. Ip Man 2 reprend exactement là où nous avait laissé le dernier épisode : Ip Man (Donnie Yen) ayant fui avec femme enceinte et enfant se réfugie à Hong Kong, où il compte bien vivre de manière honnête en devenant maître de Wing Chung. Mais Maître Hung (Sammo Hung en personne !), qui règne en despote sur les cercles de cours d'arts martiaux de la ville, n'entend pas laisser ce nouveau venu s'installer librement sous son nez. Divertissement agréable et bien ficelé à défaut d'être original ou subtile, Ip Man 2 a régalé l'assemblée, toujours prompte à l'enflammement, de la grande salle du Hall Concordia. Une scène finale en forme de clin d'œil/coup de coude facile – mais efficace – fera s'achever la soirée dans la bonne humeur. Il était temps : nous voilà enfin lancés !



Sous le signe du gore – 9 juillet
          
            Après une ouverture mollassonne, la deuxième journée du festival a enfin rejoint le niveau des attentes placées en elles. Un seul nom : Herschell Gordon Lewis. Le vétéran légendaire avait fait le déplacement jusqu'à Montréal pour assister à la projection d'un documentaire sur son auguste carrière (Herschell Gordon Lewis – The Godfather of Gore) et de son film le plus emblématique : Blood Feast. Les chanceux (dont votre humble servante ne faisait pas partie...) ayant pu assister à la projection vont manifestement s'en souvenir longtemps.
 
            Longtemps spécialisé dans l'exportation de la cinéphilie extrême orientale, Fantasia propose chaque année une sélection de cinéma asiatique éclectique, du blockbuster acclamé (comme Ip Man 2, qui a botté les fesses de ce lourdaud de Iron Man 2 au box office hongkongais) jusqu'à la pépite la plus loufoque (le... difficilement qualifiable Mutant Girls Squad). Dans la catégorie char d'assaut du box office, le superbe Secret Reunion de Jang Hun – qui en est seulement à son deuxième essai après un Rough Cut primé l'an dernier à Fanstasia – est d'ores et déjà l'un de mes coups de cœur pour cette édition. Interprété par le toujours impressionnant Song Kang-ho (The Host, Thirst, Memories of Murder, Secret Sunshine...), ce polar d'une intelligence et d'une efficacité redoutables s'intéresse à l'étrange duo formé par un ancien agent des services secrets sud-coréens et un ex-espion nord-coréen. Débutant comme un très traditionnel film policier, Secret Reunion s'élève au-dessus de bien des comparaisons grâce à une écriture très fine et un portrait subtile et sincère de la rencontre improbable entre deux hommes que tout oppose. Les amateurs d'action pure et dure resteront sans doute un peu sur leur faim (deux gun fights et une seule vraie baston en tout et pour tout), mais nul doute que la tournure émouvante des événements, ainsi que la force et la justesse d'un climax final absolument remarquable parviendront à remporter bien des suffrages. Un bien beau coup de maître !
           

 
            Ce vendredi soir marquait également une grande première pour Fantasia, avec l'ouverture d'une toute nouvelle section nommée « Camera Lucida », destinée à faire le point sur la situation actuelle du cinéma de genre en proposant des œuvres se jouant des codes établis. C'est sous cette bannière que fut présenté le fameux Rubber du français Quentin Dupieux, en présence du désormais célèbre pneu serial killer (si si). OVNI complètement déjanté à l'auto-dérision revendiquée, Rubber met donc en scène un pneu de voiture prenant vie et se découvrant le pouvoir de rejouer à volonté la scène d'explosion de boîte crânienne de Scanners, avant de tomber éperdument amoureux de l'envoutante Roxane Mesquida qui passait par là, fort peu vêtue comme à l'accoutumé. S'ensuivront 1h30 de meurtre gores et gratuits, d'humour non-sensique jouissif, d'absurdités étourdissantes et d'étendues désertiques cinégéniques à souhait. Un hommage à la série B hilarant, ne se prenant pas au sérieux et assumant sa futilité : que demander de plus ? Peut-être un rythme plus soutenu (la fin s'étire inutilement) et plus de maîtrise dans le cadrage. Dupieux ayant tourné avec un appareil photo réflexe (!), son film souffre d'un manque de profondeur de champ très préjudiciable à l'exploitation de son décor (le désert semble du coup bien minuscule). Des détails qui ne nuisent cependant en rien au plaisir ressenti devant cet hymne au « no reason »... dont l'on se demande bien comment diable il va bien pouvoir trouver son public en salles. Le distributeur décontenancé n'a d'ailleurs pas encore annoncé de date de sortie française.
           
 
Des serbes couillus – 10 juillet
 
            Passons poliment sur le tout mignon mais chiantissime Mai Mai Miracle, anime japonais pavé de bonnes intentions et remède parfait aux insomnies festivalières, pour nous intéresser au britannique Down Terrasse. Premier long-métragede Ben Wheatley, cette œuvre atypique avait été annoncée comme un croisement entre Mike Leigh, les frères Coen et un slasher sanglant. Et force est d'admettre que cette aberrante promesse fut tenue. Prenant place au sein d'un foyer familial pas spécialement douillet, Down Terrasse s'intéresse aux rapports plus que malsains entretenus par deux parents castrateurs avec leur fiston trentenaire, toujours logé chez papa et maman, et sa fiancée enceinte jusqu'aux dents. La particularité de cette famille nauséabonde ? On y est mafieux de père en fils, et les affectueux conseils maternels délivrés au fils ont bien souvent rapport avec la meilleure façon d'emballer un corps dans du plastique. Alternant scènes de repas familiaux tendus (grâce soit rendu au toujours hilarant accent cockney) et moments de boucheries terribles, Down Terrasse prend à revers tous les clichés possibles sur le sujet des films de gangsters en les asseyant dans un cadre Loachien crasseux à souhait. Une véritable découverte que l'on imagine facilement pouvoir trouver son chemin jusqu'aux salles françaises.
            Mais le vrai événement de la journée était le lancement d'une programmation toute spéciale, intitulée « Subersive Serbia », née de l'envie des programmateurs de faire découvrir ce cinéma ne sortant habituellement jamais de ses frontières, suite à la découverte quasiment coup sur coup cette année de plusieurs œuvres coup de poing récentes. C'est la première de ces œuvres qui ouvrait la marche ce soir, avec l'incroyable The Life and Death of a Porno Gang de Mladen Djordjevic (problème de cette sélection : impossible de retenir le moindre de ses noms imprononçables). Ce faux documentaire-journal de bord suit les traces de Marko, jeune cinéaste wannabe qui, ne parvenant à vivre de son art, va très vite se tourner vers le cinéma porno pour survivre. Mais là aussi le métier est rude. Marko va alors se voir proposer un deal juteux : truffer ses films de scènes de snuff, tournées par des acteurs consentants en échange de sommes considérables versées à leur famille. Le réalisateur et sa troupe déjantée vont alors s'enfoncer dans une spirale infernale et sans retour. Dire de The Life and Death of a Porno Gang qu'il est un « film choc » serait aller bien au-delà du raccourci facile. Certes, le film contient son lot de scènes extrêmement crues et dérangeantes, mais le propos ne se trouve ni dans les flaques de sang ni dans les chairs nues peuplant les scènes. Life and Death... est avant tout l'expression d'une incroyable souffrance, débordant de chaque image, et d'une tragique sincérité qui fait du film de Mladen Djordjevic bien plus qu'un shocker percutant, mais une voix gorgée de douleur que l'on devine représentative d'une génération, celle du réalisateur, de jeunes trentenaires à qui l'Histoire a refusé leur passé, leur avenir et jusqu'à leur espoir. « Subersive Serbia » s'annonce d'ores et déjà passionnante...
 



 
Le festival Fantasia a lieu du 8 au 28 juillet 2010.


Retrouvez d'autres articles sur Fantasia Montréal 2010 :

Festival Fantasia de Montréal - part II : du 11 au 13 juillet
Festival Fantasia de Montréal - part III : du 14 au 16 juillet
Festival Fantasia de Montréal - part IV : du 17 au 19 juillet
Festival Fantasia de Montréal - part V : du 20 au 24 juillet
Festival Fantasia de Montréal - part VI et fin : du 25 au 28 juillet


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