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Cinema

Festival Fantasia de Montréal - part VI et fin : du 25 au 28 juillet

Dossiers/Hommages
Posté par Sabine Garcia le 2010-08-09



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Home sweet home – 25 juillet
 
            Au beau milieu d'une sélection coréenne plutôt inégale (seuls Secret Reunion et – dans une moindre mesure – Possessed avaient jusqu'à présent réussi à tirer leur épingle du jeu), la découverte du charmant What is Not Romance ?, du trio Hong Eun-ji, Park Jae-ok et Soo Kyoung, fait office de plaisant rafraîchissement. Ce film d'animation au dessin particulièrement original, nous fait faire la connaissance du couple Hwang, quatre enfants, vingt-sept ans de mariage, et manifestement aucun bonheur conjugal. Regroupés autour d'un repas de famille improvisé, les deux époux vont partager avec leurs enfants les souvenirs de leur relation, alternant petites tragédies, échecs pathétiques et anecdotes peu glorieuses. Mais au fil du récit d'un quotidien tout sauf glamour, s'esquisse le portrait simple et attendrissant d'un couple amoureux malgré tout, malgré les défauts, les familles insupportables, le manque de communication et les vacances ratées. Avec un ton à mi-chemin entre la légèreté poétique et l'humour teinté d'un brin de tristesse What is Not Romance ? navigue entre la chronique familiale, les considérations sociales et culturelles et les réflexions sur l'amour et les relations sentimentales, tout en restant une comédie très agréable. Un joli film, touchant et intelligent, et dont l'esthétique naïve et gracieuse porte une grande partie de la réussite.
 
            Enchaînement logique impeccable avec le film du trio coréen, le japonais Sawako Decides de Yuya Ishii joue à sa manière sur le même registre, avec son humour un peu décalé et amer, et ses personnages s'autoproclamant normaux et sans rien de spécial. Des gens simples, avec des problèmes et des joies qui n'ont rien de grandiloquent, de tragique ou de puissant, juste des événements anecdotiques, mais dont la simplicité en fait aussi la pureté. La Sawako du titre est de ceux-là : une jeune fille sans particularités, alternant jobs sans intérêt et petits amis interchangeables dans un Tokyo morose où elle s'ennuie seule puisqu'elle a laissé sa famille en province. Bientôt rattrapée par son passé, Sawako va devoir retourner dans son village afin de s'occuper de son père malade, et sauver l'entreprise familiale d'empaquetage de palourdes d'eau douce. Bien rythmé, gentiment acerbe et sympathiquement anecdotique, Sawako Decides s'oublie à peu près aussi vite qu'il se voit, mais fait tout de même passer un très bon moment en douceur, ce qui est déjà ça de pris.
 
            Afin de rester poli et courtois, on se dispensera de parler de l'infect The Shrine, honteuse daubasse pondue par le responsable du très con Jack Brooks : Monster Slayer, et duquel on serait bien en peine de sauver quoi que ce soit. Pourquoi d'ailleurs perdre son temps à s'en souvenir, lorsque l'on a la chance de pouvoir assister au cours de la même soirée à l'impressionnant Dream Home de Pang Ho-Cheung, dont la comédie romantique Love in a Puff faisait également partie de la sélection 2010. Loin, très loin des badinages comiques de ce dernier – par ailleurs tourné en pleine post-production de Dream Home – ce shoker incroyablement violent et glacial suit les exactions meurtrières d'une jeune femme souhaitant acquérir l'appartement de ses rêves. Au-delà de ce prétexte faussement fallacieux, Dream Home est un superbe exemple de cet usage si typique du cinéma coréen et hong-kongais (et d'une certaine manière, japonais également) de construire un cinéma d'horreur directement inspiré par des réalités sociales ou politiques, sans même prendre la peine de passer par la métaphore. Le dramatique problème de l'immobilier, dans une Hong-Kong surpeuplée et offrant un visage aux inégalités de plus en plus marquées, s'incarne ainsi de la manière la plus crue et brutale imaginable, à travers une série de meurtres ressemblant à s'y méprendre à des exutoires profondément douloureux. Des meurtres à la brutalité savamment étudiée – on pense presque au giallo par endroits – usant d'un gore très clinique et d'un déferlement foncièrement gratuit et méchant de cruauté perverse et cathartique. Un film que l'on traverse dans la souffrance, pour en sortir lessivé, à bout de souffle et pétri d'angoisse : une réussite totale.
 

 
Le Bal de l'horreur – 26 juillet
 
            Dans la déjà longue liste des productions fauchées mais renversantes sorties de nulle part présentées cette année (on se souvient notamment de Neverlost de Chad Archibald, cf. Part V.), on retiendra certainement le très sympathique The Perfect Host, déjà présenté à Sundance 2010. Premier long-métrage de l'américain Nick Tomnay – en réalité le remake en version longue de son court-métrage The Host – ce thriller étonnant s'appuie sur un pitch relativement commun dans lequel un criminel s'introduit dans une résidence privée, pour s'apercevoir trop tard que son otage est bien plus dangereux que lui-même. Déjà vu, certes, mais l'intérêt du film réside avant tout dans la construction de personnages atypiques et – pour une fois – réellement intéressants et surprenants, servis de surcroit par une interprétation impeccable (incroyable David Hyde Pierce). Dommage cependant que Tomnay ait commis l'impair de trop de cinéastes voulant étirer un bon court-métrage en long, en ajoutant de manière totalement artificielle une intrique parallèle insignifiante aboutissant sur une seconde partie totalement inutile, et qui empêche le film de s'achever sur le très efficace retournement de situation clôturant la partie centrale. Une partie centrale qui aurait fort bien pu se suffire à elle-même et se constituer en film à part entière. Nick Tomnay pèche donc par excès de gourmandise, mais on lui sera tout de même gré d'être apparu sur nos écrans. On risque d'en reparler.
 
            Le néo-zélandais David Blyth est quant à lui loin d'être un débutant, puisque l'on trouve trace de ses obscures activités jusque dans les années 70. Récemment auteur de documentaires ne cachant rien de ses attirances pour le fétichisme (Transfigured Nights et Bound for Pleasure, tous deux présentés à Fantasia en 2008), Blyth revient à la fiction avec Wound, œuvre illustrée et nourrie par le latex, la domination et l'incapacité à tracer une frontière entre la souffrance et la jubilation. Wound se veut defait la mise en image du cauchemar éveillé vécu par Susan, jeune trentenaire on ne peut plus névrosée, qui noie le souvenir de son inceste dans la planification d'un parricide, et celui de la mort de sa fille dans des jeux sado-masochistes semblant être le seul moyen de lui faire encore ressentir quelque chose. Bientôt, jeux et fantasmes se fondront dans une même réalité déviante. Animé par une sensibilité palpable, Wound est parcouru de très belles idées, de moments à la beauté malsaine presque surnaturelle, mais ne décolle jamais réellement, nous laissant sur notre fin. Les beaux instants ne manquent pas, pas plus que les scènes frappantes par leur étrange beauté, mais il manque cruellement un liant, une cohérence, et peut-être un brin de scénario pour permettre à l'ensemble de s'élever au-delà de l'accumulation de visions hallucinées qu'il représente en l'état. Intéressant, mais pas abouti.
 
            Clôture en beauté d'une journée plutôt calme, l'australien The Loved Ones a totalement renversé son public plutôt assoupi, en lui donnant une mémorable paire de baffes. Ou devrait-on dire, un superbe décoché du genou dans les parties génitales, car oui messieurs, vous êtes les victimes désignées de la furie lâchée en liberté en ce soir de bal de promotion. Pas de Carrie en vue, mais une Barbie toute rose, dont les jouets préférés incluent des déguisements de princesse, des autocollants à paillettes, des couteaux et une perceuse. Lola (impressionnante, effrayante et hilarante Robin McLeavy), puisque c'est son nom, choisit chaque année son cavalier, lui fait une demande officielle pour la forme (la politesse, les manières, ces trucs de civilisés quoi), puis le kidnappe avec l'aide de papa pour faire joujou avec toute la nuit. Après tout c'est elle la reine du bal, et lui son roi, non ? Soyons directs, nous avons là en main l'une des meilleures comédies d'horreur vues depuis des années. Gore, poilante, sadique, généreuse et ne prenant jamais son spectateur pour un imbécile (le réalisateur Sean Byrne semble même compter sur une certaine culture de son public, sans pour autant lui donner de grand coups de coudes dans les côtes pour désigner ses références), The Loved Ones est un monument jouissif de méchanceté gratuite et assumée, moquant sans vergogne les douleurs adolescentes dont tout le monde, dans le fond, se contre-fout pas mal. On est beaucoup plus proche ici de Massacre à la tronçonneuse, pour sa famille de débiles congénitaux et son atmosphère malsaine et poisseuse, que des divers slashers eighties ayant exploité le filon des bals de fin d'année pour charcuter du boutonneux. Mais la comparaison s'arrête là où commence le talent de Sean Byrne, dont on est stupéfait d'apprendre qu'il s'agit là de son premier long-métrage. Ajoutons à cela que la popularité toute récente du bellâtre Xavier Samuel, apparu récemment au casting de Twilight 3, devrait faciliter la distribution en salles de cette belle bête. Dans mes bras Sean, tu es un bienfaiteur de l'humanité.
 
  
 
Gloire aux geeks – 27 juillet
 
            Malgré les protestations générales, Fantasia touche à sa fin, et l'on comptait sur le très attendu Scott Pilgrim Vs The World pour effacer le souvenir d'une ouverture en demie-teinte en offrant une clôture décente. Et le pari est officiellement réussi pour Edgar Wright, qui adapte avec brio une BD populaire dans laquelle un jeune bassiste doit combattre un à un les sept ex-petits amis maléfiques de sa nouvelle copine. On est certes loin du génie absolu (j'insiste) de Shaun of the Dead et encore moins de Hot Fuzz, mais cette comédie survoltée au rythme effréné remplit largement son contrat, et avec une générosité et une sincérité telles qu'on lui pardonne ses légers défauts. On regrettera donc – un peu – un scénario assez répétitif (certains des sept ex sont franchement redondants, voire inintéressants) et un déroulement narratif souffrant paradoxalement de son absence totale de temps morts, mais impossible de nier le plaisir pas même régressif à suivre ce vidéo clip coloré et rock'n roll, à la simplicité totalement revendiquée. Une humilité palpable, qui crée automatiquement un lien de connivence très agréable entre le public et le joyeux bordel observable à l'écran. Wright parvient de plus à rendre un bel hommage à la culture geek, non pas en se contentant d'aligner bêtement une poignée de références à Star Wars et à quelques jeux vidéo sortant de la bouche d'asociaux au nez gras, mais en rendant aux fanboys leur statut de connaisseurs passionnés qu'ils n'auraient jamais dû perdre. Un très beau moment, propice aux fous rires et à la bonne humeur. Ajoutons à cela un Michael Sera toujours aussi chou avec son look de gamin de 12 ans, une Alison Pill (Milk) survoltée, une Mary Elizabeth Winstead (Death Proof)adorable, un Kieran Culkin (frère de) absolument tordant, et tant d'autres encore, et l'on obtient sans peine l'un des plus efficaces remonteurs de moral de l'année.

 
 
  
            En deuxième partie de clôture, c'est le festif Tucker & Dale Vs Evil qui était chargé de baisser le rideau du festival. Amusant pastiche de survival forestier à mi-chemin entre Délivrance et Détour mortel, le film propulse comme toujours un groupe de jeunes citadins en vacances au fin fond de la campagne. Leur chemin croise celui de Tucker et Dale, deux rednecks locaux à l'allure patibulaire. À la fin, tous ou presque auront trouvé une fin douloureuse et sanglante sous les yeux du duo... qui n'y est strictement pour rien. Quand bien même l'objet ne casse pas trois pattes à un canard, ce premier film du californien Eli Craig (fiston de la belle Sally Field) était clairement le filon parfait pour boucler dans la joie un festival éreintant (trois semaines ! TROIS SEMAINES !), sans trop solliciter les cervelles endolories de festivaliers très demandés, mais à qui il restait encore à affronter le plus gros morceau du mois : la projection tant attendue de la version longue – ou presque – du Metropolis de Fritz Lang...
 
"Entre – 28 juillet le cerveau et les mainsle médiateur doit être le coeur"
 
            Que de chemin parcouru depuis 1996, lorsque Fantasia ne possédait qu'une unique salle de projection et ne diffusait que du cinéma japonais et hong-kongais, ainsi qu'une poignée d'animes. Qui aurait alors cru que quatorze ans plus tard, ce festival à l'ambiance bon enfant, majoritairement fréquenté par une bande de fanboys mal léchés, atteindrait un niveau de renommée telle qu'il arriverait à un événement de cette envergure : la présentation de la version retrouvée, et quasi-intégrale (seules cinq minutes manquent encore à l'appel) du Metropolis de Fritz Lang. C'est donc dans la superbe salle principale de la Place des Arts – près de 3 000 places dans un cadre somptueux – que s'est effectuée la première projection est-canadienne de la miraculeuse restauration du chef-d'œuvre de l'expressionnisme allemand, enfin visible en version quasiment intégrale grâce à la découverte en 2008 de bobines 16mm au Musée du cinéma de Buenos Aires contenant près de 25min inédites depuis 1927. Soit 1 257 plans, dont des séquences entières, à l'importance narrative si primordiale que l'on parvient difficilement à saisir quelle mouche à bien pu piquer les bouchers responsables des coupes originelles.
 
 

            Accompagnée d'une orchestration magistrale spécialement créée et dirigée pour l'occasion par l'une des plus grosses pointures locales (le chef d'orchestre Gabriel Thibaudeau, compositeur et pianiste attitré de la Cinémathèque Québécoise), l'œuvre de Fritz Lang, aisément l'un des films les plus importants de l'Histoire, a trouvé ce soir-là un écrin à la hauteur de son éclat et de sa puissance. Difficile de dire à quel point ce film pourtant si souvent vu et revu, en plus d'être cité à tour de bras par un siècle de générations d'artistes des horizons les plus divers et inconciliables, a pourtant brillé en cette nuit de juillet d'un éclat qu'on ne lui soupçonnait plus. Difficile aussi de retenir quelques larmes ici et là, devant la force foudroyante de certaines scènes dont la beauté dissimulée durant des années prenait enfin toute son ampleur sur grand écran, comme si les images explosaient enfin, et prenaient vie avec violence après des décennies de rage contenue dans cette cave en Argentine. Même la célèbre séquence de l'inondation souterraine, scène démentielle et démesurée qui reste encore à ce jour l'une des plus incroyables jamais tournée, semblait se dévoiler sous un jour nouveau. On ressort de l'événement littéralement écrasé, balbutiant, dévoré par ce que l'on vient de vivre, le cœur battant du doute de pouvoir un jour revivre un jour une expérience aussi intense. Merci Fantasia.


 
 
 
            Ainsi donc s'achèvent trois semaines à la richesse démesurée. Votre pauvre rédactrice éreintée s'excuse de ne pas avoir pu voir l'intégralité des 140 longs-métrages présentés (pas de place ni de temps pour Centurion, Doghouse, Théorie de la religion, Suck, Love in a Puff, et tant d'autres...) ni d'avoir pu assister aux diverses conférences proposées (« Adapter Lovecraft pour l'écran », « Préparer son premier long-métrage », « Au-delà de l'animation »...) ou d'avoir si peu fait honneur aux pourtant alléchantes et abondantes sélections de courts-métrages, mais promet de se rattraper l'an prochain. Si elle parvient à se remettre de son épuisement d'ici-là.
 
Remerciements : Simon Laperrière


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