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Festival Fantasia de Montréal - part V : du 20 au 24 juillet

Dossiers/Hommages
Posté par Sabine Garcia le 2010-08-02



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Drogues canadiennes et mal de crâne hongrois – 20 juillet
 
            Premier long-métrage du coréen Choi Jin-ho, The Executioner promettait un drame d'un grand intérêt, puisqu'il s'intéressait au quotidien de gardiens de prison confrontés à la réhabilitation de la peine de mort, dans un pays n'ayant pas connu d'exécution capitale depuis 1997. Hélas, Jin-ho ne parvient jamais à donner le moindre souffle à son scénario ou à ses personnages, sa mise en scène glaciale ne faisant que rester à la surface des événements et des ressentis. On assiste donc avec beaucoup d'ennui au déroulement de cette longue heure et demie semblant en durer trois, à peine soulevée par une scène centrale d'exécution très émouvante dont la réussite fait encore plus regretter la fadeur de l'ensemble.
 
            Pour se remettre de cette belle sieste, rien de mieux qu'un film d'arts martiaux thaïlandais follement con pour reprendre un peu du poil de la bête. Une mission largement remplie par ce monument de stupidité réjouissante appelé Raging Phoenix, dans lequel l'héroïne (« interprété » par la jolie Jeeja Yanin, dernière découverte en date de la team Ong Bak) botte le cul de gros méchants forcément ignobles grâce à son talent pour le « drunken muay thai », soit l'art de botter des culs dans un état d'alcoolémie avancée. Un n'importe quoi abyssal de presque deux heures, dans lequel il sera question de pourchasser des trafiquants utilisant des larmes de jeunes femmes pour en extraire des phéromones destinées à distiller un parfum dotant son détenteur de fortes capacités sexuelles (sic). Une question : que boit-on en Thaïlande pour imaginer des choses pareilles ?
 
            Préférant fuir La Meute de Frank Richard, dont la très mauvaise réputation ne fait qu'enfler depuis sa présentation à Cannes, les festivaliers les plus audacieux auront préféré se diriger vers une curiosité venue de l'Ontario. Neverlost, production fauchée et second long-métrage du réalisateur/producteur indépendant Chad Archibald, s'avère être une très belle surprise. Autour de l'histoire finalement banale d'un homme fuyant son triste quotidien dans les drogues, rejoignant ainsi une réalité parallèle dans laquelle il vit un bonheur parfait avec son amour de jeunesse, Archibald parvient à ajouter une touche que l'on devine très personnelle et donc bienvenue. Contrairement à ce que laissait entendre un flyer vendant un thriller noir et haletant dont on est bien en peine de retrouver la moindre trace dans cette œuvre touchante, Neverlost est une perle de douceur et d'émotion, filmée avec un mélange de grâce et de dureté contenue dosé avec talent. Un fragile numéro d'équilibriste dont on a bien du mal à croire qu'il a été effectué par un quasi-débutant avec un budget minable de 125 000$. Une carrière à suivre !
 
 
            

 
            Au rayon déception du jour, c'est le hongrois 1 de Pater Sparrow qui remporte la palme de l'arnaque fumiste. Armé d'un pitch incroyablement alléchant – tous les livres d'une librairie disparaissent soudainement, remplacés par des copies de 1, livre unique à l'auteur anonyme renfermant des statistiques qui vont bientôt provoquer une vague de suicides à l'échelle mondiale – ce premier long-métrage extrêmement ambitieux se plante dans les grandes largeurs en oubliant d'avoir un réel propos. Être absurde ne suffit pas lorsque l'on ne sait que faire de ses idées loufoques, et l'on finit par s'ennuyer ferme entre deux dauphins volants et une armée de poires jouant à cache-cache dans un hôpital psychiatrique, le tout noyé dans des filtres bleus bien moches. 1 ne va nulle part tout en faisant semblant d'avoir quelque chose d'intéressant à dire, alors qu'il ne fait qu'enfoncer son spectateur dans une mélasse arty prétentieuse. Pas étonnant donc que ce produit calibré pour les festivals à prétention intello écume actuellement les sélections internationales. Gonflant.


Des sushis, des pénis et un homme-escargot – 21-22 juillet
 
            La fatigue se faisant sentir, l'auteur de ces lignes s'est permis de ralentir son rythme de projections de manière drastique, afin de conserver à la fois sa santé mentale et un minimum d'état de concentration nécessaire pour faire honneur aux films restants. Et il fallait bien 24 heures de repos absolu pour pouvoir digérer l'effrayant Into Eternity, brillant documentaire du danois Michael Madsen (non, pas celui auquel vous pensez). Le réalisateur pose une question jusqu'à ce jour soigneusement évitée, tant ses réponses sont lourdes de conséquences. À savoir : qu'adviendra-t'il des déchets radioactifs, dont l'on estime que la dangerosité perdurera pendant près de 100 000 ans. Soit dix fois plus longtemps qu'aucune civilisation humaine n'a jamais duré, dans un avenir si lointain qu'il est impossible de savoir à quelle sorte de civilisation, voire d'espèce vivante, seront légués ces cadeaux mortellement empoisonnés. Dans le désespoir de trouver une solution « permanente », un regroupement de scientifiques a entamé en 2004, au fin fond dans une région finlandaise hautement inhospitalière, la construction du projet « Onkalo » : un bunker géant, enterré à près de cinq kilomètres sous terre, et destiné à renfermer d'ici les années 2100 une partie infime seulement des centaine de milliers de tonnes de déchets radioactifs dispersés à travers le monde. Mais une fois scellé, a priori pour toujours, comment être sûr que rien n'atteindra Onkalo, ou pire encore, qu'aucune intrusion n'aura lieu dans Onkalo ? Comment prévenir les générations futures de ne jamais pénétrer ce sanctuaire maudit, comme tant de civilisations par le passé ont tenté d'empêcher la profanation de leurs sites avec l'échec que l'on sait ? Quelle sorte de communication peut-on espérer avoir avec un futur si lointain que l'on ne puisse pas même être sûr qu'il s'agisse encore de générations humaines ? Vaut-il mieux condamner « Onkalo » à l'oubli absolu ? Tant de questions parmi tant d'autres, toutes aussi terrifiantes les unes que les autres, et traitées avec la lucidité et le recul suffisants pour permettre de mesurer la gravité de la situation, probablement la plus lourde de conséquences jamais provoquée par l'humanité. Conçu en forme de message au futur, Into Eternity n'accuse comme seul défaut qu'une présence à l'écran assez irritante d'un réalisateur adorant se montrer sous tous ses profils, mais dont le talent (et le culot) pour poser les questions les plus justes excuse bien des choses. En l'état, nous voilà haut la main devant l'un des plus sinistres films d'horreur jamais vu. Ou vécu.
 
            Une fois n'est pas coutume (mais l'on ne peut pas parler de tout), attardons-nous sur l'un des courts-métrages présentés en avant-programme, soit le superbe Heal du pakistanais Mian Adnan Ahmed. Un petit bijou de 24min prenant place dans un village afghan ravagé par la guerre, mais qui va bien au-delà d'un trop attendu portrait de générations détruites par le deuil. Sans jamais désigner de coupables, se renfermer sur son malheur ou faire démonstration de misère étalée, Heal préfère au contraire faire usage de poésie, de douceur et d'une touche de fantastique pour faire briller une lueur d'espoir au-dessus d'un pays souffrant, à travers le regard d'un petit garçon aux mains guérisseuses. Un superbe message d'optimisme, envers et contre tous les malheurs.
 
            On ne savait pas vraiment, en se dirigeant vers la projection de Symbol de Hitoshi Matsumoto, à quoi s'attendre exactement. Oh certes, on avait déjà entendu un grand nombre de légendes diverses et variées au sujet du film dans lequel un mec en pyjama se réveillait dans une pièce aux murs tapissés de pénis (!!!), et divers comptes-rendus égarés de festivaliers et critiques ne sachant par quel, heu, « bout » saisir cette chose inqualifiable avaient achevé de nous persuader que l'on pouvait tout craindre. À tout peut-être, mais certainement pas à ce condensé de substances illicites sur pellicule, monument épique de « What The Fuck ? » ultime, duquel je ne saurais pas plus que quiconque dire quoi que ce soit de constructif et d'éclairé. Sachez juste qu'un homme – le japonais en pyjama donc, accessoirement réalisateur, scénariste et acteur principal de la chose en question – appuie sur des quéquettes qui font « HA ! », que cela fait apparaître des sushis, des chaises longues ou encore des coureurs africains, que parallèlement à cela, un lutteur mexicain appelé « Escargot-Man » se prépare à prendre une raclée, et qu'à la fin, les cheveux du japonais auront poussé. Ah oui, et aussi que c'est du génie pur. À part ça, je prendrais volontiers l'adresse du dealer de Hitoshi Matsumoto, merci.
 
 
 

Parle à mon cul, ma tête est dans le tien – 23-24 juillet
 
             Réalisateur des très sympathiques Creep et Severance, Christopher Smith passe cette fois à la vitesse supérieure avec Black Death, film d'époque autrement plus ambitieux que ses précédents efforts, divertissements efficaces mais très inoffensifs. Situé dans une Angleterre moyenâgeuse ravagée par la peste noire, Black Death plonge Osmund, un tout jeune moine (le très bon Eddie Redmayne, découvert dans Raisons d'état et revu dans Elizabeth – l'âge d'or et Deux sœurs pour un roi) au cœur d'une cruelle chasse aux sorcières lancée par l'Église pour éradiquer le mal à sa source. Incorporé à l'équipe de mercenaires sans pitié menée par le terrible Ulric (Sean Bean, qui passe son temps à mourir au ralenti depuis Le Seigneur des Anneaux), Osmund va bientôt parvenir dans un village reculé, inexplicablement resté intouché de ce que l'on nomme la Punition Divine. La troupe en vient très vite à soupçonner les villageois de pratiquer la sorcellerie... Démarrant sur des chapeaux de roue (la première partie est absolument irréprochable), Black Death s'essouffle malheureusement très vite en cours de route. Très à l'aise dans un univers qui lui plaît apparemment énormément, et auquel il donne une noirceur et un cachet impressionnant avec une image sale et rugueuse à la profondeur étudiée, Christopher Smith donne pourtant lui-même le bâton pour se faire battre en s'enfonçant tête baissée dans un discours qui ne l'intéresse manifestement pas du tout. À savoir, une réflexion sur la foi et la religion qui semble le faire lui-même bailler d'ennui à peine les enjeux de la chose esquissés. Sujet de trop grande envergure ou simple fainéantise ? On serait tenté de choisir la seconde réponse, tant ce défaut paraît récurrent chez le réalisateur britannique, le scénario très faible de Dario Poloni (Wilderness, tout s'explique...) n'arrangeant pas les choses. Une déception de plus, mais l'on ne désespère pas que Smith nous ponde enfin une œuvre à la hauteur de son talent. Il serait peut-être temps d'ailleurs, après quatre longs-métrages.
 
            En matière de séances de minuit, deux choix s'offrent à un programmateur. Soit un film culte que tout le monde connaît par cœur, histoire que l'on puisse s'endormir dix ou quinze minutes et pouvoir tout de même suivre sans problème. Soit un film très stupide... histoire que l'on puisse s'endormir dix ou quinze minutes et pouvoir tout de même suivre sans problème. Dans le cas de The Human Centipede (First Sequence) du néerlandais Tom Six, probablement haut la main le plus gros buzz internet de l'année 2009, la question ne se pose même pas. Vous connaissez déjà le pitch, relayé partout sur la toile avec – selon les cas – effroi ou amusement : un chirurgien très atteint kidnappe quelques personnes pas du tout consentante (dont deux jeunes touristes américaines, parce que c'est toujours drôle d'enfoncer un scalpel là-dedans), dans le but de créer le plus long système digestif vivant. Pour ce faire, le savant fou a conçu un système imparable : coudre les lèvres d'un premier patient à l'anus d'un autre malheureux, dont la bouche est elle-même collée à l'arrière-train de son prédécesseur. Autant le dire tout de suite : le synopsis est beaucoup plus dégoûtant que le film, qui ne va jamais plus loin que son idée de départ. Point d'excréments suintant aux commissures des lèvres, ni de chirurgie-charcuterie, pas même la moindre once de nudité gratuite, The Human Centipede (First Sequence) est très surprenamment chaste (on ne dira pas suggestif, ce qui pourrait passer pour une idée de mise en scène...). Comme si Tom Six s'était lui-même effrayé avec son idée scatophile. Le spectateur en sera quitte pour une déception (on nous promet du caca : donnez-nous en !), même si l'objet se laisse regarder avec amusement. Pas sûr que l'on attende avec une franche impatience The Full Sequence, suite directe promise par le bricoleur du premier opus. Sauf si l'on nous donne le caca promis. Parce que ça changerait tout.
           



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