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Festival Fantasia de Montréal - part IV : du 17 au 19 juillet
Dossiers/Hommages
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Retour en enfance – 17 juillet Si l'événement de la journée était bien entendu l'avant-première tant attendue de Nevermore, An Evening With Edgar Allan Poe, les timides effrayés par la foule auront préféré assister à la représentation du lendemain, et s'occuper comme ils le pouvaient la veille. Et il y avait de quoi faire. À commencer par s'intéresser au premier effort de J. Blakeson, scénariste de The Descent 2, portant le nom de The Disappearance of Alice Creed. Le pitch, d'une grande simplicité, présente deux malfaiteurs, Danny (le délicieux Martin Compston, découvert dans Sweet Sixteen et revu dans Red Road et Doomsday) et Vic (Eddie Marsan, vu récemment dans Sherlock Holmes et dans le pouilleux Heartless), ayant kidnappé la jeune Alice Creed (l'étoile montante Gemma Arterton, révélée par RocknRolla, et ayant depuis joué les décorations dans Quantum of Solace, Prince of Persia et Clash of the Titans). Ils espèrent retirer une forte rançon de ce coup, puisque la jeune femme est fille de milliardaire. Mais bien entendu, sinon ça ne serait pas drôle, rien ne va se passer comme prévu. Souffrant de quelques balourdises, avant tout liées à un scénario reposant bien plus sur une accumulation de twists pas franchement nécessaires que sur de véritables idées ou rebondissements, The Disappearance of Alice Creed présente cependant un divertissement de qualité, plutôt agréable à suivre, et qui – même s'il provoque parfois les rires malgré lui – parvient à conserver l'attention du spectateur jusqu'au bout, ce qui n'est déjà pas si mal. Autre curiosité : Eve's Necklace de Daniel Erickson, second long-métrage depuis un premier essai daté de 1991 (!), et dont la particularité notable est de mettre en scène un casting entièrement composé de mannequins. Non pas de top modèles, mais bel et bien de mannequins de plastique destinés aux vitrines de magasins. Le plus intrigant dans cette idée loufoque résidant dans le choix que fait le réalisateur de prendre le parti du réalisme. Vous avez bien lu. Et effet, passé le premier quart d'heure d'adaptation aux situations quotidiennes, rendues forcément déconcertantes par l'étrangeté presque macabre de ces imperturbables visages à l'inexpressivité glaciale, force est de constater que l'on s'habitue particulièrement bien à ces personnages inhabituels. Au point d'être troublé par une scène de douche à la sensualité inattendue. Dommage cependant que le réalisateur ne pousse pas plus loin son jeu d'identification, et ne se contente par la suite que de filer une histoire policière sans grand intérêt, quoi que divertissante. Son joli concept s'apparente ainsi plus à un « truc » de mise en scène qu'à une véritable idée exploitée comme il se doit, qui aurait hissé son film au-delà de la simple curiosité amusante. Deux films babioles en définitive, dont le souvenir ne perdurera pas longtemps face à l'émotion provoquée le même jour par la présentation du Petit Dinosaure et la Vallée des merveilles, précédé du très rare court-métrage Banjo the Woodpile Cat, le tout en présence de ses créateurs : le vénérable Don Bluth et son compère le producteur Gary Goldman, qui recevaient à cette occasion un prix de carrière très applaudi. Après une projection très émouvante (souvenirs souvenirs...) malgré une salle honteusement seulement à moitié remplie, les deux hommes ont offert un très beau moment de partage au public, évoquant entre autres le travail avec Spielberg et Lucas, ou encore leurs réticences devant les films d'animation numériques. Et force est d'admettre que même les meilleurs des Pixar ne rivalisent qu'avec difficulté en émotion et beauté avec des chefs-d'œuvre tels que Charlie ou Bribsy et le secret de NIMH, du même Don Bluth. Un très beau moment, pour une touche de poésie appréciée entre deux films d'éviscération. ![]() Maman, j'ai passé la nuit avec Jeffrey Combs – 18 juillet Nous y voilà ! Après un film de super héros russe débile et rigolo (Black Lightning et sa voiture volante), et un honteux documentaire racoleur et voyeuriste au sujet d'une famille américaine massacrée par le tueur en série BTK (Feast of the Assumption : The Otero Family Murders), il était enfin temps d'honorer le rendez-vous donné par l'ami Jeffrey Combs. La seconde représentation de Nevermore, An Evening With Edgar Allan Poe se tenait au très classe Théâtre Rialto. Au programme : Jeffrey Combs, seul en scène durant une heure et demie, dans la peau d'un Edgar Allan Poe ivre de folie et de génie. Alternant évocations biographiques, réflexions sur la poésie, l'amour, le macabre, la littérature et bien sûr, lecture des plus beaux textes de Poe (beau frisson collectif dès les premiers vers de « The Raven »), Nevermore, écrit par Dennis Paoli et mis en scène par Stuart Gordon, est un renversant voyage dans l'esprit malade l'un des créateurs les plus influents de son siècle. Il semble ainsi logique que ce soit l'un des maîtres contemporains du cinéma d'horreur qui se soit chargé de rendre cet hommage de l'un des écrivains d'horreur les plus adaptés (Gordon ayant lui-même signé une adaptation du Chat Noir pour la série des « Masters of Horror »). Sobre mais juste, sa mise en scène effacée rend hommage à la beauté du texte de l'ami Paoli, et offre un écrin parfait à la puissance du jeu d'un Jeffrey Combs tout bonnement prodigieux. C'est bien simple : on n'avait encore jamais vu l'acteur dans un tel état de transe (et pourtant...)? Au sommet de son talent, Combs détruit pour la première fois tout souvenir de ses rôles précédents, tous interprétés brillamment, mais qui faisaient de chacune de ses performances un prolongement en forme de clin d'œil à ses premiers personnages créés avec Stuart Gordon. Admettant n'être jamais sorti de l'ombre de Herbert West, Jeffrey Combs s'offre enfin ses galons personnels de grand acteur, dépassant sa « simple » aura de figure culte du cinéma de genre grâce à cette incarnation inoubliable. Pour ceux qui en doutaient encore, Jeffrey Combs est grand monsieur. Pas moins. Que Les Diables l'emportent – 19 juillet Comme pour compenser les débuts en fanfare de la manifestation, les films anecdotiques se succèdent soudain dans l'indifférence la plus totale. Si les films chiants restent un moyen parfait de dormir tranquillement bercé par les ronflements de la salle, une après-midi entière à dormir en attendant l'événement de la soirée – le tant attendu hommage à Ken Russell – ne s'avère pas particulièrement agréable. C'est ainsi que se déroula entre deux bâillements le très caricatural Sortie 67, production locale et tentative largement ratée de film de gangsters à l'américaine située dans un quartier chaud de Montréal, qui ne doit très certainement sa sélection qu'à la politique de soutien des réalisateurs de la Belle Province. Un choix louable, mais qui fait parfois bien mal aux yeux. À sa suite, le poussif Written By de Wai Ka-fai (Fulltime Killer, Running on Karma, Mad Detective) tente péniblement de créer un univers dans lequel le monde réel et la fiction littéraire interagiraient, afin de rassembler un foyer brisé par un tragique accident de voiture ayant coûté la vie au père de famille. Hélas, un onirisme de pacotille, un scénario tournant en rond et des bons sentiments barbouillés à la truelle sur des plans qui n'avaient par ailleurs pas besoin de ça pour être hideux, achèvent de rendre l'ensemble tout bonnement insupportable. Un peu plus fréquentable, Saving Grace du canadien Chris Pickle s'engage dans le film de huis-clos. On y suit Grace, une jeune femme se réveillant dans un endroit inconnu quelques temps après avoir été admise d'urgence à l'hôpital suite à une overdose. L'homme qui l'a conduite là affirme l'avoir sauvée d'un bombardement terroriste ayant ravagé la ville et intoxiqué l'air. Affaiblie et se voyant refuser tout contact avec l'extérieur, Grace n'a d'autre choix que de se plier aux règles imposées par celui qui se présente comme son bienfaiteur. Plutôt bien ficelé et filmé avec un talent certain s'appuyant sur une très belle photographie, Saving Grace souffre pourtant du syndrome de la trop bonne idée, consistant à avoir un bon début, une bonne fin, et rien à mettre entre les deux. En l'état, le film de Chris Pickle ressemble bien plus à un excellent court-métrage gâché par 60 minutes de scènes additionnelles. Ce qui est plutôt embêtant. Fort heureusement, l'heure bénite finit enfin par sonner, et c'est dans une salle principale littéralement bondée que l'un des événements les plus prestigieux du festival s'est déroulé. Invité à recevoir un prix de carrière presque insignifiant tant son œuvre se suffit à elle-même, Ken Russell, 83 ans au compteur, a honoré de sa présence une foule totalement électrifiée, venue assister à une projection exceptionnelle des Diables, l'un des plus importants chefs-d'œuvre du maître. Une occasion unique de constater que cette merveille des années 70 n'a rien perdu de sa force brutale et de sa capacité à terrifier son audience. Représentant grandiose d'une décennie restant encore à ce jour la plus folle, audacieuse et violente ayant jamais marqué les écrans, Les Diables et son atmosphère de psychédélisme dégénéré et de folie hallucinée demeure l'une des œuvres ayant abordé avec le plus de puissance le thème de l'obscurantisme religieux, baignant dans un torrent de stupre et de démence à la fureur intacte. Seule ombre au tableau, Les Diables tombant toujours à cette heure sous le couperet d'une interdiction liée à une archaïque loi de censure canadienne, la Warner Bros. avait interdit la projection des copies 35mm intégrales, ne laissant d'autre choix aux organisateurs que de diffuser une copie Béta censurée d'une bonne douzaine de minutes (adieu aux scènes de torture, et allègement des scènes de sexe explicite ainsi que de la délirante orgie centrale). Une coupe sévère, mais qui n'affecte pourtant pas la puissance d'un film unique et indispensable, dont la rareté ajoute à son prix. Un de ces rares films dont le visionnement peut changer une vie. Retrouvez d'autres articles sur Fantasia Montréal 2010 : Festival Fantasia de Montréal - part I : du 8 au 10 juillet Festival Fantasia de Montréal - part II : du 11 au 13 juillet Festival Fantasia de Montréal - part III : du 14 au 16 juillet Festival Fantasia de Montréal - part V : du 20 au 24 juillet Festival Fantasia de Montréal - part VI et fin : du 25 au 28 juillet
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