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Festival Fantasia de Montréal - part III : du 14 au 16 juillet

Dossiers/Hommages
Posté par Sabine Garcia le 2010-07-26



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Perverse Albion – 14 juillet

    Découvreur de nouveaux talents, Fantasia n'en conserve pas moins pour autant une mission de mémoire vive du cinéma de genre, de l'œuvre la plus culte à la perle la plus rare. C'est dans ce dernier cadre de redécouverte que s'est effectuée la présentation du très rare Kuroneko de Kaneto Shindo, en partenariat avec l'excellent site cinéphile local Panorama-cinema (http://www.panorama-cinema.com). Représentation magistrale d'un certain cinéma fantastique japonais d'après-guerre, Kuroneko fut projeté dans des conditions exceptionnelles, dans une copie 35mm tout simplement sublime, rendant pleinement justice à l'impeccable travail de contrastes lumineux et de jeux d'écrans de fumées habituels chez le réalisateur des Enfants de Hiroshima. De cette belle histoire de fantômes vengeurs, on retiendra un onirisme subtile et une magie noire et diffuse parfaitement maîtrisée, qui n'est pas sans rappeler certains segments des Contes de la lune vague après la pluie de Mizoguchi. Une très belle expérience, à ne vivre qu'en salle afin d'embrasser dans sa totalité le souffle de cette œuvre atypique.

    L'atypique, soit ce dont se revendiquait le stupide Heartless, haut la main la plus grosse déception du festival à cette date. Fort d'une belle moisson de prix glanés au gré de festivals internationaux (Fantasporto, Leeds), Heartless mettait l'eau à la bouche avec son histoire d'horreur urbaine et son jeune héros torturé, incarné qui plus est par le follement excitant Jim Sturgess. Hélas, avec un scénario ouvertement emprunté à L'Échelle de Jacob, son effroyable esthétique de clip de métal pour adolescents et ses effets sonores tonitruants déplacés, Heartless ne parvient qu'à grand peine à fournir un trop petit nombre de scènes dignes d'intérêt (limité), souvent vite noyées dans un déluge d'images inutilement graphiques et bruyantes. Une mélasse indigeste, qui supporte d'autant moins la comparaison avec le film d'Adrian Lyne qu'il propose en lieu et place de la tragédie d'un vétéran du Vietnam hanté par la guerre et la mort de son fils, le mal de vivre caricatural et inintéressant d'un jeune idiot trop complexer pour draguer. Ajoutons pour achever la bête d'invraisemblables ellipses, des twists racoleurs imbéciles et une interprétation en roue libre (Clémence Poésy et Jim Sturgess traversent le film bouche bée et yeux écarquillés, mimique générationnelle de plus en plus agaçante chez les jeunes acteurs), et l'on obtient un parfait exemple de buzz truandé.

    Heureusement pour l'honneur du cinéma britannique, on pouvait voir le même jour – admirer devrais-je dire ! – l'excellent Outcast, premier long-métrage saisissant de Colm McCarthy, qui n'avait jusqu'ici œuvré que pour la télévision. C'est peu dire que ce diamant noir venu de nulle part a pris tout le monde par surprise. En effet, l'histoire de cette mère et de son fils vivant terrés dans un appartement crasseux d'une cité HLM sans nom pour échapper à un mal inconnu ne paraissait pas spécialement palpitante. C'était sans compter la virtuosité avec laquelle McCarthy parvient à mêler sans le moindre accroc le film social du plus pur style anglais avec... le film de sorcellerie ! Il serait criminel de trop en révéler, mais sachez juste que l'on n'a probablement encore jamais vu une illustration de magie noire moderne aussi riche et passionnante. Loin de se contenter de transposer des motifs déjà vus (bougies, corbeaux, pentagrammes et que sais-je encore) dans un cadre urbain, McCarthy les adapte et leur donne un nouveau sens visuel et symbolique, créant ainsi un univers à la profondeur et à la complexité impressionnantes. La maîtrise plastique du cinéaste, alliée à un scénario d'une grande finesse, alternant avec talent des instants de tendresse infinie avec des scènes de la plus grande cruauté, font d'Outcast une véritable claque, ridiculisant avec une simplicité déconcertante bien des monuments d'ambition et d'orgueil déplacés. Aux chiottes Heartless et son abruti mal peigné : l'extraordinaire Kate Dickie (déjà époustouflante dans Red Road et Somers Town), dont la présence seule est un gage de qualité, achève de faire d'Outcast un futur incontournable, que l'on espère voir très bientôt dans les salles françaises. Distributeurs, faites-vous connaître !



Tendres cannibales – 15 juillet

    Puisque depuis près de dix ans, aucun festival de cinéma de genre ne semble pouvoir se tenir sans sélectionner au moins un film d'horreur asiatique à base de petites filles avec des cheveux sales  devant les yeux, Fantasia se devait de ne pas déroger à la règle et d'en satisfaire les amateurs, puisqu'il semblerait qu'il y en ait. C'était donc au coréen Possessed de Lee Young-soo, dont c'est le premier film, de remplir la case vide. Plutôt bien ficelé, et mis en boite avec un solide sens du cadre, Possessed s'avère au final être assez séduisant, même si son éternelle histoire de fillette possédée n'est pas réellement renversante d'originalité. Un futur DTV idéal en somme, mais l'on gardera tout de même en tête le nom de Lee Young-soo, car le bonhomme semble avoir un sérieux potentiel.

    Potentiel et talent dont sont clairement dénués tous les participants au lamentable Twisted Seduction du canadien Dominique Adams, cours de syndrome de Stockholm accéléré pour les nuls, au sujet duquel beaucoup trop de choses ont été excusées sous prétexte de premier film. On peut toujours espérer guérir une mise en scène faiblarde ou un scénario peu inspiré au fil de l'expérience acquise, mais la connerie reste à ce jour un mal particulièrement incurable. Tout aussi con, mais là c'est fait exprès, l'indonésien Merentau de Gareth Huw Evans (également un premier long-métrage), dont le but unique et assumé est clairement de donner dans le coup de savate gratuit et rigolo. Ayant pour seule originalité de mettre en scène un art martial très rarement représenté sur grand écran (le « silat harimau »), très brutal et beaucoup moins gracieux que les différents styles de combat aériens habituellement privilégiés au cinéma, mais dont la nervosité et l'agressivité permettent de bien sympathiques scènes de combats portnawak particulièrement amusantes. Et comme à la fin, le gentil héros sauve la jolie fille, tout le monde est heureux.

    Passons enfin aux choses sérieuses, c'était également en cette belle journée qu'était présenté l'un des films les plus attendus du festival : le fameux Air Doll de Hirokazu Kore-eda (Nobody Knows), qui après Cannes (« Un Certain Regard ») et Toronto venait enrichir la section « Camera Lucida » de Fantasia. Superbe parenthèse enchantée aux allures de poème éthéré, Air Doll fait prendre vie à une poupée gonflable qui, sous les traits de la charmante Bae Du-na (The Host, Tube), va déambuler dans Tokyo et chercher un sens au monde agressif qu'elle découvre sans comprendre à travers ses grands yeux noirs plein de candeur. Poétique, sensible, émouvant, parfois drôle, Air Doll est traversé par une tristesse diffuse au goût de spleen : celle du rêveur ayant du mal à trouver sa place au milieu d'une cité déshumanisée. Un thème maintes et maintes fois traité par le cinéma japonais, mais rarement avec autant de grâce et d'émotion. Un petit miracle, un de plus, faisant de Kore-eda un cinéastes des plus précieux.

    Cependant, en marge de cette réussite incontestable mais peu surprenante, c'est une œuvre ô combien différente qui a fait sensation auprès des trop rares spectateurs venus tenter l'expérience. Film inclassable et déroutant, le mexicain We Are What We Are de Jorge Michel Grau (encore un premier long-métrage !) s'ajoute à la déjà longue liste des incroyables découvertes venues de nulle part croisées durant le festival. Prenant place dans les quartiers défavorisés d'une Mexico sale et malade filmée dans un Scope granuleux absolument superbe, We Are What We Are nous fait faire connaissance une famille apparemment sans histoire, qui semble ne devoir faire face qu'aux problèmes quotidiens d'une banlieue pauvre : chômage, alcoolisme et bien sûr, que mangera-t-on ce soir ? Une question qui prendra un sens totalement inattendu lorsque, soudain privée de mâle dominant, le foyer, ou plutôt la meute, devra trouver le moyen de se nourrir par elle-même. Suffocant, intense et rongé par une fièvre brûlante, We Are What We Are étonne par sa maîtrise, son culot, son art de jongler entre la provocation et la tendresse, et son talent de savoir trouver le juste équilibre entre la suggestion et la démonstration, les non-dits et les (très rares) explications, laissant au film un parfum de mystère, de noirceur, mais aussi de sensualité (un dernier plan inoubliable !) délicieux. Un coup de maître.

 


 Herbert West is alive – 15 juillet

    Journée à sensation, puisque furent diffusés deux des films à avoir fait le plus de bruit sur l'ensemble du festival. C'est tout d'abord Sell Out, comédie musicale malaisienne complètement défoncée portée par un joyeux buzz sur le net, qui a littéralement soulevé la salle. On pense souvent aux Monty Python devant ce cirque cynique à l'humour noir absurde consommé, dans lequel on croise à la fois une animatrice de télé-réalité recueillant les dernières paroles de malades sur leur lit de mort, un anglo-malaisien se dédoublant pour se séparer de sa personnalité rêveuse, des patrons d'entreprise cons comme des balais et des hôpitaux kafkaïens. Un peu maladroit, pas toujours abouti, mais tout de même délicieux et franchement réjouissant, Sell Out risque de vous remplir la tête de chansons génialement débiles (attention aux ravageurs « Money, why don't you like poor people ? » et « You're not my type »). Et quel souvenir de voir une salle entière de près de 750 personnes se mettre à chanter en chœur lors d'une incroyable scène de karaoké. A vivre bien plus qu'à voir !

    Beaucoup moins fédérateur, le très, trop attendu A Serbian Film de Srdjan Spasojevic a également fait salle comble. Précédé d'une réputation outrageusement sulfureuse, A Serbian Film avançait clairement avec l'intention de vouloir assommer son spectateur, aidé en cela par les diverses critiques ne cessant de le comparer aux films les plus choquants ayant jamais été faits. Et de citer tout à la fois Irréversible, Salò ou bien encore Martyrs (le rapport ?). Bien. Et qu'en est-il sur grand écran, où l'on suit le parcours d'un ancien acteur porno sorti de sa retraite par un mystérieux commanditaire voulant le faire tourner dans une œuvre expérimentale au scénario tenu secret ? Rien, nada, pas un clou. Oh certes, le sang gicle et la fesse suinte, comme promis. Mais les excès graphiques sont tellement nombreux, gratuits, redondants et sans âme, que l'on finit par s'en foutre totalement. Viol après viol, meurtre après meurtre, le réalisateur s'enfonce dans une spirale de débauche de violence grotesque finissant par ne plus affecter le moins du monde, puisque chaque personnage à l'écran ne dépasse jamais le statut de potentiel morceau de steak. Dans une discussion post-projection tout sauf convaincante, le co-scénariste expliquera avoir voulu faire vivre au public ce que ressent le peuple Serbe, soit cette impression d'être « constamment violés depuis la naissance ». On passera sur la note d'intention douteuse, et l'on préfèrera une fois de plus se rappeler du décidément très beau Life and Death of a Porno Gang (cf. Part 1), dont le souvenir prend tout son sens, et j'oserai dire toute sa noblesse avec le recul. The Life and Death... possède tout ce dont A Serbian Film est totalement dénué : une âme, un cœur, une sincérité et, tout simplement, un propos. Le film de Spasojevic ne parvient pas même à être choquant tant il est stupide et ne mène nulle part. On est bien au-delà du pétard mouillé, c'est un feu d'artifice sous l'eau. Le pire dans tout cela ? A Serbian Film sera probablement oublié d'ici l'an prochain. Tu parles d'une révolution...

    Heureusement, ils étaient là, tous les trois, pour nous consoler des grands méchants serbes : Messieurs Stuart Gordon, Jeffrey Combs et Dennis Paoli, réunis pour célébrer le 25ème anniversaire du légendaire Re-Animator pour une séance de minuit délirante. Visiblement ravis d'être là, le réalisateur, acteur principal et scénariste de cette perle culte des années 80's ont tenu à assister à la projection (et quel délice d'entendre les rire bruyants de Jeffrey Combs se superposer aux éructations névrosées de son double maléfique, le grand Herbert West !), et se sont ensuite pliés au jeu de la discussion avec un très grande générosité, partageant des anecdotes de tournage avec le même enthousiasme que si le film avait été tourné la semaine dernière. Le trio était d'ailleurs venu avec un beau cadeau : quelques minutes de présentation de la future comédie musicale Re-Animator en préparation, certainement pour nous consoler après avoir confirmé que Re-Animator 4 ne se ferait pas (désespoir !). Une soirée magique, achevée à près de 4h du matin, et qui a laissé le public avec une seule envie : retrouver Jeffrey Combs le lendemain pour sa performance annoncée comme dantesque dans Nevermore, En Evening With Edgar Allan Poe, écrite par Paoli et mise en scène par Gordon, présentée en avant-première dans le cadre du festival. Rendez-vous était pris...



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