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Festival Fantasia de Montréal - part II : du 11 au 13 juillet
Dossiers/Hommages
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I spit on Hollywood – 11 juillet Difficile après un choc tel que Life and Death of a Porno Gang de revenir à la réalité de petits films légers de moindre envergure. Ainsi, le très mignon mais inoffensif A Frozen Flower, du coréen Yu Ha, a beau déployer dans toute sa splendeur la richesse d'un royaume médiéval luxuriant, on reste relativement peu intéressé par cette histoire de cœur et de fesses avec plein de gros sabres dedans. Dans un tout autre genre, le pourtant très intéressant documentaire Marwencol ne parvient qu'à grand peine à conserver intacte l'attention de son spectateur tout du long de son déroulement. Dommage, car l'histoire de cet homme ayant recréé un monde imaginaire dans son jardin à l'aide de Barbies et de GI Joe en plastique est porteur d'une charge poétique palpable. On gardera en mémoire le regard émouvant de Mark, démiurge atypique, que la caméra de Jeff Malmberg (monteur passé à la réalisation avec ce premier long-métrage) suit avec tendresse. Une bien jolie pépite tout de même. ![]() Malheureusement pour tout le monde, le film qui laissera l'impression la plus forte en ce quatrième jour sera le très peu attendu remake d'I Spit on Your Grave par un Steven R. Monroe déjà réalisateur de quelques bisseries oubliables. Que l'on s'entende : ce n'est certes pas le concept même de remake qui provoque le dégoût et la levée de boucliers quasi-immédiate dès l'annonce de la plupart de projets de ce type. L'exercice de réécriture d'une œuvre est toujours potentiellement passionnant, et s'accorde de plus parfaitement avec le principe même de cinéma de genre qui – par définition – est un jeu de manipulation et d'interprétation de codes déjà établis. On peut même admettre sans se scandaliser que de tels projets soient lancés pour de l'argent (désolée pour les rêveurs : le cinéma est avant tout une industrie aux enjeux économiques importants). Mais l'on n'admet plus cette vague de remakes insultants, dégradants, sans âme, produits à la chaîne, sans personne d'autre derrière la caméra que d'anonymes pantins servant à volonté la même soupe fade et froide à l'odeur de Javel. Certes, le I Spit on Your Grave version 2010 est hautement plus fréquentable que bon nombre d'aberrations récentes, dont l'atroce Dernière maison sur la gauche de Dennis Illadis, qui jouait sur les mêmes plates-bandes. Le film de Monroe propose ainsi une première partie (l'agression) très maîtrisée et nerveuse, sachant rester sur la très mince et épineuse frontière entre l'horreur et la condescendance, là où le film original de Meir Zarchi mettait parfois mal à l'aise en filmant le corps de son héroïne avec complaisance durant les scènes de viol. Hélas, la seconde partie démasque ce que l'on avait pris à tort pour du savoir-faire et de la pudeur. I Spit on Your Grave n'est en fait pas différent du reste de la production horrifique type Platinum Dunes, à tel point que l'on s'étonne que le logo de Mr. Bay n'apparaisse pas au générique final, ce qui aurait expliqué bien des choses. Monroe a commis la pire des erreurs, le pire des contre-sens imaginable au sujet de Day of the Woman : son film est PROPRE. Propre comme dans lisse, sans prise de risque, sans jamais déranger, secouer ou même interpeler le spectateur. La revanche de la jeune Jennifer Hills (Sarah Butler, très convaincante lorsqu'elle hurle, affligeante lorsqu'elle s'essaie aux émotions) enfonce le film dans un déluge d'hémoglobine dégueulasse, mais aussi frappant ou mémorable que le rayon saucisses de Leclerc. Annihilant la force du principe même du rape and revenge, dont tout l'enjeu repose sur l'impasse représentée par cette même "revenge", Monroe ne s'élève jamais au-dessus du splatter movie vaguement divertissant (un comble !), filmé avec les mêmes filtres, les mêmes cadres, la même musique que l'ensemble de la production horrifique bas de gamme de ces dernières années. Un bien triste "Jour de la femme"... * Mon zombie, ce héros – 12 juillet Petite journée, principalement marquée par l'immense déception du danois At World's End, première réalisation de l'acteur Tomas Villum Jensen (Les Bouchers verts, Adam's Apple) annoncée comme un gros bordel jouissif et non-sensique. Bordel c'est certain, pour le reste, on est moins sûr. At World's End balance en pleine jungle de Sumatra un psychologue quadra puceau flanqué de sa secrétaire blondasse bonnasse. Tous deux courent après un client pas comme les autres, Severin, qui prétend pouvoir vivre éternellement en mangeant les pétales d'une certaine fleur rarissime, ne poussant qu'au fin fond de la jungle indonésienne. Très vite, la police, l'armée et le gouvernement vont s'en mêler, et une chasse-à-l'homme pétaradante va s'enclencher. Enfin en théorie, puisque sur l'écran, l'humour bas de gamme tombant à plat, les acteurs mauvais comme leurs pieds, un script atrocement mal écrit et une mise en scène sans souffle empêchent constamment le film d'aller où que ce soit. Un véritable gâchis. ![]() "The Revenant"
La véritable bonne surprise du jour viendra de façon totalement inattendue de The Revenant, premier long-métrage de Kerry Prior, ancien technicien d'effets spéciaux comptant à son actif des participations à des pépites telles que Abyss, Phantasm II et III ou encore Bubba Ho-tep. Prenant pour point de départ un pitch mille fois vu (un homme décédé revient à la vie après avoir été enterré, sans aucune raison apparente), The Revenant a l'audace et l'intelligence de prendre son spectateur par la main et de faire mine de l'emmener sur un terrain connu et balisé. A savoir, la comédie d'horreur typée buddy movie, à la saveur prononcée de Shaun of the Dead. Mais Prior renverse bientôt ce schéma déjà mille fois exploré et fait doucement basculer son film vers une œuvre totalement inédite, toujours hilarante, mais en même temps bouleversante et particulièrement corrosive. Un cadeau épatant et rafraîchissant, qui a clairement pris de court tous ceux qui – comme moi je l'avoue – ne s'attendait qu'à une comédie crétine arrosée d'hémoglobine. Serbie, terre sacrée – 13 juillet La tant attendue suite de la programmation serbe est arrivée ce jour avec en tout premier, un film dont la projection même tenait du miracle. A Holy Place de Djordje Kadijevic, tourné en 1990, ne sortit quasiment jamais de son pays d'origine, la cause bien sûr aux événements tragiques que le peuple serbe s'apprêtait à traverser. Nouvelle adaptation de la superbe nouvelle Viy de Nikolas Gogol, après la version russe de 1967, et Le Masque du démon de Mario Bava en 1960 (adaptation extrêmement libre, mais adaptation tout de même), A Holy Place se place étonnamment bien plus du côté du maître italien que d'une quelconque tradition fantastique slave. À travers un script transformant la légère et innocente nouvelle de Gogol en puits de perversion et d'érotisme sans fond, le film de Kadijevic rappelle se façon frappante les films de la veine gothique de Bava. Tout particulièrement Le Corps et le fouet, dans sa manière de jongler avec les limites entre la folie et le surnaturel, et sa façon d'installer un onirisme noir et païen. Un très beau film, que l'on n'hésitera pas même à qualifier d'important, compte tenu de la rareté du genre dans son pays d'origine et de son contexte de réalisation. Pari gagné pour les programmateurs : la salle était pleine, et le public réceptif. ![]() "Tears for Sale"
La soirée s'achèvera en apothéose avec la version director's cut du magnifique Tears for Sale d'Uroš Stojanovic, distribué en France par Europa Corp à l'été 2009 sous le titre de Charleston et vendetta dans l'indifférence la plus absolue. Dans une Serbie post-Première Guerre Mondiale, un village a vu la totalité de sa population masculine être décimée par la guerre, laissant les femmes seules dans leur bourgade en ruines. Deux sœurs, pleureuses professionnelles, vont se voir confier la tâche de ramener un homme au village. Tourbillon vertigineux de couleurs, de musique et de grâce, Tears for Sale est un incroyable et étourdissant hymne à la vie, transcendant la douleur et le deuil en souffle d'énergie d'une puissance rare. Doté d'une réalisation ambitieuse, flamboyante et en tout point maîtrisée, d'un scénario impeccable et d'une interprétation sans faille, le film d'Uroš Stojanovic n'est rien de moins qu'un grand film, dont il paraît du même coup impensable que la sortie française ait été à ce point sabotée. Aucune édition DVD n'étant prévue à ce jour dans l'Hexagone, il y a peu de chance que le bijou de Stojanovic ne reçoive dans un futur immédiat la reconnaissance qu'il mérite. À moins que l'ovation qu'il a déclenché en ce beau soir de juillet change le cours des choses. Dans tous les cas, une superbe claque de plus à mettre au compte de "Subversive Serbia". * La première version d’I Spit on your Grave est aussi connue sous le titre Day of the Woman. Retrouvez d'autres articles sur Fantasia Montréal 2010 : Festival Fantasia de Montréal - part I : du 8 au 10 juillet Festival Fantasia de Montréal - part III : du 14 au 16 juillet Festival Fantasia de Montréal - part IV : du 17 au 19 juillet Festival Fantasia de Montréal - part V : du 20 au 24 juillet Festival Fantasia de Montréal - part VI et fin : du 25 au 28 juillet
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