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Fernando León de Aranoa - "Amador"

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Posté par Laura Tuffery le 2012-02-14



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Dans ce road movie à l'échelle des petites gens qui ne s'évadent qu'en autobus, Amador est un véritable voyage initiatique, un chant drôle et désespéré à l'amour et à la vie, où l'instinct l'emporte pour le pire et le meilleur - la culpabilité et l'espoir - afin de résoudre avec  obstination le casse tête de la vie, par delà la misère et la mort. Film d'une grande délicatesse.
Inspiré de multiples influences, de Ken Loach à Almodovar, en passant par Fellini ou Vittorio de Sica, le cinéma de Fernando León de Aranoa a pourtant une griffe, une texture inclassable. Avec un talent narratif indéniable mêlant un réalisme social intrinsèque sans jamais être démonstratif, la désolation et le tragicomique de la vie, le réalisateur espagnol se distingue par son acuité à brosser de véritables personnages. Avec Amador, Fernando León de Aranoa, offre à l'actrice péruvienne Magaly Solier (Marcela) un authentique et original portrait de femme qui se situe quelque part entre la candeur de Giuletta Masina (la Strada, Senza Pieta), la dévotion d'Emily Watson (Breaking the waves) et la quête d'amour de Gena Rowlands (A Woman under influence), la force tranquille en sus.


 
Tout amour nait d'un ratage et traverse le naufrage, tel est le fil conducteur d'Amador que Fernando León de Aranoa s'est amusé à rompre et à éparpiller dans une mise en scène audacieuse - comme autant de mises en abîme successives - à la manière des pièces d'un puzzle, de lettres déchirées puis recollées et de bouquets de fleurs éparpillés. Grâce à ce fil conducteur incarné presque métaphoriquement par un vieillard placide Amador (Celso Bugallo) qui attend sereinement la mort dans son lit en replaçant une à une les pièces d'un puzzle où mer et ciel se confondent, Amador brosse le portrait de Marcela, jeune mariée latino-américaine immigrée dans la banlieue de Madrid, à l'aube de sa vie de femme et pour qui immigration, amour et mariage sont un même Eldorado.
Mariée à Nelson (Pietro Sibille), vendeur de roses volées à l'arrachée dont le souci quotidien est d'en faire son commerce à peine lucratif, quitte à les asperger de désodorisants artificiels, Marcela auréolée de ces bouquets de roses qui occupent tout le réfrigérateur et toute conversation conjugale, ne tarde pas à déchanter de cette vie maritale où le commerce des fleurs n'a guère à voir avec celui des sentiments dans une vie où la précarité surplombe, fatalité et prétexte à la fois, la promesse de l'amour.



Aussi ingénue que vaillante, Marcela à la grâce silencieuse de ceux qui aiment sans raison tout en se faisant une raison. Personnage féminin entier bien plus que sacrificiel, Marcela dont les larmes respirent l'authenticité du chagrin de la déconvenue, ne cesse d'avancer faute de choix et avec la résignation de celles qui n'ont que leurs yeux pour pleurer, leurs jambes pour avancer et leur ventre pour porter une vie sans rien pour l'accueillir. Mais le personnage de Marcela serait archétypal dans son abnégation et soumission supposée, s'il n'avait la force de ce caractère – qui tient pour beaucoup à l'interprétation de Magaly Solier - qui ne demande qu'à vivre et à aimer : deux verbes que Marcella ne parvient pas à conjuguer ensemble jusqu'à sa rencontre fortuite avec Amador.
Afin d'aider son mari à payer en plusieurs traites le nouveau réfrigérateur où conserver l'obole miraculeuse du couple, ces roses avec lesquelles on marie, on baptise et on enterre selon le pragmatisme de Nelson, Marcela accepte de jouer les gardes malades auprès d'un vieil homme, Amador, ni vieillard ni infirme ni grabataire, qui semble finir sa course au même rythme qu'il achève son puzzle - casse tête si on le traduit littéralement de l'espagnol – seul dans son appartement de Madrid tandis que sa fille Yolanda (Sonia Almarcha) achève tant bien que mal de construire sa maison sur la côte, vestige d'une apparente réussite sociale dans une Espagne en crise, que Fernando León de Aranoa n'élude pas ici, bien au contraire. Dans ce côte à côte silencieux, entrecoupé des rituelles visites de Puri (Fanny de Castro), la vieille prostituée fidèle – désormais plus fidèle que prostituée - des appels formels de Yolanda et de ces lettres qu'Amador lit et conserve précieusement, se tisse entre le vieil homme et la jeune femme une relation qui relève autant de l'initiation amoureuse que du passage de témoin au difficile métier de vivre.


La mort inopinée d'Amador, une semaine après le début de cette rencontre ouvre le film vers sa dimension tragi-comique. Que faire d'un mort parti trop tôt pour toucher le solde de son salaire? Que faire d'un mort qui n'avait peut-être pas dit son dernier mot, délivré son ultime message, comment lui rendre grâce? Face à ces questions aussi triviales que sacrées, qui donnent lieu à des scènes burlesques dignes des comédies de Ettore Scola (Brutti, sporchi e cattivi) ou de Pedro Almodovar (¡Átame! ), où le prêtre, la putain et le voisin rivalisent au sommet du burlesque, chacun se débattant avec sa survie, sa dépendance et sa conscience, Marcela opère une véritable métamorphose au gré du peu de temps qu'il lui reste. Passant du désespoir le plus absolu, celui d'une impasse matérielle autant que morale - comment résoudre le dilemme entre un mort qui ne doit pas se décomposer trop vite et comment ne pas éprouver peur et honte face à cette mascarade ? – s'opère un véritable dialogue entre Marcela et Amador mort. Dans ce laps de temps qui lui est imparti, celui où par la force des choses elle est assignée à son domicile, Marcela franchit ainsi en un temps record les principales épreuves de la vie avec colère, angoisse, tristesse puis ténacité, celle qui lui permet de placer la dernière pièce du puzzle inachevé d'Amador.


 
Atemporel et néanmoins ancré dans une Espagne contemporaine, rarement filmée de la sorte, mêlant passé et modernité en crise, Amador est l'oeuvre singulière d'un cinéaste qui réfute la fatalité pour lui préférer la condition humaine, un cinéaste pour qui la vie, la mort et l'amour entretiennent des relations intimes et viscérales, qui n'ont pas besoin de roses mais ont le parfum de la nécessité vitale et inéluctable, au sens le plus terre à terre et noble du terme, celui de « Amador »(1) qui ne signifie rien de moins que « celui qui aime » et permet à cette Doña Flores d'amour et de dignité, sans mari et sans le sou, de prendre son destin en main et de le nommer...
 
1) Le personnage fétiche d'Amador campé par Celso Bugallo apparaît également dans Los Lunes al sol (2002) de Fernando León de Aranoa
 
Film vu en Avant première organisée par Espagnolas en Paris, en présence de Fernando Leon de Aranoa et Celso Bugallo





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Commentaires
De : Jean-Jacques M’U

Estupendo !... No se debe faltar !

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