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Eric Valette - "La Proie"

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Posté par Marija Nielsen le 2011-04-08



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Après une petite excursion aux Etats-Unis dans lequel il s’est essayé au remake (One Missed Call, sorti en 2008) avant de réaliser Hybrid (sorti 2010), Eric Valette est revenu au pays natal avec l’excellent film de politique fiction, Une Affaire d’Etat (2009). On retrouve avec La Proie cette envie manifeste de Valette, présente dès son premier opus Maléfique (2003), de raconter une histoire dans laquelle évoluent des personnages ayant une réelle consistance. Loin d’autres efforts récents de cinéma de genre à la mode américaine comme le très superficiel A Bout Portant, La Proie se révèle ainsi bien davantage qu’un simple divertissement.
 
L’argument de départ est on ne peut plus simple : un braqueur s’évade de prison pour traquer son ancien codétenu qui a entrepris de lui coller une série de meurtres sur le dos. Lui-même poursuivi par une policière déterminée, il s’engage dans une course contre la montre pour prouver son innocence et arrêter le vrai coupable.
 
 
A partir de cette intrigue minimale, Valette élabore un scénario solide et classique dans lequel l’histoire progresse de façon fluide et sans aucun temps mort. Les rebondissements s’enchainent à peu près toutes les dix minutes et l’information distillée à travers les dialogues n’en révèle jamais plus qu’il n’en faut pour que le spectateur lise entre les lignes, élabore ses propres hypothèses, impatient d’en savoir plus. Présentés au cœur de l’action et par l’action même, les personnages ne cessent d’évoluer, laissant tout le loisir de s’attacher à eux et de comprendre leurs agissements. Albert Dupontel, toujours aussi bon dans cette capacité à faire ressentir la dualité humaine et les contradictions individuelles, déjà habitué des rôles physiques, a tenu à effectuer lui-même ses propres cascades, décuplant une forme d’intensité de mouvement. Il suffit de le voir sauter à travers une fenêtre pour atterrir sur le toit d’une camionnette pour éprouver cette sensation de « réel ». Mais au-delà du pur schéma d’action, Dupontel émeut, le processus d’identification à cette situation d’injustice qui le piège, fonctionnant à merveille : injustice de vouloir bien faire en s’évadant afin de faire profiter à sa femme et sa fille du butin qu’il a caché ; injustice d’être poursuivi pour des crimes qu’il n’a pas commis ; injustice de n’avoir aucune chance de convaincre les forces de l’ordre de son innocence.
 
 
Il fallait pour lui faire face un acteur capable de rivaliser avec cette force animale. Le personnage du tueur en série machiavélique et manipulateur, Jean-Louis Maurel, est tenu par Stéphane Debac, un acteur encore peu reconnaissable par le grand public (il a joué notamment dans Djinns). Son physique doux et agréable forme un contraste idéal avec sa personnalité d’une noirceur absolue, jouant ainsi de façon habile sur l’idée que le monstrueux n’est jamais immédiatement visible. Le cliché disparaît au profit d’une représentation réelle et le plaisir un peu coupable de savoir que l’homme ordinaire – par son apparence – se joue de tous comme un maître de marionnettes. Jusqu’où il est capable d’aller ? Cette dualité calculée remet sans cesse en perspectives les actes impulsifs de Franck qui réagit avec ses tripes face aux diverses situations, quitte à user d’une violence certaine, notamment lors de son évasion. La sympathie du spectateur ne dévie jamais des côtés de notre vrai héros et s’en trouve même renforcée dès lors que les policiers découvrent des éléments sur les lieux des crimes qui pointent seulement en direction de Franck. Des éléments placés par un Maurel qui a eu le temps de développer tous les aspects machiavéliques de son plan de faire accuser un autre à sa place.
 
 
La Proie a beau être incontestablement un film d’homme, Valette n’en oublie pas de soigner ses personnages féminins pour autant. Claire, la policière qui traque Franck (étonnante Alice Taglioni dans un rôle à contre-emploi qui lui va comme un gant), a autant à faire avec son enquête qu’avec un supérieur qui lui reproche subtilement son éventuel manque de lucidité au travers de petits commentaires sur sa défaillante intuition féminine. Ce genre de relation est pour ainsi dire présent dans quasiment tous les films mettant en scènes des enquêtrices mais Valette contourne le cliché en plongeant Claire dans des scènes d’action qu’elle mène de main de maître. Et au final, c’est bien cette sensibilité accouplée à une détermination sans faille qui lui permettra de démêler les nœuds complexes de l’affaire. Claire, qui évolue dans un monde masculin, gagne in fine leur confiance de façon naturelle. Si l’on croit déceler par moments une possible intimité entre elle et son co-équipier (Serge Hazanavicius), à aucun moment leurs relations ne sombrent dans l’archétype de la drague à peine déguisée à la conclusion attendue, comme on a tant l’habitude de le voir dans les films de ce genre.
 
La séduction est ailleurs dans ce film où l’aspect psychologique se mêle intimement à l’action, où Valette colle au plus près de ses ambitions d’embarquer le spectateur à tous les niveaux, de le faire participer sans tout lui servir sur un plateau d’argent. En faisant appel à notre esprit de déduction, certaines informations sont expliquées au fur et à mesure des diverses révélations sans pour autant être alourdies par une couche de dialogues superflus. La mise en scène est carrée mais solide, les scènes d’action parfaitement lisibles jusque dans les cascades les plus impressionnantes. Dans un style épuré et nerveux, Valette fait progresser son histoire de façon si bien rythmée que l’on ne voit pas le temps passer. On se surprend même, une fois n’est pas coutume, à souhaiter que cela continue encore un peu.
 
A l’heure actuelle où nous sommes encore assaillis par des métrages filmés parfois entièrement caméra à l’épaule, confondant souvent immersion et paresse formelle, La Proie, qui privilégie l’exploration des facettes d’une histoire à l’épate visuelle, arrive à point nommé.




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