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Entretien avec Pascal Laugier, réalisateur de "The Secret" - Première partie |
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A l'occasion de la sortie de son dernier film The Secret, Pascal Laugier nous a accordé un long entretien dans l'antre de Movies 2000, tout au fond du magasin... Tous les trois assis au milieu des vieilles VHS, jeux de photos et affiches de film de genre des années 70, nous avons entamé une discussion passionnante autour de son film .... pour commerncer.
Il s’est écoulé quatre ans entre Martyrs et The Secret. Que s’est-il passé durant ces quatre ans ?
Rien. Il ne s’est pas écoulé quatre ans de mon fait, c’est juste difficile de trouver des financements, c’est difficile de faire le suivant, toujours… Je préférerais qu’il se passe deux ans entre chaque film mais ce n’est pas le cas. Donc j’ai passé plusieurs mois à Los Angeles pour développer des projets après la réception de Martyrs là-bas qui m’a, entre guillemets fait faire le petit tour de Hollywood en rencontrant un peu tout le monde. Et j’imagine que j’ai eu la même expérience que tout le monde, c'est-à-dire que Hollywood a tendance à appeler les cinéastes étrangers pour faire leur poubelle. Des remakes, des mauvais scripts, des choses déjà refusées par vingt metteurs en scène… Ils n’ont pas besoin de nous pour faire leurs bons films, ils ont besoin de nous pour faire les films que d’autres ont refusés. Je savais tout ça théoriquement en ayant lu des bouquins, des biographies de grands metteurs en scène, mais c’est une chose de le savoir et une autre de le vivre. Mais c’est bien, de le vivre, c’est bien, de rencontrer Spielberg, Sam Raimi, Tarantino et de voir ensuite ce qu’on vous propose. D’être à la fois émerveillé par cette planète qu’est Hollywood et puis savoir comment garder le recul pour juste pas faire le film qu’il ne faut pas faire. Donc j’ai passé un certain temps à développer des projets, j’ai travaillé pendant six mois sur Hellraiser ce qui permet aussi de gagner sa vie puisque nécessité fait loi. Et puis finalement, je suis revenu à un projet sur lequel j’avais commencé à travailler avant Martyrs et qui est devenu The Secret.
Avec le recul, comment perçois-tu Martyrs et la période de ta vie à laquelle le film se rapporte ?
Avec le recul, je ne perçois pas Martyrs. Parce que je ne l’ai pas revu, parce que c’est derrière moi, et parce que peut-être que je ne pourrai répondre à ta question que dans dix-quinze ans. J’ai tendance à ne pas revoir du tout mes films. J’ai été très, très surpris de voir ce que Martyrs a fini par créer comme… Enfin, le mot est très galvaudé mais le film est devenu assez culte avec le temps, il y a une espèce de chaîne internationale de gens qui ont été extrêmement supporters du film. On continue à m’envoyer du courrier d’un peu tous les pays à propos du film qui continue à être analysé, adoré, détesté, débattu… Mais j’ai mis beaucoup de temps à m’en rendre compte parce que la première vague a été plutôt violente, que ce soit les réactions de la presse française, etc. Quand tout ça a débarqué, j’ai cru que ça allait être mon dernier film. Et finalement, ça a été un immense bonheur mais ce bonheur-là a mis du temps pour se former. Puis c’est le film dont pour l’instant on me parle le plus à chaque fois que je rencontre les gens dans les festivals ou ailleurs, donc je pense que le plus gros piège pour moi aurait été de capitaliser sur ce que Martyrs a créé et puis de faire un Martyrs 2 ou un petit film gore et énervé. D’abord, ça aurait été une posture parce que j’en aurais été incapable, je n’étais plus du tout dans la même énergie après l’avoir fait puisque c’était un acte cynique et ironique et ce n’est pas comme ça que je travaille. Je me suis même dit, « Ouhlà, attention, si le film devient très culte, il est possible que ça t’enferme et que rien d’autre autour de toi n’existe. » J’en avais parlé avec Ruggero Deodato que j’avais rencontré à Rome pour la sortie de Martyrs et qui m’a dit, « Méfie-toi, moi, à cause de Cannibal Holocaust, j’ai eu un mal de chien à faire autre chose. » Et je sais que quand on vient encore lui parler de Cannibal Holocaust pour lui faire signer des affiches, etc, c’est à la fois un plaisir pour lui et un peu une douleur. Et ne parlons pas de Tobe Hooper avec Massacre à la Tronçonneuse, Don Coscarelli avec Phantasm – c’est l’un des pièges quand on capitalise sur un film qu’on essaie ensuite de réitérer. En général, ça ne marche jamais parce quand Hooper fait MALT ou quand j’ai fait Martyrs, il y a une énorme part d’inconscience. On fait son film mais on ne se rend absolument pas compte de ce que ça va devenir et comme j’ai eu cette méfiance-là, je me suis dit que The Secret était le projet parfait. Il va sûrement décevoir un grand nombre des fans de Martyrs en prenant une sorte de contre-pied même si les deux films ont beaucoup de points communs. Un contre-pied dans la proposition superficielle de cinéma, c'est-à-dire un thriller mainstream avec Jessica Biel, plus de moyens, etc. Mais peut-être que ça va me permettre d’élargir le spectre où on m’attend et que pour le film suivant, je n’aurai plus à souffrir de la comparaison avec Martyrs et qui n’a pas loupé. Quand je vais sur les sites d’horreur, notamment américains, les gens passent beaucoup plus de temps à parler du fait que The Secret, ce n’est pas Martyrs au lieu de parler du film en lui-même. C’est même le dialogue de beaucoup de gens qui aiment ce film. Souvent, Martyrs prend la moitié du papier. Je ne suis pas en colère contre ça, c’est juste que j’avais raison de penser qu’il y avait un piège tendu par le côté culte de Martyrs et dont je veux me défaire. C’est une sorte de procès où on frappe plus sur le film suivant.
Je ne sais jamais trop comment me viennent les idées… Il y a un truc qui m’obsédait en termes d’idées de cinéma depuis longtemps et ce sont les enfants disparus qu’on voit sur des affiches ou des briques de lait (aux Etats-Unis). On en voit aussi en France, tel enfant disparu à telle date et ce qui est vertigineux, c’est de se rendre compte que l’enfant a disparu par exemple depuis 1982 et là, on est en 1992, ça fait déjà dix ans, il ne doit plus ressembler à ça… Et je me suis dit qu’il n’existe pas vraiment de film qui explore ce vertige-là donc je trouvais que c’était déjà un thème de départ vraiment bien et qui donne lieu à un champ des possibles énorme. Que l’explication soit surnaturelle ou pas, mais il y avait un film à faire. Après, j’ai rencontré des gars du FBI chargé du service qui s’occupe des personnes disparues et ils ont commencé à me balancer les chiffres officiels qui ouvrent The Secret. Et chaque année, sur tous les enfants disparus, mille ne sont jamais retrouvés et quand on dit « jamais retrouvés », c’est aucune trace, pas le moindre indice. Pas de corps, rien du tout. Et ça les obsède, ces gars-là. Mille par an, c’est énorme ! Et où sont ces enfants ? Alors, certains sont peut-être effectivement morts et enterrés et on ne les retrouvera jamais et peut-être que d’autres ont eu d’autres destins et donc je me suis dit que là, il y a un film à faire. Ca, c’était donc le point de départ. Après, il y eu une sorte d’idée de giallo, c'est-à-dire de basculement de point de vue qui m’a beaucoup intéressé, d’essayer de tordre les archétypes. Et je me suis dit que si je suis un personnage dans un thriller classique dont tout le monde va penser que c’est un personnage légitime en tant que mère de l’enfant disparu, et qu’ensuite, je casse le récit et brise l’identification du spectateur à ce propos, que je transforme le positif en ambigu et qui est un vieux truc de giallo – comme dans L’Oiseau au plumage de cristal où même si ce n’est pas le corps central du film d’Argento, l’agressée est aussi l’agresseuse. Donc, ça donne un film sur le basculement du point de vue et qui est un truc qui m’intéresse de plus en plus, et de confronter les raisons de chacun. Et le film, c’est ça. Il est en trois parties. Chacune se clôt de manière presque imperceptible et bascule sur le point de vue d’un personnage qu’on croyait secondaire. Ca le fait deux ou trois fois dans le film ce qui, j’imagine, est assez inconfortable pour une partie du public qui s’attend à quelque chose de plus classique. Mais ça m’excitait énormément, autant à l’écriture que lors du tournage.
C’est justement ce basculement qui est intéressant et aussi le fait de ne pas rester dans ce qui, au départ, ressemble en tous points à un film de genre.
Depuis longtemps, j’ai tendance à réfuter cette étiquette de film de genre pour une raison très simple. Moi, quand j’avais 15-16 ans, les chapelles étaient tellement claires, c'est-à-dire que d’un côté, il y avait Mad Movies, Starfix et l’Ecran Fantastique qui parlaient de tout ce cinéma dit de genre – déviant, impur, marginal, tout ce que vous voulez. C’était un cinéma qui était profondément méprisé par la presse plus généraliste comme Première ou Studio qui parlaient des films, en gros, avec Miou-Miou et Romy Schneider, donc les chapelles étaient très claires et très séparées, les luttes, les batailles… Mais c’était une époque très excitante, d’ailleurs. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. On peut trouver un article sur Freddy Krueger dans Elle ou Cosmopolitan, tout est mélangé. Et comme la presse de cinéma ne fait plus son travail, c'est-à-dire ne reprend plus la pensée théorique, aujourd’hui, où est le genre ? Où est-ce qu’il commence, où est-ce qu’il s’arrête ? Est-ce que la comédie française n’est pas une forme de cinéma de genre, est-ce que ce n’est pas un genre en soi ? J’ai beaucoup de mal à prendre pour moi l’idée de cinéma de genre même si je vois très bien ce que vous voulez dire. Puis j’ai passé vingt ans de ma vie à dire que j’adore le cinéma de genre mais aujourd’hui, quand on le dit, ça devient presque une formule à l’emporte-pièce, un truc tout fait, même si quand vous en parlez, on se comprend. Mais aujourd’hui, qu’est-ce que ça veut dire exactement ? Et parfois, ça enferme les films dans des archétypes et de formes de narration qui finissent par être très conformistes.
Ce qui me frappe avec un film comme The Secret, c’est qu’il joue avec les codes pour arriver à un cinéma complètement hors-genre.
C’était le but, effectivement. Mais je n’ai jamais reçu autrement tous les films des réalisateurs que j’aime. Quand je voyais les films d’Argento, par exemple, c’étaient des œuvres absolument uniques. Il n’y a rien qui ressemble à Suspiria. Alors, oui, c’est un film d’horreur mais c’est un objet baroque, c’est un film presque d’art moderne et puis Profondo Rosso, je n’en parle même pas, ou encore le cinéma d’Abel Ferrara... Enfin, tous ces cinéastes qui m’ont fait génétiquement, ceux qui m’ont transmis la façon dont leurs films m’ont contaminé, c’est vraiment ça que j’essaie à ma toute petite échelle de faire perdurer. C'est-à-dire, un cinéma un peu sauvage, parfois un peu expérimental, des films qui peuvent être vendus au public sous l’étiquette que le public veut de la même façon qu’on est allés voir L’Ange de la Vengeance comme une espèce de vigilante ou de film d’exploitation. Et moi, par exemple, je n’ai jamais oublié ces films. I Spit on your Grave… tout ce cinéma étrange et profondément impur, je viens vraiment de là. Après, je suis allé vers le cinéma classique mais mon code génétique, c’est ça. Et cette époque-là est complètement finie. D’ailleurs, tous ces héros-là ont désormais un mal de chien à survivre en tant que cinéastes. Il y a un truc auquel j’ai réfléchi récemment, c’est « Comment est-ce que je peux me sentir encore contre-culturel, en faisant des films contre mon époque, alors que la culture de laquelle je viens a complètement triomphé jusqu’à faire le cinéma de Hollywood d’aujourd’hui ? » La culture geek, les films de monstres, les séries B, le gore, tout ça – aujourd’hui, ça domine Hollywood. Et je me suis aperçu qu’en fait, dans ce que j’aimais, c’était déjà une famille coupée en deux. Pour reprendre un truc de Tarantino, il a dit qu’on ne peut pas à la fois être Fordien ou Hawksien avec la même intensité, à un moment donné, il faut choisir son camp. C’est un peu une provocation progression mais c’est aussi un débat intellectuel intéressant. Et je me suis dit qu’en fait, c’est pareil. On ne peut pas aimer Star Wars et New York 1997 aussi intensément. On aime l’un ou l’autre. Evidemment, j’étais plus Carpenterien et je le suis toujours. Mais entre ces mecs-là, c’est Carpenter qui a perdu. C’est Lucas et Spielberg qui ont gagné, quel que soit leur talent même si celui de Spielberg est immense. Et je ne me compare pas du tout à eux, je dis simplement que je viens d’une contre-culture dans ce qu’elle a perdu dans la bataille. A mon avis, les types plus sensibles comme Ferrara, Argento, Carpenter, ou Kathryn Bigelow… Ils n’ont pas survécu aux années 1990 et ont aujourd’hui un mal de chien à exister. Je ne sais si vous avez rencontré Carpenter mais c’est un type très aigri, très malheureux alors que j’imagine que Lucas est un type plein de lui-même et qui sourit tout le temps. Et leur triomphe à l’aube des années 80 a fait le cinéma Hollywoodien d’aujourd’hui, un cinéma dans lequel moi, je ne m’y retrouve plus du tout. C’est personnel, mais je ne m’y retrouve pas par ce manque d’ambivalence et d’ambiguïté fondamentale de ce cinéma-là du fait qu’il est exclusivement réservé aux enfants de 14 ans. Et je crois que le point commun de mes trois films, c’est qu’ils essaient de faire perdurer de manière fantasmatique cette idée-là que j’avais du cinéma de genre. D’ailleurs, on est dans la seule boutique (ndr : Movies 2000) de Paris qui continue là-dedans parce qu’il y a quelque chose dans ce cinéma qui n’a jamais été remplacé. Et cette idée que Carpenter et Ferrara ont perdu m’a fait beaucoup souffrir pendant un temps parce que je ne me sentais plus du tout en phase avec ce qu’ils faisaient. Et aujourd’hui, j’ai réglé la question parce que je me suis dit qu’il leur restait quand même une jolie énergie de travail. Ca transmet une belle envie pour faire mes films suivants donc je me suis réconcilié avec tout ça. S’être nourri de tout ça donne une certaine liberté mais parfois, on le paie aussi parce que c’est un cinéma qui n’est pas du tout dominant, qui reste très fragile, où t’as les producteurs qui te répètent que ton film très dur à positionner – tout ce côté très réel et très industriel de cette époque qui agit parfois comme un rouleau compresseur. Et ça explique sûrement aussi ce côté très doux-amer et presque conciliant de The Tall Man, ou The Secret, comme vous voulez. A ce propos, le titre original, c’est The Tall Man et comme tous les cinéastes, je n’ai pas le choix des titres adaptés par les distributeurs. En Italie, le film s’appelle Les Enfants de cold Rock (Il bambini del Cold Rock) ; en Espagne, je crois que c’est L’Homme de l’ombre et puis en France, il s’appelle The Secret. Mais je n’y suis pour rien.
Pour moi, oui. Comme tous les fans, je l’ai repéré dans le remake de MALT que j’adore alors que j’y suis allé à reculons en me disant « Ils ne peuvent pas remaker MALT ! ». Mais je me suis pris une claque, j’ai trouvé le film formidable et elle, je l’ai trouvée extraordinaire. Elle e fait que des choses super dures pour une actrice, c'est-à-dire très peu de dialogues, tout en situation et je sais que c’est très difficile à faire. Je ne l’ai jamais oublié et après, j’ai vu L’Illusioniste que j’adore aussi et dans lequel elle est formidable. Et ce qui m’a motivé en plus, c’est que je la trouve très sous-estimée en tant que comédienne à Hollywood. Elle a tendance à avoir une image people, un peu « bimbo à la Hollywood »…
A être cantonnée à des rôles de potiche mais elle est incroyable dans le film.
Merci. Et oui, voilà, c’est ça. Et je m’étais dit que j’allais essayer de prouver qu’elle pouvait être une actrice absolument émouvante et ambiguë et jouer sur plusieurs registres et je crois que le simple fait de lui proposer ce film a été bénéfique pour elle. Je pense qu’elle souffrait sans doute à sa façon de ces clichés qu’elle se trimballait. Et je me suis dit, soit elle va comprendre ça et me dire oui tout de suite, soit elle ne comprendra pas et je ne pourrais même pas la rencontrer. Mais elle a accepté tout de suite. Ca a pris cinq jours pour qu’elle dise oui ce qui à Hollywood est exceptionnel.
C’est quelque chose que tu as l’habitude de faire avec les actrices, c'est-à-dire essayer de cerner une partie de leur personnalité qui n’avait pas été cernée jusque là.
Disons que c’est un plaisir, comme de les faire jouer à contre-emploi. C’est un plaisir qui vient beaucoup du cinéma que j’ai aimé. On sait très bien que plein d’acteurs parfois devenus très célèbres ont fait des choses parfois surprenantes dans des séries B notamment à leurs débuts. Le cinéma de genre, les séries B ou les films d’exploitation ont toujours permis de sortir un vivier d’acteurs et d’actrices parfois épatants.
Ma perception de The Secret est qu’en apparence, c’est un film plus apaisé que Martyrs mais il reste encore bien tourmenté.
Je me suis réconcilié avec mes propres tourments (rires).
Ton cinéma, est-il une sorte de prisme pour parler du monde qui t’entoure ?
En tant que jeune metteur en scène en 2012, j’ai vraiment l’impression que je ne peux pas ne parler du monde dans lequel je vis. J’aime bien l’idée que mes films, avec toute la distance liée à au genre et qu’ils sont tous les trois des sortes de fables, de contes pour adultes un peu mythologiques, c'est-à-dire mi-sociologiques mi-psychologiques, qu’ils sont un peu des mondes en soi – oui, ça parle de l’époque. Et comme j’ai un rapport très tourmenté à l’époque, j’aurais quand même beaucoup de mal à faire un film léger. J’aurais l’impression de me trahir un peu. Quand on me dit ça, je réponds « Prouvez-moi que l’époque est à se taper le cul par terre et je ferais des films moins tourmentés. » Mais comment parler de ça sans évoquer les pires clichés de l’époque ?
A la manière de certains giallos comme What have you done to your daughters ? qui mélangeaient justement les codes et les constats d’époque, j’aurais bien vu ton film s’appeler Qu’avez-vous fait à vos enfants ?
Si on avait vécu à l’âge d’or, le film aurait porté un titre comme ça et qui aurait été tellement plus beau que The Secret !
Et je trouve que quelque part, il y a presque une prolongation par rapport aux premières images de Les Révoltés de l’an 2000.
Bien sûr, et qui est un film crucial pour moi. Et parfois, les gens me demandent « Mais comment vous faites pour malaxer le genre ? » alors qu’en fait, non, Tous les cinéastes dont je me réclame n’ont pas fait autre chose. Effectivement, Dallamano parle de l’Italie écrasée par le poids du Vatican, de la religion et le puritanisme italien de l’époque, le cinéma d’exploitation ne parle que de la société, le cinéma de Hong Kong ne parle que de Hong Kong mais bien sûr, évidemment. C’est ce que Scorsese appelait les contrebandiers. Cette façon de détourner, de cacher, de dissimuler qu’avait Jacques Tourneur ou Val Lewton, de parler de leur rapport au monde, de par leur métaphysique à eux. Carpenter aussi, c’est pour ça que ses films n’ont rien à voir avec ceux de Cronenberg qui n’ont rien à voir avec ceux de Ferrara ou d’Argento. Donc je n’ai pas du tout l’impression que ce que je fais c’est singulier dans la démarche, pas du tout. Il faut vraiment que l’époque soit devenue totalement formulée et conformiste pour trouver que j’invente un truc quoiqu’on pense de mes films. Certains les trouvent complètement ratés mais ce que je veux dire, c’est que je n’ai jamais envisagé le cinéma autrement. A chaque fois, mes projets me paraissent très clairs. Oui, c’est un portrait, oui, The Secret est un portrait de l’Americana, du monde occidental en tant que ce monde occidental est un quart-monde. Il est devenu un quart-monde totalement matérialiste où il n’y a plus d’utopie, où les gens qui ont la malchance de naître dans des caravanes font mieux de s’en tirer. Et ce qui fait dire à une certaine partie de la presse que mon film est d’extrême-droite ce qui est extraordinaire ! Que l’idéologie du film est douteuse…
Ca m’a fait penser à un fait divers récent, celui de l’Arche de Zoé. Ce fait d’enlever des enfants et de décider égoïstement de leur destin, de ce qui serait le meilleur pour eux sans rien en savoir.
Exactement. Le film tourne autour d’une question que je me suis posée mais à laquelle je n’ai jamais pu répondre parce que c’est un dilemme. Si par exemple tu es un diplomate, ou PPDA puisqu’il l’a fait, et que tu vas dans un pays comme la Corée du Nord. Par ton statut, tu y as accès. Tu traverses le pays, tu arrives dans un village misérable où tu vois un petit enfant coréen nu et couvert de crasse avec ses parents à côté qui crèvent de faim, qui volent pour survivre. Bon, on a tous vu ce genre d’images et c’est stupéfiant. Ce gamin-là, tu le voles. Tu le ramènes, tu deviens son père, tu l’éduques et tu l’aimes. Si tu fais ça, est-ce que tu es un héros ou un salaud ? Et le film, c’est ça. Le film suit cela sans y répondre puisque de toute façon, on ne peut pas y répondre. Par quel truchement, une certaine presse dont Paris Match qui est quand même un magazine extraordinaire, peut dire que ce film est d’extrême-droite et contient une idéologie douteuse ? C’est un film sans idéologie, c’est un film qui suit le parcours d’une idéologue, le personnage de Jessica Biel, qui, elle, pense qu’il faut le faire. Mais le film ne la soutient pas d’une manière inconditionnelle, le film se termine quand même avec une question clairement posée et par un enfant. (suite de l'entretien...ici) Retrouvez d'autres articles sur Pascal Laugier : Pascal Laugier - "Martyrs" (Avant-première) Entretien avec Pascal Laugier Pascal Laugier - "The Secret" Entretien avec Pascal Laugier, réalisateur de "The Secret" - Deuxième partie
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