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Entretien avec Bill Plympton - Episode 2
Entretiens
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Quels sont les animateurs actuels ou les productions que vous admirez ? En premier lieu Walt Disney, je ne serais pas là sans lui. Et aujourd’hui les meilleurs animateurs sont les enfants de Walt Disney. Nick Park, Miyazaki, John Lasseter, Tim Burton, Terry Gilliam. Tex Avery est une grosse influence bien sûr, Bob Clampett aussi, mais Chuck Jones ne l'est pas tant que ça, ce qui surprend beaucoup de gens. Il y a Roland Topor, Winsor McCay, Ralph Bakshi, Quentin Tarantino, Frank Capra, Marv Newland, Carlos Nine, A. B. Frost (de la même époque de McCay). Récemment j’ai vu et beaucoup aimé Horton par BlueSky, je pense qu’il va gagner un oscar. Miyazaki bien sûr, spécialement Porco Rosso, et ce film japonais que personne ne connaît, Mind Game. C’est le Citizen Kane de l’animation pour moi (rires). J’ai vu Persepolis, c’est une belle histoire, Marjane Satrapi est une bonne raconteuse d’histoires mais pour moi l’animation y est très amateur, enfantine, je crois d’ailleurs que Marjane Satrapi a déclaré ne pas être une animatrice. Vous avez déclaré qu’étant animateur, vous pouviez jouer à être Dieu avec vos créatures, sur lesquelles vous exercez un contrôle total. Comment appréhendez-vous cela, être Dieu et donner vie à des créatures ? C’est excitant ! Le gars de Idiots and Angels, est une personne démoniaque, c’est une récréation, c’est marrant d’animer cela. Vous savez, je n’ai pas d’enfants, mais ce sont comme mes enfants, avec rien, out of love. J’ai de nombreux enfants, certains sont bons, certains sont mauvais (rires). Quelles sont pour vous les caractéristiques du don de vie ? Quand le personnage devient-il vivant, à quel moment ? Je pense que dès mon imagination. Je pense beaucoup aux personnages, je réfléchis beaucoup, puis je les vois, faire des choses, de quoi ils ont l’air, comment ils sont habillés, comment ils bougent, comment ils rigolent, et c’est comme ça qu’ils deviennent vivants, presque comme des amis à moi. Quand ils sont sur le papier, qu’ils sont dessinés et animés, les gens voient ce que j’ai dans la tête. Pour moi, le plus plaisant c’est lorsque dans une salle de cinéma, les gens rigolent à mon imagination, pendant mes films. Je parlais de cela plus tôt, c’est vraiment important pour moi que les gens rient à mes films. C’est pour cela que je teste mes films, je les montre à des tas de gens, j’écoute leurs réactions, ce qui est drôle et ce qui ne fonctionne pas. Puis je retourne dans mon studio et je fais des changements. C’est un secret : Hot Dog (montré le soir même en première mondiale, pour l’ouverture du festival), sera un test. Je retournerais à New York et ferais des changements. Jusqu’où mettez-vous de vous-même dans vos personnages ? Je pense qu’il y a un peu de moi dans tous mes personnages. Ce type, égoïste… tout le monde est égoïste, même la prostituée du film, est part de moi. Je pense qu’il y a plus de moi dans ce personnage, qui hésite entre être bon et mauvais, entre les deux côtés. On sent une vraie réflexion, vous qui appartenez à une troisième génération d’animateurs. Chez vous, l’acmé du hurt gag est une pichenette (Push Comes to Shove), l’éclatement du corps répond possiblement à l’effritement du corps averyen. En êtes-vous conscient, comment vivez-vous ces influences ? Comment en arriver à cette digestion, à ses nouvelles influences ? C’est une bonne question parce que les influences de Push Comes to Shove ont été Laurel et Hardy. Ils font ce qu’on appelle de l'humour « dead pan », sans émotions, alors que Tex Avery était (il mime, avec des onomatopées) ZIIIIIMMM, BAMMMM ! (c’est-à-dire très dynamique). J’aime l’idée de cet humour, alors je l’ai prise et exagérée de façon très violente, au possible. Sang, os… c’était le concept pour ce court métrage, alors que Tex Avery, qui est une grande influence pour moi, j’ai essayé d’aller au-delà. Il n’y a pas de sang chez Tex Avery. Pourquoi maltraiter ainsi le corps ? On sentait une évolution dans Hair High, et dans ce nouveau film ? Je pense que le corps humain est l’ultime cliché. Pour que n’importe quel type d’humour fonctionne, vous devez utiliser un cliché. Tout le monde connaît le corps, tout le monde est habitué au visage, comme on connaît un sujet, un objet. Si vous faites quelque chose de bizarre au visage ou au corps, les gens vont réagir. J’aime prendre la tragédie, la violence, et exagérer. Normalement la violence est triste, mais lorsque quelque chose devient impossible, comme ce que je fais subir au corps, cela en devient drôle. J’aime ce genre d’humour. C’est très différent. Quels sont vos projets ? Comment appréhendez-vous la promotion de ce nouveau film ? Mon distributeur français va essayer de faire passer Idiots and Angels à Cannes, nous sommes invités à Annecy, ils sont très impatients de voir le film. L’avant-première européenne sera donc à Cannes ou Annecy. Puis j’irais faire la promotion du film, signer les contrats. Mais la première mondiale aura lieu à New York. J’ai appris il y a deux jours que le festival de Tribeca voulait programmer mon film, ce n’est pas aussi prestigieux que Cannes mais déjà ! Le festival de Tribeca grandit toujours un peu plus aux Etats-Unis, c’est une bonne opportunité d’y être. Après cela j’irais dans les festivals du monde, je vais voyager. Mais le budget de ce film est beaucoup moins important que pour Hair High, 100 000 dollars. Si j’avais le budget d’un film Pixar ou de Shrek, je ferai 1000 films. Je travaille gratuitement, donc mes dépenses sont pour la coloration, le scanning et digitalising, pour faire les copies. C’est comme cela que je suis capable de financer le film moi-même. Mais mon distributeur français a mis un peu d’argent, a participé à ce film (mais peu). La musique est de Pink Martini, mon frère Peter Plympton est dans le groupe donc j’ai des musiques d’eux, de Moby et Tom Waits, de la très bonne musique. C’est grâce à ED Distribution que je suis si populaire en France. Je le suis aussi en Espagne, en Corée, mais pas aux Etats-Unis, qui ne sont pas aussi sophistiqués que la France, où vous avez des comics pour adultes, il y a un vrai public. Aux Etats-Unis cela commence tout juste. Entre Dreamworks et Disney, c’est une dure bataille. Retrouvez d'autres articles sur Bill Plympton : Bill Plympton - "Push Comes to Shove" Entretien avec Bill Plympton - Episode 1 Bill Plympton - Des idiots et des anges Entretien avec Bill Plympton - "Des idiots et des anges"
Commentaires
De : ju Bravo pour cette interview tout à fait intéressante, qui nous permet de découvrir un peu mieux cet auteur merveilleux et trop peu connu qu'est Bill Plympton !, son univers, et la conception de son travail. Moi je reste fasciné par mon unique vision des Mutants de l'espace. De : XAV eheh, je connais des animateurs de Persepolis qui vont faire la gueule :p beau travail a la journaliste ! De : mr_kenyatta En même temps, préférer "Horton" à "Persepolis", ça vous brise une réputation... De : Gaelle Je n'osais pas l'écrire Mr_Kenyatta! De : Ishmael Il a peut-être pas tout à fait tord sur Persepolis... On ne peut pas dire que le film fasse avancer quoi que ce soit en matière d'animation. Quand à son contenu perso je le trouve mieux servi par la BD. De : mr_kenyatta Ah, au temps pour moi, j'ignorais qu'un film d'animation devait nécessairement faire avancer le genre, désolé... C'est vrai qu'on peut dire que c'est tout à fait le cas d'"Horton" (que j'ai vu ce week-end en famille, hein, je le précise), dont la thématique est d'ailleurs autrement plus novatrice et audacieuse que celle de "Persepolis". Y'a quand même du snobisme mal placé, parfois... De : alexis Non je ne suis pas d'accord Persepolis qui est un film que je n'aime pas trop car je pense que son scenar (contrairement à la BD ) est assez faible et que sa mise en scène à base de fondu est très limité a surement l'une des plus belle animation que l'on a pu voir dans un long métrage récemment. Dire que " l’animation y est très amateur, enfantine " n'a pas grand interet car cela voudrait dire que choisir la simplicité revient a être "enfantin"... autant le reste de l'interview est passionnante autant ça ... J'ai beaucoup de respect pour l'artiste Plympton et l'homme est absolument charmant mais sa vision du cinéma d'animation n'est vraiment pas la mienne (certes vous me direz que sa position dans le monde de l'anim lui donne plus le droit de s'exprimer sur le sujet et vous n'aurez pas tort :) Plympton lui-même pour des raisons économiques et personnel depuis des années produit et réalise ses films sans s'arreter et souvent en "baclant" son anim à preuve l'un de ses derniers court "Shuteye Motel" ... Après pourquoi après tout ne pas plutôt aimé Horton à Persépolis si pour avoir bonne réputation il ne faut aimer que les films à message on n'est mal barré ;) Après on ne peut pas vraiment comparer les deux films à part le fait que ce sont deux films d'animation ... De : alexis En tout cas bravo à Lu pour ce premier entretien passionnant qui va en promets pleins d'autres j'espère! De : mr_kenyatta Bravo à Lu, bien sûr, ne nous détournons pas trop de l'essentiel ;-) Après, la comparaison, c'est Plympton lui-même qui l'a faite, hein ! C'est pas l'objet de parler d'"Horton" ici, mais j'ai trouvé ça franchement faiblard. Le sujet de départ pouvait pourtant donner lieu à un truc complètement surréaliste et déjanté, mais, au final, c'est peu dire qu'on reste un terrain balisé, aussi bien du côté des "petites créatures" que de celle de la jungle, avec un méchant (la kangouroute, on peut dire ça ?) particulièrement raté... A vrai dire, je connais très mal l'oeuvre de Plympton, mais les bras m'en sont tombés quand j'ai lu ça, d'où ma réaction ;-) De : Nevermind the bornu Pourtant tu ne sembles te référer qu'au scénario (à l'histoire donc) davantage qu'aux techniques/méthodes d'animation alors que Plympton lui se place sur cette voie là tout en reconnaissant des mérites de storyteller à marjane satrapi. Le bémol vient peut etre en partie de ce hiatus, le primat de l'histoire sur la technique pour toi et peut être l'inverse chez l'ami de Lu De : alexis C'est en effet souvent le problème en animation ... Maintenant le point de départ de Persépolis est bien aussi (ça se voit et lit dans la BD) le film malheureusement (à part l'anim justement) est faiblard au niveau du scenar ... En fait Plympton ne fait pas vraiment la comparaison il parle de beaucoup de films d'anim qu'il aime (Horton, Porco Rosso, Mindgame ...) et pour parler un peu de l'actualité (et parce qu'on est en France) il parle de Persépolis (quelques années auparavant il aurait parlé des Triplettes qu'il aime beaucoup!). De toute façon souvent les artistes ne sont pas forcément les gens les plus intéressants pour parler de leurs collégues et de ceui se passe dans leur art. De : mr_kenyatta Sur le plan de l'animation, "Horton" me semble n'avoir ni plus ni moins d'intérêt qu'un très bon film d'animation par ordinateur. Techniquement rien à dire de ce point de vue, de la belle ouvrage, mais, pour moi, sans intérêt si ce n'est pas au service d'une histoire un tant soit peu intéressante. De ce point de vue, c'est probablement de l'anti-Plympton, d'ailleurs ! De : Alexis Tant que les gens qui font de la synthèse (certains commencent à le comprendre ...) ne reproduiront que de l'imagerie "Cartoon" ça n'ira pas très loin en effet ... Je me permets de te contredire en ce qui concerne le coté anti-Plympton car je pense que comme il le dit lui-même il aimerait bien faire partie de ce système. Le problème c'est que Plympton veut tout faire sur ses films graphisme (très bien) anim (parfait) scenar(euh ça souvent moins bien récemment...) et donc tout en voulant faire partie du système sa manière de créer ses films l'empêchent d'y participer. Il est vrai qu'en plus malgré des avancées certaines l'anim en long métrage est toujours un peu cantonné à un public enfants De : Lu Waaaah, il en inspire des choses ce cher Bill ;) Pour "Horton", pas un gd film, le design des persos (surtout la maman kangourou) est particulièrement laid, ceci étant, l'animation (techniquement) y est plutôt bonne, et l'encart "manga" est même super bien trouvé. Le scénar' c'est effectivement une autre histoire (il faut accepter les gens différents, ah ouais ...) Si Plympton a tendance de plus en plus au minimalisme, c'est faut d'argent, son scénar' dépend hélas de cela (pas de doublage pour "Idiots and Angels" car pas d'argent pour le doublage et pas de lipsynch = gain de temps, d'argent, or le temps c'est de l'argent etc.), un cercle vicieux donc ... De : noodles pas vu horton, ni persepolis, films de plympton mais LU le débat ci-dessus ...pour une fois que ça s'excite un peu par ici ...moi j'ai revu hier metropolis l'anim et j'ai repleuré, j'ai re eu 7 ans 1/2 ... De : Alexis "Si Plympton a tendance de plus en plus au minimalisme, c'est faut d'argent, son scénar' dépend hélas de cela, un cercle vicieux donc ..." Euh oui et non. Je lui avais dit qu'il me semblait intéressant qu'il puisse un jour prendre plus de temps pour rechercher un plus gros budget par exemple en coprod avec la France pour avoir des aides du CNC,et ED distribution avait commencé des recherches dans ce sens là, Plympton était même prêt à s'installer en France. Le problème c'est que Plympton veut tout faire donc il était scénariste, réalisateur, monteur, animateur ... et pour qu'un film soit aidé par le CNC il faut quand même que la part française soit la plus importante, ce qui n'était pas le cas avec les différents postes qu'occupe Plympton. Je pense que dans le cas de Plympton plus que l'argent qui manque (avec son talent je pense que des co productions seraient envisageables) c'est sa boulimie de travail et son envie de garder le contrôle total sur ses films qui ne lui permettent pas d'aller plus loin. De : Alexis noodles: " moi j'ai revu hier metropolis l'anim et j'ai re eu 7 ans 1/2 ..." Ah quand tu vois un film d'anim tu régresses. De : noodles je me suis identifié à l'heroïne ! Quand je regarde ghost in the shell .... j'ai pas 7 ans ! FAIS PAS COMME SI tu comprenais pas ce que j'écris !! De : Alexis On fait comme on peut on fait comme on peut et dès fois c'est peu. Insérer un commentaire : |
