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Entretien avec Bill Plympton - Episode 1

Entretiens
Posté par Lu le 2008-03-28



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A l’occasion de la Fête de l’animation de Lille, du 06 au 09 mars 2008, nous avons rencontré l’animateur new-yorkais Bill Plympton.
Voici la première partie de cet entretien (par ici la seconde)

Hair High, un renouveau du style Plympton


Selon vos propres mots, votre dernier film Hair High (2005) était plus homogène, l’histoire plus solide. Comment a-t-il été reçu ?

Il n’a pas été un succès aux Etats-Unis. Mon plus gros succès a été L’Impitoyable lune de miel, Les Mutants de l’espace n’a pas rencontré lui non plus un succès. Pour Hair High, les critiques étaient très bonnes, mais le problème a été le distributeur, qui ne croit pas qu’il existe un réel marché pour l’animation pour adultes. J’ai du distribuer le film moi-même, ce qui est très dur aux Etats-Unis. J’ai du faire des posters, des prints, des advertisings, travailler avec des cinémas, pour les contrats. Moi je veux juste dessiner ! La distribution n’est pas la partie plaisante. Mais les courts-métrages sont très populaires, c’est comme cela que je me suis fait de l’argent. C’est probablement avec Hair High que j’ai perdu le plus d’argent. Le film a coûté 400 000 dollars, et en a rapporté 200 000.


Justement, pour gagner le plus d’argent possible, vous développez des produits dérivés, des extensions de vos films. Les personnages principaux de Hair High, Cherri, Rod et Spud, ont même chacun une page myspace à leur effigie. Pur marketing ou étiez-vous particulièrement attaché à ces personnages là ?

C’est du marketing. Je vais être honnête avec vous, je ne vais pas sur internet, je ne regarde pas mes emails, j’ai des gens qui font cela pour moi mais je pense qu’il est important d’être sur myspace, Youtube, pour la distribution. Pour Hair High, j’avais même installé une anicam sur ma table de dessin, et de nombreuses personnes venaient voir l’évolution des dessins.


Après Hair High, vous avez déclaré que vous seriez prêt à accepter une proposition de Jeffrey Katzenberg (Dreamworks) à travailler sur Shrek 3 ou 4, pour éponger vos dettes, alors que vous aviez refusé le pont d’or de Disney pour Alladin. Et aujourd’hui avec vos dettes, seriez-vous toujours prêt à accepter, à vendre votre âme ?

Pour Alladin, Disney m’a offert 2 millions de dollars pour travailler pour eux mais c’était une situation différente, c’était seulement pour être animateur. Si Dreamworks vient me voir et me propose d’être réalisateur, pourquoi pas, cela pourrait être intéressant. Je n’aurais pas l’impression de vendre mon âme. Je suis très jaloux quand je vois, à la sortie d’un nouveau film Pixar, des affiches partout dans le monde, des centaines de copies, des millions de dollars. Ça serait toujours un film de Plympton, il y aurait toujours mon sens de l’humour, mes personnages, mais ça serait une grosse corporation.



Comment est venue l’idée du nouveau film, Idiots and Angels, au thème plus noir ? Est-ce à nouveau un rêve ?

C’est une question intéressante. Pour tous mes films, je sais d’où vient l’idée, mais pour Idiots and Angels je n’en ai aucune idée, c’est juste stocké là dans ma tête, ça a explosé. Je me souviens de la première fois que j’en ai parlé, c’était ici, au festival du court-métrage, en 2005. Je marchais dans la rue avec des bénévoles du festival et l’un d’eux m’a demandé ce que serait mon prochain film : « je ne sais pas, je pense à un gars qui serait un vrai asshole, et qui aurait des ailes. » Le bénévole m’a dit « oui c’est une bonne idée ». J’y ai repensé le soir dans ma chambre d’hôtel, je me suis mis à noter des idées, faire des dessins, j’étais vraiment excité.


Votre humour est très visuel, vous mettez le corps à mal. Dans Hair High, on trouvait aussi un humour dans les dialogues, des jeux de mots sur Cherri et Spud, tout un jeu autour de l’anthropomorphisme. Où en êtes-vous, avez-vous continué avec ce nouveau film ?

Non. Pour Hair High, j’ai en fait travaillé avec un ami à moi qui est écrivain, un auteur de comédies. Il a de nombreuses blagues verbales. Ca a été possible grâce à tout cet argent. Il y avait de nombreux acteurs (pour le doublage), qui ont été très chers. Pour Idiots and Angels, pas de voix. Je pense que dans le prochain film non plus il n’y aura pas de voix. C’est tellement plus simple, j’ai juste à dessiner, et voilà. Pas de lipsynch à me soucier. Comme dans Les Triplettes de Belleville, pas de dialogues.


Le trait brouillon et esquissé habituel, le style rough, était devenu clean dans Hair High. L’affiche de Idiots and Angels présage d’un retour aux sources (qui collerait peut-être plus au thème du film). Si tel est le cas (je n’ai pas encore vu les extraits du film), pouvez-vous l’expliquer. Est-ce encore une question d’argent ?

Vous savez qui m’a beaucoup influencé pour ce film ? C’est Roland Topor, son style grotesque. Pour ce film, je voulais un style messy. (il demande un crayon pour nous montrer). Un film noir, très sombre, avec des ombres, voilà ce que je voulais. J’ai découvert Roland Topor au Collège. (il esquisse un visage, passe son doigt dessus) Plus le trait est sale et mieux c’est. (il passe le bout du crayon), c’est comme cela que j’aime. c’est tellement rapide, c’est fini. J’adore, c’est une liberté. Si je fais une erreur, j’ai juste à redessiner par-dessus.


Des ailes, un nouveau moyen de torturer le corps ?

Pour moi les ailes sont le spirit of the soul. Etre libre, être bon comme un ange, faire de bonnes choses. C’est pourquoi l’homme ici sur l’affiche est une mauvaise personne. Il est égoïste, les ailes sont là pour le faire devenir une bonne personne. C’est une morale. Je n’aime pas les films avec de la morale. La raison pour laquelle j’ai fait ce film, c’est qu’être une mauvaise personne avec des ailes est intéressant, intriguant. Je ne veux pas marteler cela dans la tête des gens, c’est juste une situation intéressante.




Qui sont les idiots et qui sont les anges ?

Il y a quatre personnages dans un bar. Le tenancier est jaloux des ailes, il les voudrait, alors il devient un idiot. Le personnage principal aussi est un idiot. La grosse femme aussi est idiote. Elle est une ancienne prostituée.



Retrouvez une critique du court métrage de Plympton Push Comes to Shove en ces lieux.


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Bill Plympton - "Push Comes to Shove"
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