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Emmanuele Crialese "Terraferma" (DVD)

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Posté par Olivier Rossignot le 2012-09-03



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Après les remarquables Respiro et Golden Door le cinéaste italien Emmanuele Crialese continue de jouer sa petite musique limpide et entêtante, pour un cinéma toujours solaire et liquide – entouré par le bleu de la mer. C’est sur la même île de Sicile que Respiro qu’il situe l’argument de Terraferma, une île dans laquelle la pêche (principale ressource économique) se meurt pour laisser place au tourisme, mais où les vieilles générations continuent encore de lutter pour sauver ce qu’il reste de l’idéal auquel elles ont voué leur vie. Philippo et son grand-père font donc figure de résistants et partent quotidiennement étendre leurs filets, jusqu’au jour où ils sauvent un groupe d’immigrés clandestins africains, bouleversant ainsi la paix du village. Certes, Terraferma est un opus un peu mineur, probablement trop ancré dans l’actualité et le désir de démontrer, de dénoncer et d’imposer son message pour prendre son envol vers des cieux plus oniriques tel qu’avait pu le faire Golden Door, métamorphosant l’odyssée de ses immigrants en magistrale valse marine. Si la fable de tolérance est un peu naïve, basée sur des oppositions assez schématiques et binaires (opposition tourisme/pêche, loi/altruisme, pureté rurale des anciens/ réalisme économique de leurs fils), la sincérité de Crialese, jamais à mettre en doute, rend Terraferma toujours attendrissant. Fasciné par les humbles, les rejetés, les insulaires, il impose comme figure emblématique à même de résumer à lui seul son cinéma, son acteur fétiche Filippo Pucillo qui, comme dans Respiro, donne son prénom au personnage. Pucillo semble jouer d’instinct, emportant littéralement le film avec lui dans son animalité et sa candeur. Le cinéma de Crialese est là, misant sur le hasard, laissant les acteurs avec une situation et leur offrant la liberté de la jouer naturellement.
 

 
La singularité de Crialese tient à sa capacité à ne jamais faire sombrer dans la noirceur un sujet dans laquelle la tragédie menace toujours (le naufrage des clandestins, le malaise du grand père, la naissance du bébé…). Car pour le cinéaste, tout point d’interrogation reste un espoir. Quelques scènes splendides et improbables nous rappellent la capacité de Crialese à s’échapper du réel et à métamorphoser le quotidien en chorégraphie, que les naufragés – moment nocturne beau et terrifiant– se précipitent à la nage pour monter sur un petit bateau au risque de le faire chavirer, ou qu’ils s’échouent sur la plage, accueillis et bercés par des touristes bienveillants. Crialese utilise les habitants de l’île de Linosa, emprunte leurs appartements en guise de décor, augmentant l’authenticité de l’ensemble. Et puis, il y a la mer, omniprésente, impétueuse et protectrice dont le bleu vous étreint plus que jamais toujours aussi fortement dans le cinéma de Crialese, vous faisant ressentir sa terrassante grandeur et sa fraicheur, cette jonction de violence et d’infinie douceur. Malgré son symbolisme un peu littéral, Terraferma émeut par sa justesse, parce qu’il évoque à travers le cheminement de son héros un éveil à un élargissement de la conscience vers la collectivité, de l’insularité de l’esprit vers l’altruisme, cet éveil qui lui permettra de s’échapper du carcan des lois, pour les autres, les exclus, les anonymes, au péril de sa vie, par la mer, vers la terre ferme. Un autre monde. Et c’est par ce choix même, pour Crialese, qu’un adolescent meurt pour donner naissance à un homme.
_____________
Un beau transfert. On regrette qu’aucune sortie blu ray n’ait été envisagée. En guise de bonus, un joli making off qui nous éclaire sur la méthode de travail de Crialese, et en particulier sa façon de capter chez les acteurs le plus de spontanéité possible en leur laissant une liberté d’improvisation face à la situation présentée. On est également particulièrement ému par la participation des habitants de l’île, telle cette vieille dame perturbée par l’irruption de l’équipe dans sa maison, très inquiète à l’idée de voir son frigo déplacé.
 
 
Terraferma (Italie, 2011) d’Emmanuele Crialese – dvd édité par France Télévisions distribution
 




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