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Emmanuel Mouret - "Un baiser s'il vous plait"

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Posté par Un Bornu s'il vous plait le 2007-12-21



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Emmanuel Mouret monte en puissance. Jeune auteur/réalisateur/acteur et pourtant déjà coupable de quatre long-métrages (plus un format court intitulé "Promène toi donc toute nue") il signe avec "Un baiser s'il vous plait" un film de très bonne facture et somme toute rassurant pour l'idée du cinéma d'auteur français (j'en vois un qui baille déjà au fond). Je parle de cinéma d'auteur non pour ériger une quelconque chapelle segmentante mais simplement pour mieux y opposer la tendance lourde du cinéma français à faire des films estampillés top-cool incluant en général des "acteurs" (sic) étant passés par Canal plus à un moment ou à un autre de leur "carrière" (re-sic) quand ce n'est pas par le Théatre des Blanc-manteaux ou le Café de la gare.

Existe-t-il des baisers sans conséquences ? Voilà le point de départ du film. Un marivaudage élégant dans le Paris et le Nantes d'aujourd'hui à travers la rencontre d'un damoiseau et d'une damoiselle (superbes Julie Gayet et Michael Cohen, mention pour la demoiselle qui irradie film après film l'écran de toute sa lumière) qui vont, au fil de leur discussion prolongée tour à tour par l'un et l'autre, rendre compte d'une histoire survenue à Paris et mettant en scène un baiser et ses fameuses conséquences.

Le baiser c'est celui qu'échange Emmanuel Mouret (bien moins figé dans le role récurrent qu'il se taillait dans ses précédents films) et Virginie Ledoyen (parfaite dans le role d'une jeune bourgeoise à chignon, je ne sais pas si c'est un compliment), les deux meilleurs amis du monde. Le personnage d'Emmanuel Mouret souffre de misère affective et son amie entend donc jouer le role de l'infirmière. Mais les choses ne se passent pas toujours comme on s'y attend et le reste de l'intrigue, nonobstant les aller-retours vers le couple Gayet/Cohen, délicates respirations narratives où l'élégance et la séduction passent et dans les regards et dans les mots, va tendre vers un marivaudage "classique" bien que subtilement et efficacement écrit, dialogué et mis en scène.



Le cinéma d'Emmanuel Mouret avait jusqu'ici un coté attachant : Un personnage lorgnant vers un Woody Allen des beaux quartiers et des films lorgnant vers du Rohmer feutré (je veux dire, encore plus feutré que le maitre). Il avait aussi un coté agacant avec un maniérisme sans doute revendiqué mais bien trop étouffant au bout d'un moment. Son précédent film "Changement d'adresse" était déjà bien mieux maîtrisé et agréable que ses deux premiers ("Laissons Lucie faire" et "Venus & Fleur"), nous avons droit avec "Un baiser s'il vous plait" à un Mouret plus à l'aise et dans l'écriture et dans le jeu. Il ne bafouille guère plus une phrase sur deux, il tombe même la chemise cette fois, le corps tentant cette fois de corriger avec nuances l'hégémonie du verbe, cela surprend et au final ravit. Une évolution déjà présente au fil de sa filmographie et liée sans doute à une maîtrise (confiance?) accrue du cinéaste pour son travail qui lui permet de quitter le cocon dans lequel il excelle (le dialogue) pour un univers plus riche et par conséquent moins unidimensionnel. Attention toutefois, si ce film est en effet moins "écrit" que les précédents c'est bien évidemment sans oter aux dialogues leur place centrale, c'est simplement un film moins écrit à l'échelle du cinéma d'Emmanuel Mouret. Cela reste un film bavard et les allergiques à ce style de cinéma auront bien du mal à trouver refuge et salut dans le coté charnel du propos.

Film très plaisant donc, même s'il est dommage que l'intrigue tende à tourner un peu en rond dans le second tiers du film, quand il est question de stratagème marivaudien et d'hésitations coupables entre les deux amants qui se refusent de se considérer comme tel, un peu comme si la construction de l'intrigue "parisienne" s'empêtrait dans sa résolution (le coup du portable volé pour expliquer le silence par exemple... Mouais...). Petit bémol quoiqu'il en soit puisqu'une superbe scène de rupture imaginaire vient atténuer cet ennui suintant derrière la redite "parisienne". Les scènes entre Michael Cohen et Julie Gayet sont par contre superbes de bout en bout, définitivement superbes, le désir qui monte petit à petit en eux au fur et à mesure que les plans (des rues de Nantes à une camionette, du bar de l'hotel à une chambre) se resserrent sur les visages est un pur moment de bonheur cinématographique. Si bien que les dernières (et magnifiques) images de fin sonnent comme une douleur, une boule dans le ventre qui s'étiole petitement sitot les lumières rallumées et les spectateurs rendus au monde du-dehors. Finalement la leçon du film n'est-elle pas que le doux chant du possible qui cercle les scènes "nantaises" n'est-il pas toujours plus touchant et émouvant que les conséquences "parisiennes"de l'après, même s'il est question d'amour surgissant comme à l'improviste et emportant tout sur son passage?

Un mot aussi sur la musique (Mozart, Schubert et d'autres) qui rythme parfaitement les séquences et s'accolle avec bonheur au coté gouleyant des dialogues et des scènes. Elle concourt à faire de ce film une réussite stylistique maitrisée (ou presque) de bout en bout. Au final un film bien éloigné et finement dégrossi des tics d'écriture/réalisation/jeu vus jusqu'ici chez Emmanuel Mouret. On attend son prochain film avec grande impatience.

Existe-t-il des baisers sans conséquences ? La question reste ouverte.


La bande-annonce :


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