
|
Emmanuel Mouret - "Un baiser s'il vous plait"
Sorties salles
|
![]() ![]() |
|
Emmanuel Mouret monte en puissance. Jeune auteur/réalisateur/acteur et pourtant déjà coupable de quatre long-métrages (plus un format court intitulé "Promène toi donc toute nue") il signe avec "Un baiser s'il vous plait" un film de très bonne facture et somme toute rassurant pour l'idée du cinéma d'auteur français (j'en vois un qui baille déjà au fond). Je parle de cinéma d'auteur non pour ériger une quelconque chapelle segmentante mais simplement pour mieux y opposer la tendance lourde du cinéma français à faire des films estampillés top-cool incluant en général des "acteurs" (sic) étant passés par Canal plus à un moment ou à un autre de leur "carrière" (re-sic) quand ce n'est pas par le Théatre des Blanc-manteaux ou le Café de la gare. Existe-t-il des baisers sans conséquences ? Voilà le point de départ du film. Un marivaudage élégant dans le Paris et le Nantes d'aujourd'hui à travers la rencontre d'un damoiseau et d'une damoiselle (superbes Julie Gayet et Michael Cohen, mention pour la demoiselle qui irradie film après film l'écran de toute sa lumière) qui vont, au fil de leur discussion prolongée tour à tour par l'un et l'autre, rendre compte d'une histoire survenue à Paris et mettant en scène un baiser et ses fameuses conséquences. Le baiser c'est celui qu'échange Emmanuel Mouret (bien moins figé dans le role récurrent qu'il se taillait dans ses précédents films) et Virginie Ledoyen (parfaite dans le role d'une jeune bourgeoise à chignon, je ne sais pas si c'est un compliment), les deux meilleurs amis du monde. Le personnage d'Emmanuel Mouret souffre de misère affective et son amie entend donc jouer le role de l'infirmière. Mais les choses ne se passent pas toujours comme on s'y attend et le reste de l'intrigue, nonobstant les aller-retours vers le couple Gayet/Cohen, délicates respirations narratives où l'élégance et la séduction passent et dans les regards et dans les mots, va tendre vers un marivaudage "classique" bien que subtilement et efficacement écrit, dialogué et mis en scène. ![]() Le cinéma d'Emmanuel Mouret avait jusqu'ici un coté attachant : Un personnage lorgnant vers un Woody Allen des beaux quartiers et des films lorgnant vers du Rohmer feutré (je veux dire, encore plus feutré que le maitre). Il avait aussi un coté agacant avec un maniérisme sans doute revendiqué mais bien trop étouffant au bout d'un moment. Son précédent film "Changement d'adresse" était déjà bien mieux maîtrisé et agréable que ses deux premiers ("Laissons Lucie faire" et "Venus & Fleur"), nous avons droit avec "Un baiser s'il vous plait" à un Mouret plus à l'aise et dans l'écriture et dans le jeu. Il ne bafouille guère plus une phrase sur deux, il tombe même la chemise cette fois, le corps tentant cette fois de corriger avec nuances l'hégémonie du verbe, cela surprend et au final ravit. Une évolution déjà présente au fil de sa filmographie et liée sans doute à une maîtrise (confiance?) accrue du cinéaste pour son travail qui lui permet de quitter le cocon dans lequel il excelle (le dialogue) pour un univers plus riche et par conséquent moins unidimensionnel. Attention toutefois, si ce film est en effet moins "écrit" que les précédents c'est bien évidemment sans oter aux dialogues leur place centrale, c'est simplement un film moins écrit à l'échelle du cinéma d'Emmanuel Mouret. Cela reste un film bavard et les allergiques à ce style de cinéma auront bien du mal à trouver refuge et salut dans le coté charnel du propos. Film très plaisant donc, même s'il est dommage que l'intrigue tende à tourner un peu en rond dans le second tiers du film, quand il est question de stratagème marivaudien et d'hésitations coupables entre les deux amants qui se refusent de se considérer comme tel, un peu comme si la construction de l'intrigue "parisienne" s'empêtrait dans sa résolution (le coup du portable volé pour expliquer le silence par exemple... Mouais...). Petit bémol quoiqu'il en soit puisqu'une superbe scène de rupture imaginaire vient atténuer cet ennui suintant derrière la redite "parisienne". Les scènes entre Michael Cohen et Julie Gayet sont par contre superbes de bout en bout, définitivement superbes, le désir qui monte petit à petit en eux au fur et à mesure que les plans (des rues de Nantes à une camionette, du bar de l'hotel à une chambre) se resserrent sur les visages est un pur moment de bonheur cinématographique. Si bien que les dernières (et magnifiques) images de fin sonnent comme une douleur, une boule dans le ventre qui s'étiole petitement sitot les lumières rallumées et les spectateurs rendus au monde du-dehors. Finalement la leçon du film n'est-elle pas que le doux chant du possible qui cercle les scènes "nantaises" n'est-il pas toujours plus touchant et émouvant que les conséquences "parisiennes"de l'après, même s'il est question d'amour surgissant comme à l'improviste et emportant tout sur son passage? Un mot aussi sur la musique (Mozart, Schubert et d'autres) qui rythme parfaitement les séquences et s'accolle avec bonheur au coté gouleyant des dialogues et des scènes. Elle concourt à faire de ce film une réussite stylistique maitrisée (ou presque) de bout en bout. Au final un film bien éloigné et finement dégrossi des tics d'écriture/réalisation/jeu vus jusqu'ici chez Emmanuel Mouret. On attend son prochain film avec grande impatience. Existe-t-il des baisers sans conséquences ? La question reste ouverte. La bande-annonce : Retrouvez d'autres articles sur Emmanuel Mouret : Emmanuel Mouret – "Fais-moi plaisir !"
Commentaires
De : Lu Jolie chronique qui rend parfaitement hommage au joli film vu :) ! Je rajouterais juste que Mouret continue son épure stylistique visuelle. Dans "Changement d'adresse", les couleurs étaient très pastels, déclinées dans des camaïeus (de bleu notamment), qui créaient une atmosphère ouatée, confinée. Ici, la bourgeoise parisienne se pare de beige et de blanc, et les murs écrus et vides de son grand appartement n'en sont que plus efficaces, pour exprimer tout ce qui la retient, l'aspect clinique de sa vie et de la découverte de son amour pour son meilleur ami. Le cadre est une bulle suspendue offerte aux amants. Et cette atmosphère à nouveau feutrée correspond bien au huis-clos qui se joue. A Nantes, l'épisode sensuel entre Julie Gayet et Michael Cohen est filmé dans des teintes chaudes, des imprimés pourpres qui disent la passion plus dévorante du couple. Tout se tient et crée un visuel très réussi. L'importance du geste montré aussi. Mais n'en dévoilons pas trop. De : Laissons Lucie Faire Ca participe en effet d'un film abouti de part en part (en dehors des réserves concernant l'intrigue parisienne sur la fin), bien plus que les précédents films d'Emmanuel Mouret. J'aurais presque envie de le revoir ! De : CHangement de bornu Et à la réflexion c'est un sentiment assez plaisant de ne pas savoir si un film se termine bien ou mal, c'est là encore un petit signe de la réussite du film :! une fin ouverte. "Le film se termine à l'écran et il continue encore dans nos tetes alors que nous sommes déjà sortis de la salle" Claude Lelouch - 2007 De : Infernalia Et, donc Virgine Ledoyen répond-elle finalement dans ce film à son syndrome de naked-actress noté par Lu ? De : Lu Yes it is ! De : Also sprach zarabornu POur élever un peu le débat en reprenant le postulat de départ : Y'a t il des baisers sans conséquences ? Je serais tenté de dire oui, d'ailleurs je le dis : oui, il y a des baisers sans conséquences Des baisers sans motifs (ou causes) ça par contre ca n'existe pas. Voilà. De : un jus s'il vous plait Le plaisir de ce film est double, car à l'ennui envisagé au son de la comédie romantique française, vient se substituer un film intelligemment mené, cohérent, dense, capable de subtilité et de finesses. Un film qui a du charme et qui fait assez de bien sur les écrans je pense. Néanmoins, si Mouret "aboutit" un style épuré, je crois qu'il nous faut attendre encore une petite étape pour accéder à quelque chose de véritablement fort et prégnant. Effectivement les scènes avec Julie Gayet et Michael Cohen nous en offrent un joli aperçu. De : carolyp Hier j'ai regardé 4 films de suite (l'histoire de finir mes tickets avant le 31/12!!), un peu bête mais beaucoup de plaisirs, dont UN BAISER SVP... Cela fait plusieurs années que je m'intéresse peu aux films français d'aujourd'hui, en préférant ceux des années 50 à 70. Les 3 que j'ai vu hier, UN BAISER / ACTRICES / LA GRAINE, franchement ça a beaucoup changé mon avis. Je vois 'l'espoir et un grand avenir' des films français contemporains (pas MA MERE ni CALIFORNIE, s'il vous plait!). Dans UN BAISER, pour moi, c'est un pur moment agréable de voir la sensibilité et la subtilité d'un film français. De : B.annonce Vidéo rectifier http://fr.youtube.com/watch?v=G-xioswY_AU Amicalement Insérer un commentaire : |
