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Duncan Jones – "Source Code"
Sorties salles
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On se souvient que, dans Un jour sans fin, Bill Murray devait revivre éternellement les mêmes vingt-quatre heures pour enfin laisser l’amour entrer dans son cœur. Dans Source Code, Jake Gyllenhaal, lui, n’a que huit petites minutes pour identifier l’auteur d’un attentat terroriste ferroviaire et l’empêcher d’en perpétrer un second, bien plus meurtrier encore, six heures plus tard, en plein Chicago. Mais, comme Phil Connors (Murray), le capitaine Colter Stevens (Gyllenhaal) a droit à plusieurs "chances", un peu comme un gamer dispose d’un certain nombre de vies pour parvenir à la plateforme suivante, apprenant à chaque fois de ses échecs précédents. Peut-être son scénariste, Ben Ripley (à qui l’on doit notamment le script de La Mutante 3 ; donc pas si talentueux, a priori), a-t-il jugé ce simple pitch trop banal, trop proche, aussi, de la situation du film d’Harold Ramis, auquel le début de Source Code fait inmanquablement penser. Alors il pimente l’affaire d’une vraie mauvaise idée et d’une autre, plus intéressante. ![]() Michelle Monaghan et Jake Gyllenhaal
La mauvaise idée, c’est la romance impossible (huit minutes d’histoire d’amour maxi avant que le train n’explose et ne pulvérise tous ses passagers !) entre Stevens et la jeune femme inconnue qu’il retrouve à chaque fois assise face à lui (c’est Michelle Monaghan, alors il est vrai qu’on peut le comprendre…). Mais, justement, nous ne sommes pas dans Un jour sans fin ni dans un film romantique et cette intrigue ne fait que parasiter Source Code sans réellement enrichir son scénario : supprimez les scènes avec Michelle Monaghan et le film tient tout autant et sans doute mieux (sans compter qu’on échappe ainsi à une fin embarrassante et pas du tout en accord avec la tonalité du reste du film). Elle contribue surtout à décridibiliser la partie thriller du récit : quand vous êtes en mission militaire pour sauver deux millions de vies et que vous ne disposez pour ce faire que d’une grosse poignée de minutes, il y a sûrement d’autres priorités que de tomber amoureux. Ce n’est malheureusement pas la seule raison pour laquelle, en tant que thriller, Source Code ne fonctionne pas très bien. Pas besoin d’être le fils caché de Miss Marple et d’Hercule Poirot pour comprendre qui est le coupable dès le deuxième "repeat" du film, après seulement vingt minutes… ![]() Jake Gyllenhaal
Mais si Source Code est vendu comme un thriller d’action (ce qu’il est, majoritairement), on nous rétorquera qu’il est aussi beaucoup plus que ça : une interrogation sur l’identité et le destin. Car Stevens est un soldat en mission d’un genre très particulier, qui ne voyage pas inlassablement dans le temps (et ne peut influer sur le futur des gens qu’il rencontre à chaque "retour" et donc les sauver), qui n’évolue pas non plus dans un véritable monde parallèle, mais dans une sorte de programme informatique où seule pénétrerait sa conscience. Pour une raison qu’on ne vous dévoilera pas et qui constitue le vrai suspense du film et son twist un peu à la Shyamalan (mais voilà que nous en avons peut-être déjà trop dit ?...). Si le spectateur ne comprend rien aux explications du responsable de l’opération Code Source (Jeffrey Wright), c’est logique, le propos du film n’est manifestement pas de la rendre scientifiquement crédible. Elle est surtout pour Duncan Jones, le réalisateur, l’occasion de nous proposer une nouvelle variation sur les thèmes qui traversaient déjà son premier et précédent long-métrage, Moon. Mais là où Moon était beaucoup plus conceptuel, risqué et presque avant-gardiste, revisitant largement le 2001 de Kubrick *, avec quelques emprunts aussi au Solaris de Tarkovski, Jones tente ici d’aborder les mêmes questionnements métaphysiques au travers du film de genre, plus mainstream qu’expérimental. Projet séduisant mais qui débouche finalement sur un film à la mise en scène carrée mais trop impersonnelle et, surtout, plombé par un scénario manquant vraiment de rigueur. * D’une certaine manière, dans Source Code, Vera Farmiga joue un peu le même rôle que l’ordinateur GERTY de Moon, lui-même inspiré du HAL 9000 de 2001. PS : S’il n’est pas fait mention ici de l’origine familiale de Duncan Jones (prénommé David, son père a connu la gloire en empruntant le nom d’un fameux couteau…), c’est tout simplement parce qu’il n’y a pas grand-chose à en dire. Tout juste peut-on éventuellement s’amuser à voir en Jake Gyllenhaal un cousin éloigné du Major Tom de Space Oddity. Mais sans doute moins que ne l’était Sam Rockwell dans Moon… PS2 : En dépit de son titre identique, le film est sans rapport avec le roman de William Gibson, le pape de la littérature "cyberpunk". Retrouvez d'autres articles sur Duncan Jones : Duncan Jones - "Moon" (Blu-Ray)
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