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Du côté de Gaumont Classiques, nouveautés Septembre-Octobre
Sorties DVD
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Place d’abord au bon vieux cinéma populaire français des années 60, placé sous l’égide de Michel Audiard. Classique des rediffusions télé, Un taxi pour Tobrouk du très anonyme Denis de la Patellière reste un incontournable film du dimanche soir toujours très agréable à suivre, en particulier grâce à la confrontation Lino Ventura, Hardy Kruger, Maurice Biraud et Charles Aznavour, beaux personnages aussi archétypiques qu’attachants, tout en postures et en phrasé. On a beau avoir un regard critique et ne pas pouvoir crier au génie, cette aventure de quatre hommes perdus dans le désert lybien durant la dernière guerre et forcés de cohabiter avec le soldat allemand qu’ils ont fait prisonnier réserve de beaux moments, jolie œuvre sur l’absurdité de la guerre, aussi naïve qu’émouvante. Passons ensuite au prototype du film d’aventures viriles à la française dans lesquels s’illustrèrent Verneuil et Lautner avec leurs acteurs fétiches, épaulé par des dialogues d’Audiard toujours percutants. 100 Mille dollars au soleil n’est ni Le Salaire de la peur de Clouzot, encore moins Le convoi de la peur de Friedkin, ou Le convoi de Peckinpah, mais s’apparente à ces road movies en camion dans lesquels les routiers baroudeurs plus ou moins sympas montrent qu’ils en ont. Ici, le duo Ventura-Belmondo fait des étincelles à gros coups de répliques argotiques qui font toujours mouche, l’un poursuivant l’autre s’étant enfui avec une cargaison qui vaut de l’or. Si le film fonctionne toujours et qu’on y rit beaucoup, en particulier grâce aux seconds rôles, dont un Bernard Blier racontant ses aventures de séducteur avec un sourire grivois, on sera plus circonspect quand à son contenu misogyne et post-colonialiste. On a beaucoup critiqué Hergé mais on tient tout de même avec 100 mille dollars au soleil, ses femmes esclaves et ses bons serviteurs arabes au service des blancs, le symptome même de cinéma de quartier sur lequel ironisera le OSS 117 d’Hazanavicius. Aussi amusant que soit le film de Verneuil il est clair qu’il nécessite toute la distance nécessaire pour l’apprécier. Nous ne nous éterniserons pas sur Le Pacha, unique collaboration de Gabin avec Lautner aussi sympathique qu’archétypique, mais dans lequel les dialogues d’Audiard sont toujours aussi efficaces (« Quand on mettra les cons sur orbite, t'as pas fini de tourner »), tout comme la formidable BO de Gainsbourg qui inclut son célèbre « Requiem pour un con » De plus n’importe quel film avec Dany Carel est un film à voir ! On se demande si la sortie en blu ray de Je Hais Les acteurs était indispensable, cette adaptation par Gérard Krawczyk de Ben Hecht, hommage laborieux aux films noirs des années 40 ayant fort mal vieilli.
Honneur à Jacques Becker dont le fils indigne (le prototype du film à Césars, c’est lui) a eu tendance à éclipser la remarquable carrière du père. Si l’on connaît surtout Becker pour Le Trou qui reste probablement son chef d’œuvre, sa carrière débute peu avant la deuxième guerre mondiale. Citons par exemple l’excellente adaptation de Pierre Very, Goupil Mains Rouges (1943), ou encore le magnifique Casque d’or (1952). Gaumont Classiques nous propose tout d’abord le splendide Antoine et Antoinette, aux héros aussi attendrissants que les amants de Saint-Jean, chronique sociale et chronique d’un amour mettant en scène deux héros ouvriers, aux sentiments purs indétrônables que leur modeste condition consolide chaque jour un peu plus. Sans cesse courtisée, tentée par des messieurs plus âgés (Noël Roquevert parfaitement sournois) qui lui font miroiter une vie meilleure, Antoinette (Claire Mafféi) est aussi candide que sûre de ses sentiments vis-à-vis d’Antoine (Roger Pigaut). Et si l’arrivée puis la perte d’un billet de loterie gagnant métamorphose Antoine et Antoinette en fable et en conte de fée, il n’en garde pas moins une vraie dimension politique, éloge du peuple et des ouvriers, soulignant avec légèreté toutes les inégalités sociales, ainsi qu’un formidable portrait de la vie parisienne de l’après guerre. Biographie plutôt illustrative de Modigliani, Les Amants de Montparnasse (plus connu sous son titre d'origine, Montparnasse 19) n’est certes pas du grand Becker, mais l’interprétation de Gérard Philippe est tellement stupéfiante qu’il est difficile de ne pas être ému. Son jeu paraît étrangement en avance sur son temps et il apporte au personnage de Modi, le souffle du tourment et du désespoir, si bien qu’on en oublie finalement les faiblesses d’un film trop académique. La photo de Christian Matras est splendide, immergeant dans un Paris somnambule plutôt envoutant. Paul Misraki y signe également une partition particulièrement inspirée. A signaler de très beaux seconds rôles dont Gérard Sety et la toute jeune Anouk Aimé incarnant la malheureuse femme du peintre.
Deuxième grand cinéaste réédité par Gaumont Classiques pour cette nouvelle fournée, Jean-Luc Godard voit deux de ses œuvres majeures bénéficier d’un transfert HD exemplaire. On a régulièrement coutume d’opposer au sein de la nouvelle vague Truffaut - cinéaste bourgeois - à Godard - cinéaste marxiste - ce qui est un peu réducteur, Truffaut étant caractéristique d’une tradition plus ouvertement littéraire, voire même romantique, là où les préoccupations sociales de Godard le posent d’emblée comme un cinéaste politique, nature qu’il n’abandonnera jamais jusqu’à Film-socialisme. Oui, Godard n’a jamais cessé de se passionner pour son époque, ses bouleversements passés et ceux qui s’annoncent, ses inégalités, à la fois ulcéré et interrogateur, avec un regard toujours distancié qui s’applique également sur une forme très inspirée de Brecht. Chacun de ses films questionne le cinéma lui-même et l’Art en général (C’est particulièrement frappant dans La Chinoise). Si les similitudes avec Truffaut paraissent évidentes avec Bande à Part - qui ressemble parfois à un Jules et Jim excentrique - Godard utilisant lui aussi la voix off d’un narrateur cinéaste extra diégétique pour disséquer le sentiment, Bande à part procède déjà à la rupture de style d’un cinéma plus expérimental, qui ne recule pas devant la mise en abime du cinéma en train de se faire et l’adresse au spectateur. Sous ses apparences de comédie policière - un peu - absurde et qui tourne – un peu – au drame, Bande à Part dresse un beau portrait de la jeunesse pré-soixante-huitarde. L’hésitation entre l’anarchisme et le marxisme, son intérêt pour une fracture sociale qu’il intègre au processus littéraire témoigne déjà d’un cinéma qui fait bande à part. Son esprit de rébellion anti-bourgeois, la beauté juvénile de ses sentiments et sa visite du musée du Louvre en moins d’un quart d’heure suffiraient à faire de Bande à Part une perle poétique et décalée qui présage déjà de tout ce qui va suivre… historiquement et artistiquement. Beau choix que d’enchainer avec La Chinoise, qui justement vient définitivement placer Godard dans le rang des cinéastes politiques, alliant la profondeur de son propos à un radicalisme formel total. Ici, rien ne sert de rechercher la linéarité, l’intrigue, la narration étant éclatée, en bribes, en pièces de puzzle, multipliant les intertitres et les phrases de tracts, les photos d’archives, en une forme de fiction de documentaire. « C’est de la fiction, mais ça m’a rapproché du réel ». Godard multiplie par l’intermédiaire de ses acteurs les « faux » témoignages pour reconstruire les vrais propos des étudiants de l’époque. On a voulu faire de La Chinoise, un film prophétique de mai 68, mais somme toute, ce sont les idées des jeunes intellectuels de l’époque dont Godard se fait le médiateur à travers le cinéma. Rien de plus normale par conséquent qu’elles anticipent sur les événements à venir. Contrairement à la légende, La Chinoise n’est absolument pas un film maoïste mais l’essai cinématographique – a l’instar d’un essai littéraire – d’un auteur se questionnant sur la jeunesse de l’époque, l’interrogeant, conscient de la nécessité de changer le monde, d’un bouleversement, mais observant ceux qui désirent le changer, entre marxisme, maoïsme et terrorisme. Godard, tout en conservant un regard attendri, ému sur cette jeunesse candide malgré (ou à cause de) la violence de ses idéaux, fait preuve d’un sens critique aigu vis-à-vis de ces rêves de révolution d’une jeunesse bourgeoise bercée par la révolution culturelle chinoise. On pressent que la méthode n’est pas la bonne et que la naïveté mêlée à la révolte est parfois le meilleur chemin vers l’endoctrinement et le danger de ceux qui voulaient seulement qu’on les écoute. A ce titre la conversation entre le vrai Francis Jeanson et Véronique incarnée par Anne Wiazemsky constitue une forme d’acmé stupéfiante à ce film « en train de se faire », miroir d’une époque en train de se faire (« les timides premiers pas d’une très longue marche, tout le contraire d’un grand bond en avant ») et dont la jeunesse n’apparaît finalement pas si éloignée de celle du XXIe siècle.
Transferts HD magnifiques, Bonus à l’unisson, la collection Gaumont Classiques est toujours incontournable et nous attendons avec toujours la même fébrilité les prochains titres.
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