Disparition de la scénariste Suso Cecchi d'Amico... et d'une certaine idée du cinéma italien
Posté par Cyril Cossardeaux le 2010-08-18
Disparue le 31 juillet dernier à Rome (où elle était née, 94 ans plus tôt), la scénariste Suso Cecchi d'Amico pourrait presque à elle seule personnifier le cinéma italien de ces 65 dernières années, dont elle a écrit, seule ou en collaboration avec ses metteurs en scène ou d'autres prestigieux scénaristes (comme Age & Scarpelli), un nombre de chefs d'oeuvre qui forcent respect et admiration.
Elle fut ainsi de l'aventure du Voleur de bicyclette (1948), avec Vittorio De Sica, qui, s'il n'inventa pas le néo-réalisme, lui donna tout son retentissement international et son premier très gros succès public. Elle retrouva De Sica trois ans plus tard pour un autre de ses grands triomphes, Miracle à Milan. Elle fut surtout la fidèle collaboratrice de Luchino Visconti, dont elle accompagna d'abord les derniers feux néo-réalistes (Bellissima, 1951), jusqu'au baroque des dernières années (Ludwig, Violence et passion), en passant évidemment par Le Guépard (aux exceptions notables des Damnés et de Mort à Venise).
Elle fut également la scénariste de quelques uns des premiers films d'Antonioni (La Dame sans camélia, Les Vaincus, Femmes entre elles), avant la grande révolution esthétique antonionienne de L'Avventura, à laquelle elle ne participa pas, son registre étant plus que "classique" que "moderne".
Idem pour Francesco Rosi, dont elle écrivit aussi les premiers films, Le Défi, Profession magliari ou Salvatore Giuliano.
Avec le comédien Paolo Stoppa
Des grands maîtres de l'âge d'or du cinéma italien, Fellini et Pasolini sont quasiment les seuls avec lesquels elle n'a jamais travaillé (leurs univers étant, il est vrai, très personnels). Mais elle fut aussi de l'aventure du Pigeon de Monicelli, des versions comenciniennes des aventures de Casanova et de Pinocchio, du Metello de Bolognini ou même du Jésus de Nazareth de Zeffirelli ou des Yeux noirs, tourné par Mikhalkov à Cinecittà. Au milieu de cette filmographie qui donne le tournis, une vraie perle méconnue, le magnifique Eté violent, curieusement sa seule collaboration avec Valerio Zurlini, en 1959, avec le juvénile Jean-Louis Trintignant, la sublime Jacqueline Sassard et la troublante Eleonora Rossi Drago.
Rare participation à un film "étranger", on retrouve Suso Cecchi d'Amico au générique du Caravaggio de Derek Jarman, en 1986. Car le rendez-vous avec Hollywood, lui, restera manqué, sa réécriture du script de Vacances romaines pour William Wyler en 1953 n'étant même pas créditée...
Avec Suso Cecchi d'Amico, c'est véritablement la mémoire et peut-être l'âme même du cinéma italien qui s'éteignent.
NB : Puisque l'on parle, notamment, du Guépard, à noter que sa version restaurée très récemment sous la supervision de Martin Scorsese et présentée cette année au Festival de Cannes sera programmée sur Orange Cinéma Séries à partir du 26 août.
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Commentaires
De : Elysia
Très grande dame du cinéma italien!!! L'été violent est un film qui distille un charme vraiment très particulier - le rythme est lent et le film marquant - la photographie perfectionniste, stylée. Zurlini est vraiment un réalisateur trop méconnu. Trintignant en a dit de très belles choses. C'est un peu du cinéma italien qui part avec Suso. Par un truchement de circonstances, la décapante terrasse de Scola est ressortie dans les salles. Une page est tournée, les nouvelles générations ont pris la relève ! Et pour certains, brillamment. :)