Maurice Jarre avait depuis tellement longtemps émigré et travaillé exclusivement à Hollywood (son dernier film français doit remonter à plus de 20 ans, Le Palanquin des larmes, plus "international" que français, d'ailleurs) qu'on en oublierait que ses débuts dans la composition musicale ne le prédisposaient pas vraiment à un tel destin.
Jarre a d'abord longtemps travaillé pour la scène, et particulièrement pour Jean Vilar, étant le compositeur attitré de son Théâtre National Populaire pendant 12 ans. On doit d'ailleurs à Maurice Jarre la fanfare d'accueil retentissant avant chaque représentation dans la Cour d'Honneur du Palais des Papes lors du Festival d'Avignon !
Dans ces conditions, il n'est pas si surprenant qu'il ait débuté au cinéma avec des plus ou moins proches de la "galaxie Vilar" : Georges Franju, dès Hôtel des Invalides en 1952 (sa toute première expérience cinématographique) et à qui il restera longtemps fidèle (La Tête contre les murs, Judex, Pleins feux sur l'assassin, Thérèse Desqueyroux, mais surtout sa première musique très marquante, celle des Yeux sans visage), Alain Resnais, Chris Marker, Jacques Demy, Jean-Pierre Mocky (indirectement, via Franju)...
A l'exception de la musique du Président, pour Henri Verneuil, en 1961, le "grand cinéma populaire" français de l'époque ne fait guère appel à lui pour autant.
Et c'est l'année suivante que son destin basculera, grâce à Hollywood (après une première expérience peu notable pour Richard Fleischer en 1961, Le Grand risque), via deux films au succès public absolument considérable, dans lequel la musique jouera à chaque fois un très grand rôle. Deux grandes fresques historiques, deux super productions (qu'on appelleraient aujourd'hui blockbusters), bien loin des films plus intimistes pour lesquels il avait jusque-là l'habitude de travailler (y compris cette même année 1962, d'ailleurs, avec le très beau et méconnu Cybèle ou les dimanches de Ville d'Avray, de Serge Bourguignon) : d'une part Le Jour le plus long (Nous irons vers la victoireuuuuh...), de l'autre Lawrence d'Arabie.
Ce dernier film introduira une collaboration au long cours, incroyablement fructueuse pour l'un comme pour l'autre (trois Oscars au passage pour Jarre), avec David Lean, puisque suivront Docteur Jivago (1965) et son célèbrissime thème de Lara, La Fille de Ryan (1970), jusqu'à La Route des Indes (1984), testament cinématographique du réalisateur britannique.
Ces succès considérables, son talent pour la mélodie "immédiate", lui ouvrent toutes les portes, et, dès lors, il va plutôt privilégier les gros budgets et les collaborations extrêmement prestigieuses (même si pas toujours artistiquement totalement convaincantes). Fred Zinnemann, John Frankenheimer, William Wyler, René Clément, Richard Brooks, Anatole Litvak, Henry Hathaway, Luchino Visconti, Alfred Hitchcock, John Huston, Paul Newman, Elia Kazan, Volker Schlöndorff, Clint Eastwood, Peter Weir, Michael Cimino... voici quelques uns des réalisateurs avec qui Jarre travailla au cours des décennies suivantes, parfois plusieurs fois (Huston, Weir, notamment). S'il est resté très actif jusqu'au début des années 2000, il est clair que sa période la plus riche fut celle des années 60, notamment au milieu de cette décennie, lorsqu'il enchaîne Le Train, Week-end à Zuydcoote, L'Obsédé, Docteur Jivago, Paris brûle-t-il ?, Les Professionnels, Grand Prix...
La vérité oblige néanmoins à dire que son style musical, très classique, a souvent un peu vieilli et qu'il a probablement moins apporté en modernité que des compositeurs plus ou moins de la même génération comme Jerry Goldsmith, Michel Legrand, John Barry ou bien entendu Ennio Morricone.
Il est bien évidemment aussi connu pour être le père d'un autre musicien aussi successful que lui, et qui fit d'ailleurs ses débuts de compositeur également pour le cinéma, mais en laissant moins de traces (les sonorités déjà très synthétiques des Granges brûlées, en 1972), Jean-Michel Jarre.
Et pour clore ce chapitre people, précisons également qu'il le premier mari d'une certaine Dany Saval, quelques années avant Michel Drucker...
Maurice Jarre conduit la musique de Lawrence d’Arabie interprétée par le Royal Philarmonic Orchestra en 1992, en concert hommage à David Lean :
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