Pour la plupart des gens, David Carradine restera évidemment pour l’éternité Kwai Chang Caine, le "Petit Scarabée" de la série télé Kung Fu (1972-1975), récit d’initiation picaresque mélangeant spiritualité bouddhiste pour les nuls et baston asiatique comme Bruce Lee était alors en train de la populariser dans le monde entier. Carradine avait beau ne pas être plus chinois que vous et moi (enfin que moi, vous, je ne sais pas), ses multiples ascendances ethniques familiales et son sang en partie cherokee pouvait après tout faire l’affaire.
Pour les plus jeunes (i-e, ceux même pas assez vieux pour avoir connu les rediffusions de La 5), David Carradine c’est probablement plutôt le Bill du Kill Bill de Quentin Tarantino, archétype du salaud stylé.
Avec Uma Thurman dans "Kill Bill, vol. 2"
Entre ces quasi débuts fulgurants et ce presque crépuscule flamboyant, la carrière de Carradine a connu des déserts à peu près aussi vastes que ceux traversés par le moine Shaolin de Kung Fu, à l’opposé de la carrière assez rectiligne de son père John (plus de 300 films de 1930 à sa mort en 1988 et figure de bien des John Ford des années 30-40, notamment) mais plutôt synchrone avec de celle de son frère cadet Keith (inoubliable troubadour moderne de Maria’s Lovers mais à la recherche de rôles marquants au cinéma depuis une bonne vingtaine d’années). Les choses auraient pourtant pu tourner différemment. Le succès planétaire de Kung Fu lui ouvrit en effet bien des portes et des plus variées. Les années 75-77 le virent ainsi en vedette aussi bien chez Bergman dans L’Œuf du serpent (mais Bergman l’avait davantage subi que choisi et c’est un euphémisme de dire que leur relation ne fut pas idyllique) que chez Paul Bartel dans le très bis La Course à la mort de l’an 2000 (où il avait comme concurrent principal un Sylvester Stallone pré-Rocky), mais aussi dans L’Equipée du Cannonball (toujours les bagnoles) ou dans le rôle qui lui vaudra le plus de reconnaissance cinématographique (et sa seule nomination aux Golden Globes), celui de Woody Guthrie, le folksinger engagé ("This machine kills fascists" était-il écrit sur sa guitare) dans En route pour la gloire, de Hal Ashby.
Dans "En route pour la gloire"
On pourrait faire le malin en disant que sa carrière a ainsi navigué entre le prestige movie d’auteur international et la série un peu Z : la vérité oblige à dire qu’elle a clairement penché du côté obscur… Peut-être en partie la faute à cet immense succès inaugural, autant béni (Carradine était réellement passionné d’arts martiaux et de philosophie extrême-orientale) que maudit, qui le conduisit à remettre plusieurs fois le couvert du kung fu, aussi bien au cinéma qu’à la télévision, vingt ans plus tard, sans compter les films à petit budget surfant sur le même thème. Inconstestablement, malgré Kill Bill et un rôle de méchant dans un John Badham pas terrible (Comme un oiseau sur la branche au début des années 90), sa décennie la plus féconde aura été les 70’s, puisque l’on peut ajouter un premier rôle dans le Bertha Boxcar de Martin Scorsese (qui n’aura malheureusement guère de succès mais lui permettra de rencontrer Barbara Hershey qui deviendra sa compagne pour quelques années puis l’actrice fétiche des quelques films qu’il réalisera plus tard, sans grand retentissement hélas) et Le Gang des frères James de Walter Hill mettant en scène les fratries Keach (James et Stacy dans le rôle des frères James), Carradine (David, Keith et Robert dans le rôle des frères Younger), Quaid (Dennis et Randy dans le rôle des frères Miller) et Guest (Christopher et Nicholas dans le rôle des frères Ford). Un film qui lui permettait aussi de boucler la boucle avec la carrière de son père John, qui avait interprété le "lâche Robert Ford" à la fois pour Henry King et Fritz Lang.
Avec ses frères Robert et Keith dans "Le Gang des frères James"
Sa mort risque en tout cas de faire beaucoup pour sa postérité puisqu’on l’a retrouvé le 3 juin inanimé dans sa chambre de Bangkok (où il tournait une nouvelle série B), la corde au cou, non pas à cause d’un suicide (comme on l’a d’abord cru) mais d’un sex game ayant mal tourné…
Le générique de Kung Fu, dans lequel on reconnaît son frère Keith jouant son rôle à l’adolescence :
Commentaires
De : mr_kenyatta
Ah la la, c'est pas joli joli la médisance sur la carrière un peu bis de David :-(
Le film qu'il tournait en Thaïlande n'était pas du tout une série B lorgnant sur le Z mais un projet (a priori très intriguant et qui ne verra peut-être jamais le jour, du coup) du très singulier réalisateur français Charles de Meaux, déjà auteur d'un étrange "Shimkent Hotel" tourné en 2003 en Asie centrale ex-soviétique avec Melvil Poupaud, Romain Duris et Caroline Ducey. Ca m'apprendra, tiens...
Ironie de l'histoire, le film s'appelle "Stretch", ce qui veut dire "étirer" en anglais et il semble bien que Carradine ait un peu trop appliqué le programme dans sa chambre d'hôtel, aux dernières nouvelles...